Hiver 1766. Au Fort Prince de Galles, comptoir de la Compagnie de la Baie de l'Hudson, trappeurs, prospecteurs, marchands engagés dans le commerce de fourrure composent une faune interlope avide de richesses. Patterson trappeur colporteur revient d'une tournée, des peaux de bête dans ses bagages et une pépite d'or d'un beau calibre dissimulé dans sa poche. Auprès de Magnus Norton, le gouverneur britannique et agent principal de la Compagnie de la Baie de l'Hudson, il évoque l'existence d'un gisement important dans la région de l'Ox Lake à 900km du comptoir, au-delà de la White River.
Norton, dont la santé décline, souhaite prendre rapidement sa retraite en Angleterre une fois sa fortune faite. Appâté par le récit de Patterson, il monte, en toute discrétion, une expédition à la tête de laquelle il place un homme de confiance, John Shaw son adjoint et ami. Cet homme aux appétits brutaux manifeste un véritable don pour la survie. Tom Hearn, ancien second sur un baleinier, qui a conservé de sa vocation passée de prêtre une complète austérité, rejoint l'entreprise ainsi qu'Albert Walker, neveu du gouverneur. Le chef Datsanthi et son épouse Pawpitch, leur fils Nabayah et sa promise Keasik, Amérindiens du peuple Déné, doivent leur servir de guide. À la suite de péripéties malencontreuses, John Shaw exige en dédommagement un droit de cuissage sur la jeune femme.
Ian McGuire, professeur de littérature américaine à l'Université de Manchester, remarqué pour ces ouvrages précédents, notamment "Dans les eaux du Grand Nord" publié en France en 2017, signe un récit aussi épique que sanglant. Histoire d'une expédition calamiteuse aux confins glacés du Canada, roman très noir et brutal, "White River" entraîne le lecteur dans les contrées sauvages de l'actuel Nord du Manitoba.
L'important travail documentaire mené par Ian McGuire donne chair à la trame historique du XVIIIe siècle. En 1763, le Traité de Paris marque la fin de la Guerre de sept ans. La France perd le contrôle du Canada au profit de la Grande-Bretagne. En 1766, les colons britanniques ont pris le relais dans l'exploitation de ces territoires. La cupidité demeure la même, fièvre de l'or qui corrompt les êtres, arrogance fatale face à la nature, convoitise, obsessions, persécution des peuples premiers.
Ian McGuire choisit d'alterner les points de vue, entre les sept membres de l'expédition sans se départir d'un pessimisme quant à la nature humaine, les mirages fruits de l'avidité et de la concupiscence. Le texte violent lyrique puissant retrace le destin d'hommes en proie à leurs instincts les plus bas, la sauvagerie du mal. Le périple, de rebondissements en décisions délétères, est rythmé par les trahisons, la jalousie, la violence, les ruses, les profanations.
Les incertitudes hantent les ténèbres intimes de ces hommes en proie à une nature hostile, l'hiver arctique impitoyable, les loups, la faim. Par contraste, les descriptions magnifiques des paysages, pièges de glace et de désolation enchantent une narration où intervient parfois la magie des chamans, la puissance des rituels face aux esprits maléfiques.
White River - Ian McGuire - Traduction Sophie Aslanides - Éditions Rivages/Noir
Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.




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