samedi 24 octobre 2015

Paris : Le Musée de Montmartre et les jardins Renoir, la Butte bucolique - 12 rue Cortot - XVIIIème



Perchée tout en haut de la Butte, accrochée à la pente naturelle qui dévale vers Paris, la plus ancienne maison de Montmartre, située au 12 rue Cortot, abrite depuis 1961 un musée en hommage à l’héritage culturel unique des lieux, délicieux gardien de la mémoire montmartroise, de son histoire, sa bohème artistique, ses grands événements politiques et de ses cabarets. Construction typique, elle est l’un des derniers exemples de villégiature bourgeoise traditionnelle du XVIIème siècle dont le toit de tuiles est percé de lucarnes en chien-assis. Témoin des grandes heures de Montmartre de 1870 à 1914, acheté par la Ville de Paris en 1922, l’ensemble architectural est au début des années 50, une maison en ruines promise à la démolition. La vigilance de de l’architecte Claude Carpentier permet de la sauver. Dès 1958, une restauration minutieuse redonne tout son lustre à la longue bâtisse blanche qui s’étend du 8 au 14 rue Cortot. Ce lieu mythique de la vie artistique, a été une nouvelle fois entièrement rénové de 2011 à 2014 dans l’esprit de la Butte. L’occasion pour les curieux de redécouvrir ce sanctuaire dans un écrin de verdure et la vue exceptionnelle sur les vignes de Montmartre jusqu’à la plaine au nord de Paris.








Singulier ensemble, vestige champêtre d’une Butte peu urbanisée telle qu’elle était au XIXème siècle, le Musée de Montmartre s’articule sur plusieurs bâtiments autour d’une cour pavée et deux jardins. Le logis entre cour et jardin, la Maison Bel Air, daterait du milieu du XVIIème siècle. Il abrite les collections permanentes ainsi que les expositions temporaires. On a longtemps cru que la Maison du Bel Air était le Manoir de Rosimond une demeure achetée en 1660 par Claude de la Rose, comédien du roi s’étant illustré dans les rôles du Malade imaginaire de Molière et mort comme son auteur sur scène en interprétant le rôle d’Argan. Une étude patrimoniale réalisée par GRAHAL le groupe de recherche art histoire architecture et littérature a réfuté cette hypothèse en juin 2012. L’Hôtel Demarne donnant sur la rue Cortot est probablement plus tardif que cette construction. Il se compose d’un corps de logis flanqué de deux ailes aménagées en atelier d’artistes au XIXème siècle.  Dans l’une des ailes, se trouve la reconstitution de l’atelier-appartement de Suzanne Valadon-Maurice Utrillo récréant une atmosphère début XXème siècle.









Au XIXème siècle nombreux artistes y vivent et y travaillent. En 1875, Auguste Renoir cherche un logement près du Moulin de la Galette qu’il est en train de peindre, une toile de très grand format qui nécessite un atelier particulier. Il emménage dans un deux pièces sous les toits de l’aile gauche, tout en louant un appentis au rez-de-chaussée où il remise son tableau. Jusqu'en 1877, il y réalisera de nombreuses tableaux dont La balançoire, Un jardin à Montmartre, Le torse d’Anna et le fameux Moulin de la Galette. L’atelier annexe au premier étage de l’aile Cortot est habité à partir de 1896 par Suzanne Valadon, ancien modèle de Renoir devenue peintre et son fils Maurice Utrillo. Après un mariage houleux, elle revient rue Cortot en 1909, fraîchement divorcée et reprend le grand atelier pourvu d’une verrière sur jardin avec son compagnon André Utter tandis que Maurice Utrillo s’installe dans une petite chambre donnant sur la rue.








Le peintre grec Demetrius Galanis (1879-1966) y a vécu pendant 50 ans. En 1901, Raoul Dufy (1877-1953) partage un atelier avec Othon Friesz (1879-1949) rencontré aux Beaux-Arts au premier étage de l’aile droite. On compte parmi les célèbres résidents, André Antoine (1858-1943) créateur du « théâtre libre », Pierre Reverdy (1889-1960) poète associé au cubisme et aux débuts du surréalisme qui y demeure de 1913 à 1926, Léon Bloy (1846-1917) romancier et essayiste, Emile Bernard (1868-1941) qui habite le deuxième étage de 1906 à 1912. Au fond du jardin, la Maison du bel Air a accueilli les peintres Maximilien Luce (1858-1941) et Maurice Delcourt (1877-1916), Miguel Almereyda (1883-1917) photographe, journaliste, militant antimilitariste et anarchiste puis socialiste collaborateur à La Guerre Sociale puis au Bonnet Rouge, ainsi qu’André Antoine, fondateur du Théâtre libre.







1960 marque l’ouverture du musée au public, à l’initiative de la Société d’histoire et d’archéologie le vieux Montmartre créée le 26 août 1886, une association travaillant à la préservation du site de Montmartre et de sa mémoire. Elle est à l’origine de la vaste collection, partiellement exposée, comprenant 6000 œuvres et plus de 100 000 documents. Peintures, dessins, affiches des plus célèbres cabarets du Chat Noir au Lapin Agile, manuscrits comme celui de la chanson populaire Le Temps des cerises écrit par Jean-Baptiste Clément ou plus sérieusement la proclamation de la Commune en 1871, photographies d’archive se mêlent à toutes sortes d’objets relatifs à l’histoire de la Butte. Le Musée de Montmartre est labellisé Musée de France depuis 2003.








Les trois jardins Renoir, réaménagés en 2012 selon les toiles qu'Auguste Renoir a peintes pendant son séjour rue Cortot, sont un havre de paix bucolique qu’il est agréable de contempler depuis le petit café du musée. Arbres fruitiers, poiriers, amandiers, arbustes, lilas, rosiers et hortensias déploient des charmes champêtres auxquels il est difficile de résister à la belle saison. Les jardins dévalent la pente au delà de la Maison du Bel Air et s’étendent jusqu’à la rue Saint-Vincent où ils sont bordés par le dernier vignoble de la Butte mais aussi le plus récent. A la fin des années 1920, ce terrain vague, pâturage livré aux herbes folles, attise la convoitise d’un promoteur. A l’initiative du dessinateur Francisque Poulbot (1878-1946), résident du 12 rue Cortot qui n’entend pas qu’on lui ruine la vue, il est finalement transformé en jardin puis planté de vignes en 1933. Les premières vendanges ont lieu en octobre 1934. Le Clos Montmartre compte aujourd’hui cinq paliers, 2 400 plants de vignes Gamay et Pinot noir, qui produisent 700 bouteilles d’une aimable piquette par an. Je vous en parlerai un peu plus dans un prochain article.

Musée de Montmartre
12 rue Cortot – Paris 18
Horaires : tous les jours de 10h à 18h – de mai à août jusqu’à 19h

Bibliographie :
Paris secret et insolite – Rodolphe Trouilleux – Parigramme
Guide du promeneur 18ème arrondissement – Danielle Chadych et Dominique Leborgne – Parigramme
Le guide du patrimoine : Paris – Sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos – Hachette

Sites référents :




2 commentaires :

Street-Art Shooteurs a dit…

Très belle endroit, il faut absolument que j'aille le visiter :-)

Caroline a dit…

Je suis tombée amoureuse des jardins. Et quelle quiétude ! Un dimanche de grand soleil au mois d'août, les rues de Montmartre étaient bondées et le musée relativement peu fréquenté.

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