Ailleurs : Place de l'Horloge à Avignon, coeur de la Cité des Papes, lieu de convivialité et de rencontres

 

La Place de l'Horloge, à Avignon, principale place publique de la Cité des Papes, bruisse d'une animation heureuse, atmosphère provençale de convivialité. Cafés et restaurants déploient leurs terrasses sous les platanes. Des arcades bordent les rives de l'esplanade pittoresque. L'architecture XIXe siècle et ses façades élégantes Belle Époque caractérisent ce point de convergence ponctué de bâtiments historiques, siège de la municipalité, avec l'Hôtel de Ville, l'Opéra Grand Avignon et d'anciens hôtels particuliers réhabilités. Au mois de juillet, en plein Festival d'Avignon, fondé en 1947 par Jean Vilar, la place de l'Horloge devient haut-lieu du Festival OFF et du théâtre de rue tandis que le IN occupe la cour d'honneur du Palais des Papes. L'Horloge qui lui a donné son nom actuel se niche au sommet d'un beffroi gothique du XIVe siècle, intégré à l'Hôtel de Ville édifié au XIXe siècle.






Dès l'Antiquité, la future place de l'Horloge se trouve au cœur de la ville romaine d'Avenio. La tradition y situe le forum et des fouilles archéologiques récentes évoquent la possible présence d'un grand théâtre antique. Au Moyen-Âge, centre névralgique du grand marché d'Avignon, elle devient un incontournable carrefour commercial. Le couvent des Bénédictines de Saint Laurent s'établit sur des terrains occupés de nos jours par l'Opéra Grand Avignon et une partie de l'Hôtel de Ville à la fin du IXe siècle. Au XIIe et XIIIe siècle, les bouchers ou macelliers commercent les jours de marché sur la place du Mazel, place désignée sous la dénomination de "Magnum Marcellum", la Grande Boucherie au XIVe siècle.

En 1348, le pape Clément VI (1291-1352) achète la ville d'Avignon à Jeanne Ire de Naples, reine de Naples et comtesse de Provence. Créé cardinal de Maguelone en 1353, Andouin - ou Audouin - Aubert (?-1363), neveu du pape Innocent VI, s'installe à Avignon, au sein d'une livrée aménagée dans l'enceinte de l'abbaye des dames bénédictines de Saint-Laurent. Ce palais a été jusque-là la résidence des cardinaux Pierre Colonna, Pierre de Mortemart et Étienne Aubert - oncle d'Audouin - futur Innocent VI. Audouin Aubert entreprend une campagne d'embellissement, ajout d'une cave et construction d'une tour carrée de style gothique, future Tour de l'Horloge. Par son testament de 1363, il lègue la tour, la chapelle et certaines dépendances du palais aux Bénédictines de Saint Laurent.

La Livrée du cardinal Aubert, dite désormais Livrée d'Albano, devient palais apostolique des évêques d'Albano. Au XVe siècle, le palais revient par legs au Collège Saint-Ruf de Montpellier. En 1447, à l'instigation du cardinal Pierre de Foix (1386-1464), légat pontifical, le Conseil de Ville acquiert la Livrée afin d'y établir la Maison commune.

La tour gothique, toujours propriété des Bénédictines, est modifiée en 1471, date à laquelle une horloge et un jacquemart sont ajoutés. À partir de 1492, la municipalité loue la tour auprès des Bénédictines de Saint Laurent. Elle y dépose les archives municipales, jusque-là conservées au Couvent des Cordeliers. La Ville rachète la tour, à l'instar de l'arsenal, en 1497. La démolition de maisons en 1498 dégage la "place du Reloge". Sur le plan de 1618, elle conserve des dimensions modestes. 






En 1674, les consuls de la municipalité envisagent une nouvelle extension, sur les plans de Pierre Mignard, afin de faciliter le passage des carrosses. Et la construction de nouvelles commodités pour les étals de boucherie. L'architecte Jean-Baptiste Franque (1683-1758) mène une campagne d'aménagements inédits en 1743.

La Maison commune désignée sous le terme d'Hôtel de Ville à partir du XVIe siècle devient Mairie à la Révolution. En 1791, à la suite d'un référendum mené auprès des locaux, l'Assemblée constituante vote l'annexion de l'État d'Avignon et la réunion du Comtat Venaissin au territoire de la France. Sous la Terreur, en 1793, une guillotine occupe brièvement la place de l'Horloge. Le pape renonce à toute prérogative sur Avignon au profit de la République française en 1797.

En 1823, la place de l'Horloge d'Avignon est réaménagée à la suite d'une série de démolitions. Les anciens bâtiments du couvent de Saint Laurent, désaffectés depuis la Révolution, sont rasés afin de libérer des terrains sur lesquels s'élève le Théâtre Municipal, sur les plans d'Ange Alexandre Bondon (1753-1840) ingénieur et architecte, Alexandre Frary (1779-1854). Inauguré en 1825, l'édifice est réduit en cendres par un incendie en 1846. 

La Mairie d'Avignon choisit de reconstruire immédiatement un théâtre au même endroit, Théodore Charpentier (1797-1868), auteur en 1833 des plans de l'hôtel particulier Dosne-Thiers, place Saint Georges à Paris, et Léon Feuchères (1804-1857). Le chantier débute en 1847. Le théâtre à l'italienne est désigné aujourd'hui sous l'appellation de Opéra Grand Avignon.







Sous la Monarchie de Juillet (1830-1848), la démolition de maisons sur la place de l'Horloge dégage de nouveaux espaces. En 1848, les anciens Jacquemarts en bois de la Tour de l'Horloge, Jacquot et Jacquotte, sont remplacés. Le Palais du Roure, aujourd'hui Musée d'arts et traditions populaires et Centre de documentation ethnologique, provençale et archéologique conserve les automates originaux. 

L'ancien Hôtel de Ville rasé pour faire place à un bâtiment aux charmes néoclassiques. Il est inauguré en 1851 par le Prince Louis Napoléon Bonaparte, alors président de la République, futur Napoléon III.

La Banque de France investit, en 1853, l'Hôtel Calvet de la Palun, hôtel particulier du XVIIIe siècle pour ne quitter le site qu'en 2010. Aujourd'hui, boutiques, restaurants occupent le site. 

L'Hôtel de Ville d'Avignon, place de l'Horloge, inauguré en 1856, intègre la Tour de l'Horloge, ouvrage de style gothique du XIVe siècle, et son mécanisme à jacquemart - automate à figure humaine, doté d'un marteau frappant les heures - du XVe siècle, classée par liste de 1862. Le bâtiment du XIXe siècle, oeuvre conjointe des architectes Joseph Auguste Joffroy (1802-1883) et Léon Feuchère (1804-1857), auteur de la façade, fait l'objet d'une inscription à l'inventaire des Monuments historiques par arrêté du 29 octobre 1975. 

Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, la place de l'Horloge prend un temps le nom de George Clemenceau. Dans les années 1970, elle fait l'objet d'un remaniement à l'occasion des travaux de salubrité menés dans le quartier de la Balance dès la fin des années 1960. 




Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.