mercredi 30 août 2017

Cinéma : Petit paysan de Hubert Charuel - Avec Swann Arlaud et Sara Giraudeau



Pierre a repris la ferme de ses parents éleveurs laitiers. Levé à l'aube tous les jours pour la traite, il se dévoue corps et âme à son métier pour lequel il éprouve une vraie passion. Malgré les difficultés économiques, les interrogations sur la robotisation du travail, la pression des autorités sanitaires, il porte l'exploitation à bout de bras, enfermé dans ce quotidien au point de ne pas avoir de vie à l'extérieur. Une épidémie de fièvre hémorragique venue du Nord de l'Europe se répand progressivement à travers les cheptels français. Lorsque Pierre se rend compte que l'une de ses vaches est atteinte, bouleversé, il fait disparaître l'animal pour éviter que tout son troupeau ne soit abattu par mesure de précaution. Il a pour espoir de cacher aux services sanitaires la maladie qui se propage. Malgré l'insistance de Pascale, sa sœur vétérinaire, il s'enferme dans une spirale infernale. Comme on dissimule un meurtre, Pierre va de fraudes en mensonges.






Le réalisateur Hubert Charuel, lui-même fils et petit-fils d'éleveurs de vaches laitières, a tourné Petit paysan sur l'exploitation de ses parents qui jouent des petits rôles ainsi que le grand-père. Par le biais cet enracinement profond, il est parvenu à retranscrire la vérité des gens et des lieux.

Entre drame social et tragédie introspective, son talent singulier éclot dans une économie de moyens qui tend à l'épure. Mais le naturalisme de cette fiction à valeur documentaire dévie peu à peu vers le thriller psychologique. Le cinéaste modifie le réel pour lui donner une tonalité fantastique jusqu'à l'onirisme de certaines scènes, le sentiment latent d'une oppression qui se fait toujours plus lourde alors que la paranoïa et les angoisses obsessionnelles du personnage principal se développent.





Avec sensibilité et justesse, Hubert Charuel dépeint le quotidien bouleversé par une maladie qui rappelle la crise de la vache folle. Pierre qui a dédié toute son existence à ses vaches, investissement personnel total et amour profond, perd pied dans une lutte à corps perdu, un combat perdu d'avance, une fuite en avant sans issu. Malgré toute l'empathie éprouvée pour la solitude du jeune éleveur face au mal invisible, le cinéaste ne manque pas de soulever des interrogations morales sur ses actions. Il est impossible de faire disparaître des vaches, chacune étant fichée par les services vétérinaires, et dissimuler une épidémie est passible d'une peine de prison. 

L'engrenage obsessionnel dans lequel plonge Pierre prend source dans le parallèle qu'il fait entre le sort de son troupeau et le sien propre. Il perçoit une communauté de destin entre ses bêtes et lui, une façon pour Hubert Charuel de parler de l'avenir des éleveurs et des agriculteurs plus largement, de la transformation des modèles d'exploitation. Petit paysan se regarde comme un questionnement sur la pérennité d'un monde rural à échelle humaine malmené par la violence aveugle du néo-libéralisme qui mène notre société. 




Le propos est porté par la belle interprétation des acteurs. Habité, Swann Arlaud incarne avec beaucoup de finesse le personnage de Pierre, la lutte psychologique contre lui-même. Sara Giraudeau subtile, précise, tout en nuances, lui donne magnifiquement la réplique.

Drame de héros ordinaires menacé par la disparition d'un monde, hommage sensible aux éleveurs, thriller existentiel, Petit paysan est un film superbe et prometteur. A ne pas manquer.

Petit paysan réalisé par Hubert Charuel
Avec Swann Arlaud et Sara Giraudeau
Sortie le 30 août 2017




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1 commentaire :

Aurore a dit…

Très jolie critique !
J'hésite encore à aller le voir, ça sera en fonction des autres films que j'ai noté, et du temps dont je dispose.

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