Ailleurs : Jardin du Rocher des Doms à Avignon, espace vert du XIXe siècle, objet d'une restauration d'envergure contemporaine



Le Jardin du Rocher des Doms à Avignon, perché sur un promontoire qui domine le Rhône, falaise abrupte haute de trente mètres, est un espace vert prisé des promeneurs locaux comme des touristes. Arbres centenaires, pelouses, fontaines, bassins, grotte et aire de jeux offrent un cadre propice à la flânerie. Il offre un remarquable point de vue panoramique avec table d'orientation, sur la vieille ville d'Avignon et ses environs, le Rhône en contrebas et le pont d'Avignon ou pont Saint-Bénézet, l'île de la Barthelasse, le Fort Saint André, la tour Philippe-le-Bel et la Chartreuse Notre-Dame-du-Val-de-Bénédiction de Villeneuve-lès-Avignon. Les beautés de la vallée du Rhône se déploient jusqu'au mont Ventoux, Châteauneuf-du-Pape, le massif du Luberon, le massif des Alpilles, le Comtat Venaissin, les Dentelles de Montmirail.

Ce jardin à l'anglaise de trois hectares, inauguré en 1866, a fêté ses 160 ans d'existence par une réouverture en beauté, le 19 mars 2026 à la suite d'une année de travaux. La récente restauration du site a permis de retrouver le tracé originel imaginé par le paysagiste Jean-Pierre Barillet-Deschamps (1824-1873). Jardinier en chef de la Ville de Paris, ce collaborateur de l'ingénieur Adolphe Alphand (1817-1891) s'est distingué pour son rôle dans la création des parcs parisiens haussmanniens, les Buttes Chaumont, le parc Montsouris, le square des Batignolles, et la réinvention d'espaces historiques tels que le Bois de Boulogne et le Bois de Vincennes. La vaste campagne menée au Jardin du Rocher des Doms, premier chapitre conduit entre 2025 et mars 2026, sera suivie d'une seconde phase dont le début est prévu en septembre 2026.

Classé à l'inventaire des Monuments historiques dans son intégralité par arrêté du 24 janvier 2024, le Jardin du Rocher des Doms est labellisé jardin remarquable depuis 2003. La protection patrimoniale concerne l'ensemble des aménagements paysagers, les grilles, l'ancien réservoir Ouest aujourd'hui espace Jeanne Laurent, l'ancien réservoir Est et la Cour flamande du Petit Palais. 






Le rocher des Doms, du fait de sa position géographique singulière, a été occupé dès le Néolithique. Les nombreux vestiges redécouverts lors de fouilles menées sous la direction de Sylvain Gagnière dans les années 1960, aujourd’hui conservés au Musée Calvet, attestent de son rôle de matrice dans la fondation de la ville. Castrum à l'époque romaine, le site abrite au XIe siècle, la Maison du Comte puis du Vicomte, avant de devenir la Maison de la Commune. 

Au XVIIe siècle, le Fort Saint Martin s'y établit. Frappé par la foudre, tout l'édifice qui sert alors de poudrière explose laissant le promontoire dévasté. Ne demeurent qu'une croix couverte et des moulins à vent. Le rocher du Dom devient un lieu de promenade. En 1754, la Ville aménage les premières rampes afin de faciliter l'accès. Des entrepreneurs exploitent une carrière de pierre qui fournit les matériaux nécessaires à la construction d'hôtels particuliers prestigieux dans le voisinage. En 1791, les édiles établissent le cimetière des victimes des inondations au sommet du rocher du Doms. Dans les années 1810, le site devient lieu d'exécution, des voleurs et des assassins. Le marquis de Lestang, à la tête d'un complot monarchiste réprimé par l'Empire, y perd la vie. 

En 1830, Eugène Pascal (1824-1884) architecte municipal d'Avignon et ingénieur développe les premiers plans d’aménagement d'un jardin destiné au Rocher des Doms. Le Maire de la ville, le docteur Paul Pamard, rencontre à Paris Adolphe Alphand, ingénieur en chef des promenades et jardins publics de la ville de Paris. Le paysagiste Jean-Pierre Barillet Deschamps établit alors un "plan projeté d'un square à établir sur le plateau de la montagne du palais des Papes". Le dernier moulin à vent du Rocher des Doms disparaît en 1840. La statue de Hoyhannès Althounian, dit Jean Althen (1709-1774), agronome arménien qui a développé la culture de la garance dans la région, par Jean-Louis Brian (1805-1864) est implantée sur l'un des premiers accès en 1847. Détruite par les Allemands durant la Seconde Guerre Mondiale, elle a été restituée en 1998, à la suite de la mobilisation d’Avignonnais originaires d‘Arménie. Le télégraphe Chappe abattu en 1853, le cimetière est transféré. 







En 1863, débutent les travaux d'aménagement avec l'apport de terre végétale prélevée dans les anciens fossés des remparts entre saint Lazare et Limbert, la plaine d'Avignon et le lit du Rhône. Les voies d'accès sont développées rapidement afin de faciliter le processus, Montée des Moulins, Montée Notre-Dame, Montée des Canons et Escaliers de Sainte-Anne. Au pied de ce dernier, le maître d'oeuvre fait installer un puits et une pompe à vapeur destinés à l’arrosage. L'espace vert en devenir réceptionne les collections de l'ancien Jardin des Plantes de Monclar, jardin vendu à la Compagnie de Chemin de Fer en 1863. Deux cents arbres, arbustes et plantes, parmi lesquels des séquoias de Californie, des cèdres du Liban. 

Deux réservoirs alimentent bassins et fontaines. Des oeuvres s'ajoutent au décor, statues de figures locales, Paul Saïn et Paul Vayson par Félix Charpentier (1858-1924), Félix Gras (1844-1901) par son fils Jean-Pierre en 1905. La "Vénus aux Hirondelles" (1893) de Félix Charpentier, à l'origine inaugurée place Carnot, est installée au centre du lac artificiel. Une fontaine au cygne réalisée dans les ateliers de Louis Gasne dans la Meuse rejoint les éléments d'ornement. La ville fait appel à M. Combaz, entrepreneur parisien, pour la réalisation d'une grotte en rocaille destinée à dissimuler l’un des réservoirs. La première campagne d'aménagement du jardin du Rocher des Doms s'achève en 1866. 

Le monument aux morts, réalisé par le sculpteur Louis Botinelly, est inauguré le 11 novembre 1924. L’ingénieur Georges Bonnet développe un cadran solaire analemmatique en 1931. 







Dans les années 1960, la Ville aménage une grande esplanade pour dissimuler les nouveaux réservoirs. Une table d'orientation éclaire le panorama exceptionnel. Le réservoir du "Trou de la Sanguine" est converti en espace de réception.

En 1997, les Compagnons des Côtes du Rhône plantent les premiers ceps d'un modeste vignoble sur les parcelles en espalier vers le Rhône. Le Clos de la Vigne du Palais des Papes, propriété de la Ville d'Avignon. Les 540 pieds de vigne, douze cépages de Côtes du Rhône, vendangés à la main, produisent 150 bouteilles par an. 

La campagne de restauration menée entre 2025 et mars 2026, sous la direction du paysagiste Philippe Deliau, associé de l'Atelier Lieux et Paysages, a permis de revaloriser les perspectives sur le Palais des Papes et dégager le panorama à 360°. Le jardin du Rocher des Doms a été revégétalisé avec des essences adaptées au climat, plantes indigènes, arbres, arbustes variés, dans une démarche soucieuse des données contemporaines, le réchauffement climatique, la biodiversité locale. Les sols ont été désimperméabilisés afin de favoriser l'infiltration des eaux de pluie. La grotte, longtemps fermée, restaurée, le tracé des bassins repris, fontaines, réservoirs et infrastructures d'accueil du public ont été rénovés et l'aire de jeux destinées aux enfants modernisé. La seconde campagne devrait débuter en septembre 2026 pour s'achever au printemps 2027.

Jardin du Rocher des Doms 
Place du Palais / Montée des Moulins - 84000 Avignon

Trois entrées :
- via la place du Palais des Papes
- par l'escalier Sainte Anne, qui se situe à l'arrière du Palais des Papes.
- par l'escalier des bords du Rhône




Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.

Bibliographie