lundi 20 mai 2013

Lundi Librairie : Un homme de Philip Roth



La première scène d’Un homme se déroule dans un cimetière pendant l’enterrement du personnage principal, un personnage sans nom dont l’anonymat relatif nous renvoie à la destinée commune au-delà des singularités de chacun. Cet ancien publicitaire new-yorkais rongé par une longue maladie n’a pas survécu à sa dernière opération. Autour de cette tombe fraîchement creusée, ses deux fils d’un premier mariage qui le méprisent, sa fille d’un second qui l’adore, son frère aîné dont la santé fleurissante provocante a été suffisante pour qu'il s'en éloigne plein d'amertume, ses épouses qu’il a trahi à tour de rôle et une maîtresse qui ne l’a pas oublié malgré les années.

Dans un long retour en flashback, Philip Roth remonte le temps d’une vie avec l’enfance comme âge d’or de l'être de chair, « motif innervé, vivant, intense. »  Il dresse le portrait d’un homme ordinaire confronté à une existence sans grandes aspérités, à des relations de couple à jamais conflictuelles. Un parcours ponctué par les banalités du quotidien : amours, désillusions, maladies, rêves inassouvis. L’auteur, archiviste cruel, recense en détails les confrontations de son personnage avec la déchéance physique. Il raconte la vie d’un homme « non pas à travers ses succès, ses amours mais à travers les différentes maladies qui l’ont affecté tout au long de sa vie et qui le mènent finalement à la mort. » Un homme face à sa déchéance physique, aux défaillances du corps, le corps comme paysage du récit. Dans cette œuvre dépouillée, épurée - épure du style mais également de la psychologie - l’auteur prend la mesure de la dimension physique de l’individu, dans le plaisir ou la souffrance.

Observateur lucide, féroce de la condition humaine Philip Roth s’interroge sur les moyens de concilier les contradictions de l’être, gérer les tiraillements, assumer ses choix, pour son protagoniste principal dans la vieillesse, la douleur et la solitude. Un homme est un grand livre sur la décrépitude du corps et la perte du désir, la maladie qui nous vole ce qu’on est profondément pour n’être plus qu’un organisme de chairs en souffrance. Un roman court plein d’humilité, d’une intelligence profonde, à la densité frappante. La justesse des mots sans aucune pesanteur moralisatrice s’allie à la puissance évocatrice du souvenir dans une plume fluide donnant lieu à texte remarquablement construit, d’une brièveté libératrice. 

Ce récit intimiste, désabusé, récit de l’individu face à lui-même évoque la tragédie de l’existence avec une lucidité teintée de légèreté, une mélancolie à laquelle l’auteur mêle une bonne dose d’ironie rothienne, son empreinte personnelle entre réalisme et humour. Philip Roth nous livre une impitoyable méditation sur la précarité de nos existences, une intense et poignante réflexion sur l’expérience humaine de la maladie. La vie, une aventure captivante qui finit mal ? Lorsque Roth évoque la mort, c’est pour faire l’éloge de la vie.

Un homme de Philip Roth - traduction de Josée Kamoun - Editions Gallimard - Collection de poche Folio

5 commentaires :

Holly_Goli a dit…

Même si ce livre a l'air vraiment tentant, je t'avoue que je vais attendre un long moment avant de me replonger dans un livre de Philip Roth. Je viens de finir d'étudier cette année sa dernière oeuvre traduite qui s'appelle "Nemesis". J'ai détesté étudié cette oeuvre même s'il avait l'air vraiment intéressant. Après, j'ai lu "La Tâche" qui est vraiment incroyable. Est ce que le thème des juifs est abordé dans ce livre ? Car c'est récurent dans ses oeuvres.
Bisous

Caroline a dit…

Le thème de la judaïté n'est pas du tout abordé dans celui-ci.

Qu'est-ce qui ne t'a pas plu dans l'étude de Nemesis ? Le livre en lui-même ou le travail autour pour tes cours ?

cannellebeauty a dit…

grâce à ton article, je pense me plonger très bientôt dans ce récit...

Holly_Goli a dit…

Et bien dans l'étude de "Nemesis", j'ai eu beaucoup de mal à rentrer dans le roman dans un premier temps. En effet, voir la polio décimer petit à petit des enfants m'a un peu gênée au début. Ensuite, je dirai que c'est surtout le cours en lui-même car notre professeur n'avait pas de cours à proprement parler. C'était surtout une réflexion autour de la maladie, de la religion surtout et la fait que le héros perde la foi et c'est ça qui m'a profondément dégoûtée du roman. A chaque fois que j'essayais d'interpréter le roman, je n'étais pas comprise par mon professeur. C'est assez frustrant. J'adore les oeuvres contemporaines d'ordinaire mais là ... non. Peut être qu'aussi la religion est un sujet trop sensible pour moi et que donc je n'ai pas su aimé ce livre à sa juste valeur.
Si dans ton livre il n'évoque pas la judaïté, je vais réessayer alors de me replonger dans du Philip Roth.

Caroline a dit…

@ cannellebeauty : un roman bref mais poignant. Je te le conseille vraiment.

@ Holly_Goli : Celui-ci est très dur également. J'y repense souvent depuis que je l'ai lu, il y a 3 semaines. Le sens de la vie et sa précarité, son inéluctable fin tragique.

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