| Venus (Gloria) (2024) |
L'exposition "Prune Nourry. Défense de rien toucher", au Palais idéal du Facteur Cheval à Hauterives jusqu'au 6 septembre 2026, s'inscrit dans une démarche collaborative et inclusive où la sensorialité, place en exergue le geste créateur et la mémoire de la matière. En 1905, Ferdinand Cheval (1836-1924) inscrit sur son Palais la mention, "Défense de rien toucher", injonction paradoxale. La maladresse syntaxique sonne comme une invitation à explorer avec les mains. La plasticienne Prune Nourry s'inspire de ce mot amusant pour développer une exposition à découvrir à travers le toucher. À rebours de l'expérience classique proposée dans les musées où règne l'interdiction d'approcher les oeuvres, elle envisage de transgresser le tabou.
Prune Nourry présente une série de répliques en plâtre de ses oeuvres emblématiques, reproductions réalisées à partir des moules originaux et destinées à être touchées par les visiteurs. Accessible à tous, voyants et déficients visuels, cette proposition résonne puissamment avec le processus créatif de Ferdinand Cheval, bâtisseur autodidacte, dont la formation originelle dans la boulangerie le prédisposer au malaxage de la matière.
La manifestation itinérante a débuté son parcours avec l'exposition "Empreintes" en 2025 à la Fondation Bullukian de Lyon. Elle fait étape, en 2026, à Hauterives, avant de repartir pour le Musée Camille Claudel en 2027.
| Lettre à Philomène-Claire Richard Cheval (2026) |
| Ligne de vie (Aïcha) (2023) |
| Planche de timbres Ligne de vie (2023) |
| Terracotta Daughters (2013) |
L'exposition "Prune Nourry. Défense de rien toucher" souligne une parenté manifeste avec l'esprit des lieux. Les échos plastiques se révèlent dans l'expérience physique du toucher, le contact direct, le ressenti. La sculptrice convoque imaginaires collectifs et expériences personnelles pour nous raconter des histoires de mémoire, de réparation, de renaissance. Ses figures féminines embrassent le corps, l'identité de celles qui se prêtent au regard de l'artiste. Elles nous parlent de ténacité, de courage, de résilience.
En 2024, en partenariat avec La Poste, Prune Nourry réalise un timbre d'artiste en relief, un timbre sculpture. Dans le cadre d'ateliers organisés avec des personnes déficientes visuelles, elle fait la connaissance d'Aïcha, élève à l'Institut national des jeunes aveugles Louis Braille. La jeune femme devient son modèle. La paume de sa main, main par laquelle elle lit et se fait une image du monde, vient orner le timbre.
La série "Terracotta Daughters" évoque le déséquilibre démographique en Chine, lié à la sélection du genre des enfants à naître qui privilégie les garçons. Le projet initié en 2012 représente une armée de fillettes en terre cuite, inspirée de l'armée de terre cuite de Xi'an, redécouvertes dans le mausolée du premier empereur de Chine, Qi Phi Huang. Redécouvertes lors de fouilles archéologiques en mars 1974 à proximité dans la province de Shaanxi au Nord-Est du pays, ces 8000 statues de soldats, uniquement des hommes, et de chevaux datent de la fin du IIIe siècle avant notre ère. Prune Nourry pose en regard une cohorte de 108 petites filles de terre cuite, réalisées par des artisans locaux qui leur confèrent des caractéristiques propres. Chacune est différente, détails du visage, de la coiffure. Ces statues représentent les fillettes qui auraient pu naître, en absence d'intervention extérieure. Enfouies dans un site gardé secret, en Chine, elles seront mises à jour en 2030.
| Dulaity Hands (2015) |
| Standing Holy Daughter (2010) / Squatting Holy Daughter (2010) / Cercle de vie (2021) |
| Cercle de vie (2021) |
En 2016, les médecins diagnostiquent un cancer du sein à Prune Nourry. Le traitement par chimiothérapie menace d'altérer son sens du toucher. Elle prend alors conscience de l'importance du toucher dans sa pratique artistique, tandis qu'elle expérimente la maladie, la mutilation, la réparation.
Agnès Varda, amie proche, évoque un lien filial avec la tribu mythologique des Amazones, femmes puissantes, guerrières qui s'amputaient d'un sein pour devenir de meilleures archères. Les figure de combattantes incarnent la résistance, la lutte, la guérison du corps sans faire l'impasse sur les traces du vécu, les cicatrices. Ainsi "Femme miracle enceinte" (2021) porte dans sa fragmentation les marques des traitements mais aussi l'espoir de la grossesse.
En 2024, Prune Nourry cofonde la Catharsis Art Foundation avec Claude Grunitzky, fondation qui par le biais de projets artistiques collaboratifs autour de la sculpture, cherche à empouvoirer les communautés et faire entendre leur voix.
| Venus (Jeanne) (2024) / Venus (Gloria) (2024) / Venus Alimata (2024) |
| Venus (Ozanna) (2024) / Venus (Maria) (2024) |
| Venus (Maria) (2024) |
| Cracked Head (2020) |
Issues du projet Vénus, six statuettes alignées devant la façade du Palais idéal engagent un dialogue direct l'architecture, le processus de création du Facteur Cheval. Monument comme oeuvres portent la trace de la main dans la matière, la marque du modelage des formes.
Les Vénus de bronze recouvertes de terre s'inspirent des Vénus de la période du Gravettien, culture préhistorique du Paléolithique supérieur européen, entre 30 000 et 20 000 avant notre ère. Prune Nourry a pris pour modèles vivants, des femmes de la Maison des femmes à Saint-Denis qui accueille les victimes de violence. Les statues témoignent des traumas physiques et psychiques, du processus de résilience et de renaissance. Les socles sur lesquelles elles sont présentées ont été réalisés selon la technique locale du pisé, mode de construction en terre crue par coffrage recouvert de couches successives.
À partir de l'automne 2016, en collaboration avec l'architecte Kengo Kuma, 108 statues seront déployées de manière pérenne, à travers la Gare de Saint Denis Pleyel, dans le cadre du projet Vénus.
Prune Nourry. Défense de rien toucher
Jusqu'au 6 septembre 2026
8 rue du Palais - CS 10008 - 26390 Hauterives
Tél : +33 (0)4 75 68 81 19
Horaires d'ouverture : En janvier : de 9h30 à 16h30 / De février à mars : de 9h30 à 17h30 / D'avril à juin : de 9h30 à 18h30 / De juillet à août : de 9h00 à 18h30 / En septembre : de 9h30 à 18h30 / D'octobre à novembre : de 9h30 à 17h30 / En décembre : de 9h30 à 16h30
Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.
| Terracotta Daughters (2013) |


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