Paris : Église Saint Jean de Montmartre, briques, ciment armé et grès flammé pour un lieu de culte inauguré au début du XXe siècle - XVIIIe arr

 

L'Église Saint Jean de Montmartre se caractérise par son style synthétique, association des influences Art Nouveau, néo-gothique et des inflexions néo-mauresques. Construit entre 1897 et 1904 sur les plans de l'architecte Anatole de Baudot (1834-1915), par ailleurs inspecteur général des monuments historiques, titulaire de l'unique chaire d'architecture française du Moyen-Âge et de la Renaissance, le sanctuaire est consacré à Saint Jean l'Évangéliste le 13 juin 1904. Ses façades habillées de briques rouges dissimulent une ossature de ciment armé. Les grès flammés d'Alexandre Bigot (1862-1927) complètent le programme décoratif où la céramique dialogue avec les courbes de ciment. Le lieu de culte conserve en son sein un ensemble de verrières remarquables. Inscrite à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques par arrêté du 5 mars 1966, l'Église Saint Jean de Montmartre est classée en totalité par arrêté du 9 septembre 2014.







L'Église Saint Jean de Montmartre est édifiée à l'initiative du curé de Saint-Pierre-de- Montmartre, l'abbé Sobeaux. Alors que s'achève la construction du Sacré-Cœur, inauguré officiellement en 1891, le prêtre s'inquiète de l'attractivité de la basilique qui menace de vider son église. Il envisage la démolition de Saint-Pierre de Montmartre ainsi que le transfert des activités paroissiales vers un nouveau lieu de culte. L'initiative personnelle ne reçoit aucun soutien ou financement de l'État. En 1892, le curé de Saint Pierre de Montmartre acquiert à ses frais une parcelle place des Abbesses. 

L'abbé Sobeaux fait appel à l'architecte Anatole de Baudot, disciple de Viollet-le-Duc et Henri Labrouste. Parti pris de la modernité et de la technologie, ce dernier trace des plans innovants. Il allège les piliers, réduit l'épaisseur des murs et des planchers grâce au système Cottancin, précurseur du béton armé, inventé en 1889 par l'ingénieur Paul Cottancin (1865-1928). La structure en ciment armé est constituée de blocs de béton creux, remplis de ciment, traversés par une armature de fer.

Anatole de Baudot imagine pour l'Église Saint Jean de Montmartre des piliers de 50 cm de diamètre et des planchers de 7cm d'épaisseur pour des voûtes culminant à 25mètres de haut. La prouesse technique fait des sceptiques. Le chantier débuté en 1897 est suspendu. Les détracteurs intentent un procès pour non-conformité aux règles d'urbanisme. La justice accorde sa confiance au système Cottancin. Le chantier reprend en 1902 et s'achève en 1904. 







Le revêtement de briques de la façade dissimule une ossature de ciment armé. Alexandre Bigot signe le décor de céramiques, grès flammé et pastillés. Deux tours d'escalier octogonales encadrent l'entrée principale. Le sculpteur Pierre Roche (1855-1922) réalise pour le tympan, une statue de saint Jean l'Évangéliste entouré de deux anges. Le jeu de courbes et de contrecourbes, réseaux d'arcs, s'inspire de motifs floraux entre le style Art Nouveau et le style mauresque. 

Le plan de basilique à trois nefs, aux voûtes de béton armé, évoque la conception des cathédrales gothiques. Huit grandes fresques et vitraux traditionnels ornent les murs latéraux. Dans les nefs latérales, 48 vitraux rectangulaires de dimension modeste représentent les litanies de la Sainte Vierge. 

L'aménagement intérieur intervient entre 1901 et 1904. La sobriété du béton brut est à peine troublé par l'ornement, notamment quelques perles de grès les balustrades des tribunes et de l'autel à l'étage supérieur. Le maître-verrier Jac Galland - Louis Jacques Galland (1855-1922) - peintre verrier et décorateur, réalise sur les cartons d'Ernest-Pascal Blanchard (1861-1945), qui a également travaillé sur les décors du Sacré-Coeur, les trois grandes verrières hautes dans la nef, Les Cavaliers de l'Apocalypse, La Femme adultère. Les frères Tournel réalisent en 1901 un vitrail destiné au chevet représentant la Crucifixion. Dans le choeur, Le miracle de la multiplication des pains et la Résurrection de Lazare de Planzeau. Des vitraux de style art nouveau rythment les voûtes du transept.







Une sculpture de bronze et terre vernissée de Pierre Roche orne le maître-autel conçu par Anatole de Baudot. La cuve baptismale en pierre de Pontijou, en argent incrusté de cristal de roche, de jaspe, aventurine, aux pieds de fer forgé, oeuvre du sculpteur et orfèvre Goudji, a rejoint l'église en 2007.

L'orgue réalisé par la maison Cavaillé-Roche en 1852 provient de l'école du Sacré-Cœur de la Ferrandière à Lyon. En 1910, l'orgue est démonté pour être transféré au sein de l'église Saint-Jean de Montmartre où il est remonté par le facteur Charles Mutin. Le facteur Gaston Gutschenritter l'agrandit en 1921, 1931 et 1934. En 2009, le facteur Yves Fossaert pour restaure l'instrument durant quatorze mois. 

Église Saint Jean de Montmartre
19 rue des Abbesses - Paris 18
Métro Abbesses ligne 12




Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie. 

Bibliographie
Connaissance du Vieux Paris - Jacques Hillairet - Editions Rivages 
Le guide du promeneur 18è arrondissement - Danielle Chadych et Dominique Leborgne - Parigramme
Paris secret et insolite - Rodolphe Trouilleux - Parigramme