Paris : Uranus, une oeuvre d'Etienne Hajdu - place Marcel Achard - XIXème



Espace public urbain végétalisé, bordé d'un double alignement de marronniers blancs, l'ilot Rébeval-Villette entièrement reconstruit dans les années 60-70 est un exemple assez peu flatteur, à l'instar de la place des Fêtes, de la vague de bétonnage qui a touché Belleville. Plusieurs fois réaménagé, l'ilot présente aujourd'hui un visage vertigineux de la ville avec ses hautes constructions sur dalle ponctuée de jardinets. La place Marcel-Achard tapissée d'un revêtement rose, tentative d'égayer l'ensemble, pourrait faire songer aux étendues méta-urbaines de la Défense. A son entrée, une singulière oeuvre d'art veille. Cette sculpture de bronze réalisée en 1995 et intitulée Uranus est signée Etienne Hajdu (1907-1996), artiste d'origine hongroise, rattaché à la nouvelle Ecole de Paris.






Sculptures, hauts et bas-reliefs, réalisations architectoniques de béton, Etienne Hajdu a travaillé marbre, onyx, bois, bronze, plomb, aluminium, cuivre. En 1954, de son désir de sculpter le papier naissent ses premières estampilles, des formes creusées dans le papier repoussé. Un procédé qu'il adaptera à la céramique afin de réaliser de nombreux décors et formes pour la Manufacture Nationale de Sèvres entre 1966 et 1972.

Les nombreuses études dessinées qu'il a légué suggèrent le long mûrissement de ses œuvres portées par une idée de simplification des formes à la manière des idoles cycladiques découvertes en Crête et Grèce lors de voyages d'études dans les années 30. Elève de Bourdelle à l'Académie de la Grande Chaumière puis de Paul Niclausse à l'Ecole nationale des arts décoratifs jusqu'en 1929, l'oeuvre de Fernand Léger marque durablement sa démarche créative. Grand admirateur de Brancusi, Etienne Hajdu est fasciné par ses volumes ovoïdes et la légèreté des silhouettes qui seront le point de départ de recherches visant à créer un vocabulaire plastique formé d'éléments conceptualisés.







Dès 1932-33, Etienne Hajdu se tourne vers l'abstraction. Eglises romanes et gothiques françaises l'inspire. La structure des tympans romans lui ouvre de nouvelles possibilités dont celle d'organiser le monde dans un espace déterminé. Marqué par le travail des artisans de sa région natale, la Transylvanie, et notamment celui des potiers, il en conservé une profonde impression et un goût pour les surfaces lisses arrachées à la matière. Sa passion pour la biologie - il suit les cours de Marcel Prenant à l'Université ouvrière du XXème arrondissement à Paris - pose son empreinte sur une oeuvre marquée par les formes organiques. "Une simple cellule porte en elle-même un arbre, une fleur, un être humain, une mante religieuse ou un colibri. Toute vie sort d'un élément fondamental."

Figures féminines stylisées, silhouettes calligraphiées, effilées, le passage du dessin à la matière sculptée libère la tension du trait pour des élans épurés où pleins et vides articulés s'équilibrent vers un glissement des volumes aplatis. Les sculptures d'Etienne Hajdu, métal lisse comme un galet hérissé de crêtes, surface polie qui renvoie la lumière, font croire à la gracilité du bronze devenu aérien. "La nature opère avec des formes simples." Ce processus d'épure radicale voit le jour à partir de 1945, lorsqu'il décide de "recommencer la sculpture à zéro" pour trouver sa voie d'expression personnelle abstraite. L'artiste s'intéresse particulièrement à l'art du bas-relief dans lequel il fait intervenir deux composantes qui deviendront sa signature, les éléments simples tels que fuseaux et cercles et la lumière, notion introduite grâce à la couleur et aux modulations de gris.







En 1948, alors qu'il enseigne la sculpture à l'atelier de Fernand Léger, Etienne Hajdu réalise ses premiers reliefs en cuivre martelé. Ce relief permet de rapprocher sculpture et architecture à travers la pertinence du volume, de son lien organique avec la surface et des surfaces entre elles. Quatre ans plus tard, il y introduit l'aluminium, souvenir des années durant lesquelles il a travaillé dans une usine d'aluminium pendant la Seconde Guerre Mondiale. En 1961, nouvelle étape dans la quête de réflexions lumineuses, Etienne Hajdu se lance dans la taille directe du Duralumin. La lumière crée des rapports complexes entre les vides et les pleins tandis que le reflet incorpore l'espace à l'intérieur de la sculpture.

"L'art commence où finit la matière." - Etienne Hajdu

Uranus (1985) - Etienne Hajdu
Place Marcel Achard - Paris 19



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie. 


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