Paris : Atelier-appartement de Suzanne Valadon, une reconstitution vibrante au Musée de Montmartre - XVIIIe arr

 

La reconstitution de l'atelier-appartement de Suzanne Valadon (1865-1938) au 12 rue Cortot, où l'artiste a résidé de 1912 à 1926, a été rendue possible grâce à un mécénat. La restitution vivante, inaugurée en octobre 2014, au Musée de Montmartre est signée Hubert Le Gall (né en 1961). Elle donne le sentiment que l'artiste vient à peine de quitter son atelier, pinceaux éparpillés, tubes de peinture ouverts et palette barbouillée, chevalet déplié. Le designer-scénographe a mené une véritable enquête afin de redonner vie à cet atelier. Il a puisé son inspiration dans les archives, photographies historiques, lettres, témoignages des proches, dessins et oeuvres du "trio infernal", les trois artistes Suzanne Valadon, son fils Maurice Utrillo (1883-1955), son mari André Utter (1886-1948). Mobilier et objets chinés retranscrivent l'atmosphère des ateliers d'artistes de la Butte au tournant du XXe siècle à la manière des capsules temporelles. 





Marie-Clémentine Valadon débute sa carrière de modèle en 1880. À l'âge de quinze ans, elle pose pour le peintre Jean-Jacques Henner. Les artistes de Montmartre apprécient ses qualités, Pierre Puvis de Chavannes, Auguste Renoir "Jeune femme aux seins nus", "La danse à Bougival", "Danse à la ville", Henri de Toulouse-Lautrec, "Gueule de bois", Jean-Eugène Clary, "Suzanne Valadon à vingt ans", mais aussi Gustav Wertheimer, Federico Zandomeneghi, Louis Forain, Théophile Alexandre Steinlen ou encore Vojtěch Hynais. 

En 1883, à dix-huit ans, elle accouche d'un garçon, Maurice, dont elle dit ignorer le père. Elle confie l'enfant à sa mère Madeleine. Les deux femmes emménagent rue Tourlaque en 1886 dans la maison où Henri de Toulouse-Lautrec loue un atelier. C'est en 1888, que Marie-Clémentine prend le surnom de Suzanne, que lui donne ce dernier en référence à l'épisode biblique de Suzanne et les vieillards. Elle entretient une relation avec un admirateur de longue date, Miquel Utrillo (1862-1934), ingénieur catalan, promoteur des arts, peintre et critique d'art qui décide de reconnaître Maurice et de lui donner son nom en 1891.

Depuis l'enfance, Suzanne dessine. La fréquentation des peintres et de leurs ateliers lui redonne le goût des arts. Elle réalise des portraits, à la mine de plomb, au fusain et à la sanguine. Présentée à Edgar Degas (1834-1917) par Toulouse Lautrec, elle devient son élève. Elle s'essaie à la peinture à partir de 1892, natures mortes, paysages, portraits de sa mère, de son fils et des nus. 

En 1893, Suzanne Valadon vit une brève idylle avec le compositeur Erik Satie (1866-1925), follement amoureux. Il lui présente son ami Paul Moussis (1863-?), agent de change, qui devient son amant. Les dessins de Suzanne Valadon font l'objet d'une toute première exposition personnelle à la galerie Le Barc de Boutteville en 1893 et 1894. Son travail est présenté cette année-là au Salon de la Société nationale des beaux-arts, l'un des seuls à accepter les artistes femmes. 







En 1893, Suzanne Valadon vit une brève liaison avec le compositeur Erik Satie (1866-1925). Il lui présente son ami Paul Moussis (1863-?), agent de change, qui devient son amant. Les dessins de Suzanne Valadon font l'objet d'une toute première exposition personnelle à la galerie Le Barc de Boutteville en 1893 et 1894. Son travail est présenté cette année-là au Salon de la Société nationale des beaux-arts, l'un des seuls à accepter les artistes femmes. 

Suzanne Valadon épouse Paul Moussis en 1896. Le couple emménage dans un appartement-atelier de la cité d'artistes du 12 rue Cortot, en 1898, logement qu'il quitte en 1905. Suzanne se consacre alors à la peinture. Séparés dès 1909, Suzanne et Paul divorcent en 1911. Suzanne s'installe impasse de Guelma. 

Suzanne s'éprend du peintre André Utter (1886-1948), un ami de son fils, de vingt ans son cadet. Leur histoire durera jusqu'en 1926. En 1911, Suzanne, André et Maurice emménagent rue Cortot dans l'appartement libéré par le départ du peintre Émile Bernard (1868-1941). André et Suzanne se marient en 1914. Maurice Utrillo loge dans la petite chambre sur la rue. Lors des crises de violence liées à son alcoolisme, il menace de se défenestrer et jette par la fenêtre, objets comme mobilier. Pour limiter les dégâts, Suzanne installe un grillage. Les scènes, les frasques des uns et des autres, les tensions entre les trois artistes se multiplient mais sous l'effet de l'émulation mutuelle, ils connaissent une période d'intense productivité.







En 1926, lors de la rupture, Suzanne Valadon quitte l'atelier de la rue Cortot pour la maison achetée par Maurice, avenue Junot. André Utter demeure rue Cortot jusqu'à son décès en 1948. L'appartement laissé un temps à l'abandon, sera réaménagé au gré des nouveaux locataires perdant peu à peu ses spécificités d'atelier. La reconstitution, au début des années 2010, a permis de retrouver les volumes originaux des pièces de 1912 ainsi qu'un petit supplément d'âme. Afin de faire revivre l'esprit des lieux, Hubert Le Gall s'est attaché à réinventer l'appartement, réaménageant notamment la mezzanine et le passe-tableau dans l'atelier, les lambris et les grillages dans la chambre de Maurice Utrillo. 

Atelier de Suzanne Valadon  
Musée de Montmartre - Jardins Renoir
12 rue Cortot - Paris 18
Tél : 01 49 25 89 39
Horaires : Ouvert tous les jours de 10h à 19h - Dernière entrée 45 minutes avant la fermeture 



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.