Expo : Révéler le féminin. Mode et apparences au XVIIIe siècle - Musée Cognacq-Jay - Jusqu'au 20 septembre 2026

Robe à la française et jupe (vers 1770-1775) / Attribué à Lié Perrin-Salbreux - Portrait présumé de Marie-Thérèse de Savoie (vers 1776)
Lié Louis Périn-Salbreux - Portrait de Madame Sophie, dite La Petite Reine (1776)
D'après François-Hubert Drouais - Madame Jacques-Benoît Loys (1758)
Jean-Charles Nicaise Perrin - Portrait de Mme Perrin (1791) / Élisabeth Louise Vigée Le Brun - Portrait de Mme Lesould (1780)

L'exposition "Révéler le féminin. Mode et apparences au XVIIIe siècle" musée Cognacq-Jay, développée en collaboration avec le Palais Galliera, questionne le caractère singulier des portraits peints afin de répondre aux jeux des apparences. En leur temps, ces oeuvres qui font rayonner l'image idéalisée de leurs modèles établissent de nouveaux codes de la féminité. Le Siècle des Lumières est marqué par une émancipation des esprits et une forme de mobilité sociale. L'essor d'une grande bourgeoisie, fruit de l'ascension sociale entraîne un renouvellement de l'étiquette, des modes par un biais inédit. Cette caste exprime le désir de côtoyer l'aristocratie à égalité. Elle en emprunte les conventions, l'habillement, la parure. Il y a ceux qui voudraient en être et ceux qui en sont. Ces derniers se distinguent par leur maîtrise des élégances et du bon goût.

"Révéler le féminin. Mode et apparences au XVIIIe siècle" développe une réflexion sur la représentation des femmes dans ce cadre particulier. Le propos se recentre sur l'évolution du portrait féminin sous l'effet des métamorphoses de la société. Tableaux, nombreux portraits, costumes, robes à la française, corsets constituent un corpus éloquent. Des photographies contemporaines de Valérie Belin, Steven Meisel Esther Ségal, viennent souligner la persistance de certains codes du XVIIIe siècle, une certaine appétence pour la transgression des règles, le renversement carcans, la fluidité des genres.


École de Jean-Marc Nattier - Louise-Élisabeth de France, duchesse de Parme dite Madame Infante (1760)
Mantelet (vers 1720)

Maurice Quentin de La Tour - Madame la présidente de Rieux, en habit de bal, tenant un masque (1742)

Robe à la française et jupe (vers 1770-1775)
Valérie Belin - "Sans titre "de la série "Métisse" (2006)
Andre Torres Balaguer - "Lotus "de la série "Hivernacle" (2021)

Élisabeth Vigée Le Brun - Portrait de Mme Lesould (1780)
Adélaïde Labille-Guiard - Portrait présumé de Philiberte-Orléans Perrin de Cypierre, comtesse de Maussion (1787)
Portrait de femme (vers 1787)
Attribué à Antoine Vestier - Portrait de femme (seconde moitié du XVIIIe siècle)

Robe à la française et jupe (vers 1770-1775)
Attribué à Lié Perrin-Salbreux - Portrait présumé de Marie-Thérèse de Savoie (vers 1776)
Lié Louis Périn-Salbreux - Portrait de Madame Sophie, dite La Petite Reine (1776)

"Révéler le féminin. Mode et apparences au XVIIIe siècle" noue un dialogue entre deux institutions parisiennes. L'évènement du Musée Cognacq-Jay résonne avec la manifestation qui se tient au Palais Galliera, jusqu'au 12 juillet 2026, "La mode du 18e siècle. Un héritage fantasmé".

Au XVIIIe siècle, la cour de France, épicentre européen des élégances, invente le style français. La munificence se déploie dans le cadre officiel, expression d'un certain statut social par le biais du vêtement. L'habillement est alors l'un des postes de dépense les plus importants, pour les nobles comme les bourgeois. L'habit reflète l'envergure sociale, le pouvoir. Les marchandes de mode deviennent des personnages importants, telle Rose Bertin (1747-1813), devenu Ministre des Modes de la reine Marie Antoinette (1755-1793).

Mais raffinement et opulence ne suffisent plus. Car les bourgeois, au fur et à mesure, s'accaparent des conventions établies par l'aristocratie, avec plus ou moins de succès et un temps de retard. Afin de se différencier de ces parvenus, les nobles se voient contraints de réinventer sans cesse leur garde-robe afin. Il s'agit de les distancer pour échapper à la comparaison, affirmer sa supériorité. 

Le XVIIIe siècle, ère de liberté et d'expression de soi, invite les femmes à mettre en scène leur propre personne, à créer une image de soi-même idéalisée et diffusée par le biais de tableaux réalisés par les artistes à la mode. En grand apparat, ces portraits expriment par le vêtement, un rang social, une fortune. Le talent des peintres traduit l'opulence des étoffes, la finesse des broderies, l'éclat des détails. 


Cape courte, seconde moitié du XVIIIe siècle
Jean-Baptiste Deshays - Portrait présumé de Jeanne-Élisabeth Victoire Deshays, épouse de l'artiste (1762-63)
Nicolas-Bernard Lépicié - Portrait de Quatremère et de sa famille (1780)
Daniel Gardner - Portrait d'Eleanor Eden et de sa fille (vers 1775)

Esther Ségal - "La femme aux oiseaux" de la série "L'effroi du beau" (2024)
Esther Ségal - Fleur de l'ombre, de la série "L'effroi du beau" (2024)

Attribué à sir Thoas Lawrence - Portrait d'Emily et Laura-Anne Calmady (après 1824)
Nicolas-Bernard Lepicié - Émilie Vernet (1769)


François Boucher - La jeune fermière (XVIIIe siècle)
Ange Laurent La Live de Jully - Mademoiselle Javart en jardinière (XVIIIe siècle)

En coulisses, la libéralisation des codes emprunte aussi à des vestiaires inattendus, le vestiaire sportif plus confortable, à l'instar des aristocrates anglais, ou encore les costumes de bergère portés, dans un cadre privé, au quotidien, par Marie-Antoinette. Fantasme et réalité des représentations trouvent des formes alternatives sous le pinceau de Jean-Marc Nattier (1685-1766) ou Maurice Quentin de la Tour (1704-1788).

Le portrait évolue sous l'influence des femmes peintres à qui la grande peinture d'histoire, la plus prestigieuse, demeure fermée. Elisabeth Vigée Le Brun (1755-1842), Adélaïde Labille-Guiard (1749-1803) entretiennent des liens différents avec leurs modèles, qui sont aussi bien leurs paires, leurs amies, que leurs clientes. Elles sont invitées dans les appartements privés, les intérieurs. De nouvelles mises en scène de soi, au naturel dans des espaces d'intimité, font leur apparition. Les portraits acquièrent une dimension psychologique. Détachés du "male gaze", ils évoquent le caractère du sujet, ses goûts personnels, les liens familiaux, l'attachement aux enfants. Les peintres s'ingénient à capturer l'instant. À la demande de leurs clientes, ils privilégient le naturel, la sensibilité. 


François Louis Joseph Watteau, dit Watteau de Lille - Assemblée dans un parc (vers 1785)

Corps à baleines (1725-1755)
François Boucher - Portrait présumé de Marie-Émilie Baudouin, fille du peintre (1758-1760)
Jean-Frédéric Schall - Danseuse en costume Louis XVI (1775-1790)


Manufacture de Sèvre - Figures d'après des modèles de Johann Joachim Kaendler (vers 1750)
Caraco, étoffe vers 1760-1770 et forme vers 1780-1785
Cindy Sherman - Maison Bernardaud - Soupière et plateau Madame de Pompadour (1990)

Esther Ségal - "Restraint tape" de la série "L'effroi du beau" (2025)

Steven Meisel - Linda Evangelista (1991)
Robe du soir Chanel par Karl Lagerfeld - Haute Couture Printemps-Été 2019

Aux portraits des élégantes répondent, à la même époque, les représentations idéalisées d'une féminité moins incarnée, scènes pastorales d'Antoine Watteau (1684-1721), fêtes galantes de François Boucher (1703-1770). L'exposition interroge la place des femmes dans la société, une position que traduisent les stéréotypes attachés aux apparences.

L'héritage du XVIIIe siècle infuse les imaginaires depuis le XIXe et perdure de nos jours. Une robe Chanel, Haute couture printemps-été 2019, dessinée par Karl Lagerfeld, aux broderies fleuries, évoque puissamment ces codes perpétués. 

Révéler le féminin. Mode et apparences au XVIIIe siècle
Jusqu'au 20 septembre 2026

Musée Cognacq-Jay
8 rue Elzévir - Paris 3
Tél : 01 40 27 07 21
Horaires : du mardi au dimanche de 10h à 18h



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.