samedi 30 avril 2016

Paris : La Maison Rose à Montmartre, petite histoire et grands artistes - 2 rue de l'Abreuvoir - XVIIIème



Annexée à Paris en 1860, la commune champêtre de Montmartre, entre vignes et moulins à vent fut au XIXème siècle, l'un des centres de la vie artistique parisienne.  Jean-Baptiste Corot, Théodore Géricault, Auguste Renoir, Edgar Degas, Paul Cézanne, Max Jacob, Guillaume Apollinaire, Juan Gris, Maurice de Vlaminck, Georges Braque, Pablo Picasso, Suzanne Valadon, Maurice Utrillo, tous ont fréquenté la Butte célébrée dans de nombreuses œuvres. Si aujourd'hui, Montmartre n'appartient plus exactement aux artistes, les règles architecturales strictes qui régissent le bâti ont su préserver de l'appétit des promoteurs l'atmosphère de village, la faible densité et les constructions peu élevées. Au carrefour des rues des Saules, Cortot et de l'Abreuvoir, se trouve l'une des maisons les plus célèbres de Montmartre qui doit sa renommée aux tableaux de Maurice Utrillo, peintre des paysages urbains de la Butte. Un peu d'histoire, si vous le voulez bien.








La rue de l'Abreuvoir est une venelle sinueuse prisée des photographes pour son point de vue unique. Citée à partir de 1325 sous le nom de ruelle de Buc, elle est indiquée à l'état de chemin sur le plan de Jouvin de Rochefort en 1672. Empruntée par la population pour s'approvisionner en eau, elle débouche alors sur l'abreuvoir de Montmartre, aujourd'hui disparu, où chevaux et bestiaux sont conduits le soir, en contrebas de l'actuelle place Dalida. Le Chemin de l'Abreuvoir qui devient une rue en 1863 est menacé en 1867 par un projet immobilier, dans la lignée des travaux d'Haussmann, qui ne verra pas le jour.

Juste en face de la maison qu'habita Aristide Bruant (1851-1925), chansonnier, écrivain, père de la chanson réaliste et poète de l'argot, la maison rose immortalisée par nombre de peintres montmartrois est aujourd'hui un restaurant ripoliné de frais agrippé à la pente, un attrape-touriste pimpant répondant au nom de Café de la Petite Maison Rose. Malgré cela, son emplacement idéal et son histoire artistique connue dans le monde entier grâce aux toiles de Maurice Utrillo ne cesse de séduire. Surplombée par une villa années 30, la bâtisse n'a que peu changé depuis 1910, époque à laquelle cette bicoque est une sorte de pension de famille, une gargote modeste où viennent se restaurer les artistes.  



1900
1911 

Fin 1920

1955 crédit Marshall Hirsh
1960


En 1900, mariée à Vital Florentin, Laure Germaine née Gargallo (1880-1948) modèle de la période bleue de Picasso, est une cocotte qui fréquente assidument les peintres de la Butte. Cette beauté fait tourner les têtes. Carlos Casagemas, ami intime de Picasso, s'en éprend mais il est impuissant et la belle lui échappe. Le 17 février 1901, lors d'un dîner à l'Hippodrome, en présence du sculpteur Manolo Hugué, de Louise Lenoir dite Odette, du critique d'art Frédéric Pujol et du collectionneur Alexandre Riera, Casagemas fou de passion menace Germaine d'un pistolet. Un coup part. Persuadé d'avoir tué l'objet de son amour, il retourne l'arme contre lui et se suicide. Germaine n'est pourtant pas blessée. Lorsque Picasso, absent ce soir-là, revient de Madrid, il est profondément affecté par le drame et réalise dans les années qui suivent de nombreuses œuvres en hommage à son ami décédé dont La mort de Casagemas (1901).






Carrefour de la rue des Saules et de la rue Cortot à Montmartre
Maurice Utrillo - Circa 1938



Laure Germaine épouse vers 1905 le peintre catalan Ramon Pichot Girones (1871-1925) et ils ouvrent ensemble la maison rose. Devenue tenancière de cette cantine sans prétention, Madame Laure que les intimes surnomment tante Laure reçoit Albert Camus, Suzanne Valadon, Maurice Utrillo. Vers 1905, 1910, ce dernier qui habite un peu plus haut au 12 rue Cortot, aujourd'hui plus ancienne maison de la Butte et Musée de Montmartre, je vous en parlais ici, compose un premier tableau représentant la bicoque rose. En 1917, lors de la vente de succession d'Octave Mirbeau, écrivain et critique, le tableau très bien coté confirme le succès grandissant d'Utrillo et assoie sa renommée. Immortalisée par de nombreux peintres, la Maison Rose n'aura eu en tant modèle qu'un seul rival, le Lapin Agile dont la destinée picturale fut fort semblable. Quant au destin de Laure Germaine, sa beauté envolée, édentée, prématurément vieillie, il ne reste plus grand chose de sa splendeur passée quand elle demande une aide financière à Pablo Picasso dans les années 30. Elle meurt de la syphilis en 1948. 

La Maison Rose
2 rue de l'Abreuvoir - Paris 18

Bibliographie
Dictionnaire historique des rues de Paris - Jacques Hillairet - Editions de Minuit
Le guide du promeneur 18è - Danielle Chadych et Dominique Leborgne - Parigramme

Sites référents


La petite maison rose - Maurice Utrillo
circa 1905

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3 commentaires :

Samsha a dit…

Quelle est jolie cette maison rose! Merci de nous avoir raconté son histoire!

Caroline a dit…

Ravie que l'article t'ait plu. Un jour, j'irai tester le restaurant. Ça m'intrigue.

Fanny Diaz a dit…

Merci pour cet article! Je passe très souvent par ici, je travaille à Montmartre et ces ruelles me font toujours le même effet!
Par contre, je ne me suis jamais arreté pour manger ou prendre un verre dans ce restau... Quand je finis ma journée je veux juste rentrer chez moi! ;o)

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