Expo : La mode du 18e siècle. Un héritage fantasmé - Palais Galliera - Jusqu'au 12 juillet 2026

 

"La mode du 18e siècle. Un héritage fantasmé" au Palais Galliera décrypte la construction d'un mythe esthétique, source inépuisable d'inspiration. Entre idéalisation et détournement, les archétypes développés à l'aune de la modernité alimentent un imaginaire, définissent une posture. Le XVIIIe siècle marque l'avènement d'une nouvelle idée, un art de se raconter. La libéralisation des codes vestimentaires donne naissance à une grande variété de silhouettes. Le faste des étoffes et de la passementerie, la complexité des mises répondent à un désir qui dépasse les simples codes visuels. Il s'agit de théâtraliser son apparence, de façonner un récit par le biais d'un corps redessiné, redéfinit. La période marque un pivot dans l'évolution de la mode, opulence des étoffes, surabondance de la passementerie, richesse des parures, volumes des coiffures tout autant que simplification au quotidien du vêtement.

Avec l'essor de la presse écrite au XIXe siècle, télévisée au XXe, la culture se démocratise. Les symboles circulent et infusent l'imagerie populaire. Internet et les réseaux sociaux au XXIe siècle parachèvent ce modèle. Les stéréotypes d'un XVIIIe siècle à la féminité spectaculaire s'y diffusent largement. La période devient synonyme d'exubérance, de transgression, parfois réduite à de simples codes visuels, corsets à baleines et buste en V, jupes à paniers et hanches surdimensionnées, perruques poudrées vertigineuses et verticalité.







L'exposition "La mode du 18e siècle. Un héritage fantasmé" réunit plus de 70 silhouettes, pièces patrimoniales historiques, créations modernes et contemporaines de maisons prestigieuses, Christian Dior, Givenchy, Chanel, Dries Van Noten, Vivienne Westwood. Les commissaires Émilie Hammen, directrice du Palais Galliera et Pascale Gorguet-Ballesteros, conservatrice générale du patrimoine, responsable des collections vêtements XVIIe-XVIIIe siècles et poupées, assistée d'Alice Freudiger, éclairent trois siècles de réinterprétation en y associant accessoires de mode, tableaux, gravures, photographies, couvertures de magazine.

La reine Marie-Antoinette (1755-1793), figure emblématique, icône de mode, se trouve au centre de toutes les attentions, soucieuse de son apparence et férue de mode, ses toilettes sont scrutées et commentées, au-delà même des frontières du pays, dans toutes les cours d'Europe. Elle devient l'égérie du savoir-faire à la française, du raffinement de sa culture.  Figure idéalisée, romantisée par la littérature puis le cinéma, son image d'influenceuse avant l'heure, doublée d'un ministre des modes, la célèbre Melle Bertin, trouve un écho singulier dans les pratiques sociales notre époque. À sa suite, les dames de la cour construisent leur propre représentation, se mettent en scène dans d'innombrables portraits peints. La liberté revendiquée s'inscrit dans un rejet des conventions, jusqu'à embrasser une simplicité paradoxale. Les aristocrates du XVIIIe siècle qui prisent les déguisements jouent aux bergers au Trianon et en conservent souvent les autours confortables dans la vie de tous les jours. Désir d'émancipation.

L'exposition présente un corset en taffetas de soie, que Marie-Antoinette aurait porté entre 1770 et 1780. Acquis aux enchères par le musée Galliera en 1997, le sous-vêtement était vendu avec deux livres de comptes de Mme Eloffe (1759-1805) marchande de mode. Un soulier, attribué à Marie-Antoinette, conservé au Musée de Caen et présenté à Paris, aurait porté au moment de monter à l'échafaud le 16 octobre 1793. Le témoignage de sa femme de chambre, Rosalie Lamorlière, mentionne "des souliers de prunelle".







Le XIXe siècle puise son inspiration dans la nostalgie de cette ère, dès 1830-1840. L'historicisme imprime sa patte en matière d'architecture et s'impose dans la mode. Les références au style Louis XV, expression d'un savoir-faire artisanal, du luxe, du raffinement à la française, se multiplient. Ressurgissent des éléments emblématiques, jupe ample, paniers, rubans et motifs de fleurs, dentelles, broderies, palette pastel. 

Sous le Second Empire (1852-1870), l'impératrice Eugénie voue un culte à la figure de Marie-Antoinette, séduite par un certain imaginaire. La reine réhabilitée acquiert un statut de modèle de mode dont elle ne se départira plus jusqu'à nos jours. 

Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, la résurgence de certains motifs vient célébrer l'excellence des artisans français du luxe. La mode s'empare de l'héritage culturel du XVIIIe siècle, dont l'esthétique rayonne dans toutes les couches de la société par le biais des médias, des arts, du cinéma, de la photographie. 







Les canons du XVIIIe siècle prennent d'assaut la culture populaire qui va en détourner les codes, se les approprier à l'instar des univers queer, camp. Sur les podiums, Vivienne Westwood affirme la dimension punk du corset tandis que Jean-Paul Gaultier y imprime une certaine idée de la pop culture relayée par Madonna. Alexandre McQueen et l'historicisme BDSM dialogue avec la dramatisation décadente d'un John Galliano pour Dior. 

Dans la presse, Sarah Moon immortalise en costume, Marisa Berensen, comédienne de "Barry Lyndon" (1975) de Stanley Kubrick. Le film de Sofia Coppola, "Marie-Antoinette" (2006) propulse Kirsten Dunst à la une du Vogue américain, sous l'objectif d'Annie Leibovitz. En 2014, les photographes Pierre et Gilles signent "Marie-Antoinette, le hameau de la reine" avec pour modèle l'ancienne escort désormais mannequin et actrice Zahia Dehar. Jean-Paul Goude fait poser Mariah Carey en une du Harper's Bazaar, en 2015, dans une scène galante clin d'oeil à Fragonard et son tableau coquin, "Les Hasards heureux de l'escarpolette" (1767-1769). La réalisatrice et actrice Maïwenn irradie en couverture de Madame Figaro à l'occasion de la sortie de "Jeanne du Barry" en 2023, tout de Chanel par Karl Lagerfeld vêtue.

"La mode du 18e siècle. Un héritage fantasmé" au Palais Galliera révèle toute la liberté et la modernité d'une ère, objet de fascination sans cesse renouvelée.

La mode du 18e siècle. Un héritage fantasmé 
Jusqu'au 12 juillet 2026

Palais Galliera
10 avenue Pierre Ier de Serbie - Paris 8
Tél : +33 1 56 52 86 00
Horaires : Du mardi au dimanche de 9h à 18h - Vendredi nocturne jusqu'à 21h



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.