Expo : Hommage à Sebastião Salgado - Hôtel de Ville de Paris - Jusqu'au 30 mai 2026


L'œuvre de Sebastião Salgado (1944-2025), photographe brésilien naturalisé français, témoigne de la beauté du monde. Disparu le 23 mai 2025 à l'âge de 81 ans, il laisse en héritage un corpus d'images puissantes, manifeste humaniste, universel. L'Hôtel de Ville de Paris célèbre son travail et sa vie à l'occasion d'une exposition évènement, " Hommage à Sebastião Salgado" jusqu'au 30 mai 2026, salle Saint Jean. L'évènement gratuit, développé dans le cadre des célébrations du Bicentenaire de la Photographie en France, se visite sur réservation.

La rétrospective retrace un destin intimement lié à une œuvre. L'épouse de Sebastião Salgado, Lélia Wanick Salgado en a conçu la scénographie. C'est elle qui lui a offert son premier appareil photographique, à la pratique duquel il s'est initié en autodidacte en 1973. L'exposition réunit les grandes séries en noir et blanc du photographe, 200 tirages parmi lesquels 114 prêtés par la Maison européenne de la Photographie. "Lorsque vous contemplez mes photos, il ne s’agit pas seulement de bonnes images ou d’un récit. C’est toute ma vie." expliquait le photographe. Depuis 1985, la MEP soutient le travail de Sebastião Salgado. Durant 40 ans de collaboration, l'institution a constitué une collection d'envergure et conserve aujourd'hui 454 tirages au format 40 x 50 cm.






La genèse de l'exposition "Hommage à Sebastião Salgado" qui se tient à l'Hôtel de Ville de Paris, remonte à 2024. À l'instigation de la maire de Paris, Anne Hidalgo, la municipalité confie un projet de cartes de vœux au photographe sur la thématique de la nature à Paris. La capitale française a été pour Sebastião Salagado et son épouse Lélia Wanick Salgado, leur cité de coeur et leur terre d'asile. Étudiant en économie à l'université de São Paulo, militant au sein des Jeunesses communistes, Sebastião Salgado fait la connaissance de Lélia Wanick en 1964. Ils se marient en 1967. En 1969, ils fuient la dictature brésilienne et s'installent à Paris qui demeure durant 55 ans, leur terre d'asile. Le couple entretient alors un lien particulier avec cette ville. À la demande de la Mairie, Sebastião Salagado a parcouru les espaces de nature parisiens, ponctuations vertes à travers la cité, parc Montsouris, canal Saint Martin et le quai de Valmy où se trouve l'atelier du photographe, les quais de Seine, le Pont des Arts, la Petite ceinture. 

Sebastião Salgado a travaillé au sein des plus grandes agences, Sygma de 1974 à 1975, Gamma de 1975 à 1979, Magnum de 1979 à 1994, avant de créer, en 1994, à Paris, l'agence de presse Amazonas Images. Ses photographies rendent compte de la réalité des territoires traversés, les enjeux contemporains, entre modernités urbaines, écosystèmes menacés, beauté du monde et condition humaine, dégradation des environnements. Son propos associe engagement écologique, réflexion sur la condition humaine et éclaire avec empathie le quotidien des plus modestes, les conditions précaires des migrants, des mineurs, les difficultés des minorités. La compassion, l'émotion font partie intégrante de son travail. En 2001, Sebastião Salgado devient ambassadeur de bonne volonté de l'UNICEF. 







Reçu en 2016 à l'Académie des Beaux-Arts, section Photographie, Sebastião Salgado a entamé sa carrière avec de puissants reportages en Afrique, sur le thème des guerres de décolonisation (1974-1976). Par la suite, il envisage un retour sur son continent natal et explore l'Amérique Latine, à travers la série "Autres Amériques" (1977-1984). Ses images témoignent de la persistance, la survivance des cultures paysannes indigènes avec notamment des portraits poignants des membres la tribu Asháninka, peuple indigène d'Amazonie entre le Brésil et le Pérou. 

Entre 1984 et 1985, Sebastião Salgado rejoint une mission de Médecins sans frontières au Sahel. Ses images rendent compte de la sécheresse et de la famine en Éthiopie, et font l'objet d'un recueil "Sahel, l'homme en détresse" vendu au profit de MSF. Par la suite, il visite vingt-six pays durant six ans pour réaliser une autre série emblématique, "La main de l'Homme" (1986-1992), hommage au travail manuel, aux artisans du monde et à la survivance d'une culture pré-industrielle. 

La série "Exodes" (1993-2000) évoque les grands mouvements migratoires contemporains. Sebastião Salgado s'attache au sort des populations migrantes fuyant les conflits, la pauvreté, vies d'exil, de déracinement et donne à voir les conditions de survie des travailleurs immigrés en Europe. Le reportage "Gold / Serra Pelada", au début des années 1990, donne à voir la terrible difficulté du quotidien d'une mine d'or au Brésil. 






La série "Genesis" (2004-2012) célèbre la beauté du monde, les sites préservés de la contemporanéité, lieux vierges, paysages à peine habités où les animaux cohabitent en paix avec de rares êtres humains. Ce reportage, en partie financé par le géant minier Vale International SA, a fait l'objet d'une controverse du fait des intérêts contradictoires. La série "Amazônia" (2015-2021) met en scène les populations autochtones du Brésil, les communautés indigènes et invite à la préservation de la forêt, poumon de la planète. 

Marqué par le génocide au Rwanda (1994) et la guerre de Bosnie (1992-1995), qu'il documente, Sebastião Salgado traverse une période personnelle difficile à son retour. Il surmonte cette épreuve avec l'aide de son épouse, Lélia Wanick Salgado. Ensemble, ils s'investissent dans un nouveau combat, la préservation de l'environnement. En 1998, ils créent l'Instituto Terra, dans l'état du Minais Gerain au Sud-Est du Brésil, qui oeuvre à la reforestation et qui a permis de planter 4 millions d'arbres. L'ONG aujourd'hui dirigé par leur fils aîné, Juliano Ribeiro Salgado. 

L'Hôtel de Ville de Paris a réservé un espace dédié à 80 peintures et différents projets de vitraux destinés à la cathédrale de Reims, réalisés par leur fils Rodrigo Salgado, atteint de trisomie 21. 

Hommage à Sebastião Salgado
Jusqu'au 30 mai 2026

Hôtel de Ville 
29 rue de Rivoli - 3 rue de Lobau - Paris 4
Horaires : Visite sur réservation - Ouverture du mardi au samedi de 10 h à 18 h 30 sauf jeudi de 13 h à 20 h (fermeture dimanche, lundi et jours fériés)



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.