Ailleurs : Vincent van Gogh (1853-1890) à Auvers-sur-Oise, dans les pas du peintre, mémoire de ses dernières semaines prolifiques

 

Le village d'Auvers-sur-Oise a été le théâtre des dernières semaines de Vincent van Gogh (1853-1890). Le 19 mai 1890, il quitte l'asile de Saint-Rémy-de-Provence où il était interné, à la suite de l'incident à Arles durant lequel il s'était tranché l'oreille, puis une tentative de suicide par ingestion d'huile de térébenthine et de couleur. Rongé par la syphilis, l'alcool, il lutte pour ne pas sombrer dans le désespoir et la folie. Sur les conseils de son frère Théo van Gogh (1857-1891) qui souhaite le confier aux bons soins du docteur Paul Gachet (1828-1909), Vincent rejoint Auvers-sur-Oise en train, quatre toiles dans ses bagages. De nombreux peintres, notamment les impressionnistes, Charles-François Daubigny, Paul Cézanne, Camille Corot, Camille Pissarro, fréquentent ce village au pittoresque tout pictural. Le séjour de Vincent van Gogh à Auvers, soixante-dix jours, se révèle très productif. Durant cette période, il réalise sur le motif soixante-quatorze tableaux. Notamment Douze paysages panoramiques, double carré de 50 centimètres sur 1mètre.


Église d'Auvers-sur-Oise, vue du chevet (1890)

Château d'Auvers-sur-Oise

Paysage au crépuscule (20-22 juin 1890)


Un escalier à Auvers-sur-Oise (mi-juin 1890)

À Auvers-sur-Oise, Vincent van Gogh s'installe à l'auberge Ravoux - nom commercial de l'établissement depuis 1993. Il loue pour un franc par jour la chambre numéro 5, 7m2 sous les combles. Le "Café de la Mairie", café-restaurant fondé, en 1884, par la famille Levert a été repris en 1890 par Arthur Ravoux, Louise son épouse, et Adeline leur fille aînée. Le lieu a été conservé en l'état, car il était d'usage de ne pas louer la chambre d'un suicidé. En revanche, à défaut de locataires, la pièce a été occupée par les propriétaires suivants, à l'instar de la famille Boissy. 

Lors de son arrivée à Auvers-sur-Oise, Vincent est saisi par la sérénité du village. Il écrit à Théo, le 20 mai 1890 : "Réellement, c’est gravement beau, c’est de la pleine campagne caractéristique et pittoresque". Accrochée à la colline, la commune se déploie le long de deux rues principales qui serpentent sur le versant. Les visiteurs contemporains retrouvent facilement au détour d'une venelle, les scènes familières, paysages villageois et étendues de campagne qui ont inspiré les peintres.


Musée Daubigny - Manoir des Colombières

Le jardin Daubigny (10 juillet 1890)



Champ de blé aux corbeaux (mardi 8 juillet 1890)

Aujourd'hui, le parcours Van Gogh à Auvers, dans les pas du peintre, signale par une trentaine de panneaux les points de vue de ses dernières oeuvres, les paysages immortalisés sous son pinceau : "L'église d'Auvers-sur-Oise, vue du chevet" (1890), "Le Docteur Paul Gachet" (1890), "La Mairie d'Auvers-sur-Oise" le 14 juillet (1890), "L’Escalier d’Auvers" (fin mai-mi-juin 1890), "Champ de blé aux corbeaux" (juillet 1890). 

Dans une lettre à Théo, Vincent évoque son processus créatif : "Vaguement des tableaux se présentent à ma vision qu'il prendra du temps pour mettre au clair mais ça viendra peu à peu." 


Maison du docteur Paul Gachet


Mlle Gachet dans son jardin (31 mai 1890)


Portrait du docteur Gachet avec branche de digitale (juin 1890)

Vincent van Gogh noue une amitié fraternelle avec le docteur Paul Gachet, homéopathe, peintre et grand collectionneur des avant-gardes, qui lui dispense soins et thérapie. "Un curieux personnage, soixante ans, veuf, excentrique, dont la maison est pleine de vieilleries noires, noires, noires…". 

Vincent déjeune chez Paul tous les dimanches. Il passe beaucoup de temps dans son jardin où il exécute un certain nombre de toiles, portraits du bon docteur, de sa fille, Marguerite, scènes du quotidien. 



Rue d'Auvers-sur-Oise (1890)


Racines d’arbres (dimanche 27 juillet 1890)

Tombes de Vincent van Gogh et Théo van Gogh

Vincent van Gogh peint son ultime toile, "Racines d'arbres" le 27 juillet 1890. Le jour même, dans un champ sur les hauteurs d'Auvers, il se tire une balle dans la poitrine.

Il ne meurt pas sur le coup et agonise dans sa chambre durant trente heures. Il décède le 29 juillet 1890. Vincent van Gogh est inhumé au cimetière municipal où il est rejoint quelques mois plus tard par son frère Théo, emporté précocement par la syphilis. Sur leurs tombes, le docteur Gachet a placé un plant de lierre de son jardin. 





Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.