Lundi Librairie : "Du noir au blanc / Aventure nocturne", un recueil de poche signé Frans Masereel, publié par la maison d'édition associative Blow Book et disponible au Musée de l'Image d'Épinal

 

À l'occasion de l'exposition rétrospective "Frans Masereel. Une vie à l'oeuvre" au Musée de l'Image d'Épinal un distributeur de la maison d'édition Blow Book a été installé dans le hall de l'institution vosgienne. L'art de Frans Masereel (1889-1972) se distingue par son engagement humaniste, son pacifisme libertaire. Auteur d'une série de romans sans paroles, corpus emblématique, à travers lequel il exprime ses idéaux, ses combats, son anti-militarisme, son anti-capitalisme, ce graveur et dessinateur célèbre la fraternité comme seule planche de salut de l'humanité. 

"Du noir au blanc", recueil de poche publié par la maison d'édition associative Blow Book réunit deux récits "Du noir au blanc" et "Aventure Nocturne". Paru à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, "Du noir au blanc" (1939), édité par la maison Oprecht Verlag à Zurich, contient une suite de 57 gravures sur poirier au style reconnaissable. Frans Masereel met en scène la domination de l'homme sur la nature, la construction d'une ville industrialisée sur les terrains libérés par la destruction d'une forêt vierge, l'exploitation de l'homme par l'homme, l'asservissement des peuples par les classes dominantes et s'achève sur une volonté d'optimisme avec la réconciliation, la fraternité. "Aventure nocturne" (1958), édité par Pierre Vorms à Belvès retrace les déambulations d'un candide moderne à travers une ville anonyme gangrénée par la misère et les inégalités. À travers ces deux histoires, dans une mise en page d'une image par feuille, Frans Masereel dénonce le capitalisme prédateur, les inégalités sociales et la lutte des classes. Il croque un portrait vivant de la ville moderne ouvrière, entretient des préoccupations écologiques et questionne le déterminisme. 







Prisé de ses contemporains, Frans Masereel illustre de nombreux ouvrages. Son travail connait un retentissement considérable de son vivant. Les écrivains apprécient son style et manifestent leur admiration, les prix Nobel de littérature Romain Rolland, Thomas Mann et Hermann Hesse ainsi que René Arcos, Henri Barbusse, Johannes R. Becher, Bertolt Brecht, Georges Duhamel, Pierre Jean Jouve, Émile Verhaeren, Charles Vildrac, Alfred Döblin ou encore le peintre George Grosz.

Son oeuvre retombe progressivement dans l'oubli au lendemain de sa disparition. Il est redécouvert dans les années 1980-1990 par les auteurs d'une nouvelle forme de bande-dessinée. Frans Masereel devient la figure tutélaire du roman graphique. Parmi ses oeuvres personnelles, romans en images, les histoires sans paroles, "25 images de la passion d’un homme" (1918) est considéré comme le premier roman graphique de l'histoire. Son style épuré en noir et blanc, la narration ramassée et l'expressionnisme du graphisme inspirent les jeunes dessinateurs, à l'instar de "Maus" (1980-1991) d'Art Spiegelman, "L'Ascension du Haut Mal" (1996-2003) de David B., "Persépolis" (2000-2003) de Marjane Satrapi. Les histoires sans paroles font l'objet, aujourd'hui, de nombreuses rééditions.







La maison d'édition, Blow Book, "association sans but lucratif dédiée à la narration par l'image", a développé grâce au soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles et l'asbl Visit Brussels, un projet éditorial innovant. Elle a vu le jour au sein de la librairie bruxelloise Crypte tonique, à l'initiative d'acteurs du monde de la bande-dessinée, Philippe Capart, auteur, animateur, dessinateur, éditeur, Olivier Van Vaerenbergh, ancien rédacteur en chef du journal Spirou, les auteurs belges Dimitri Piot et Manuel. 

Les dimensions de poche originales, 7,6 cm sur 11 cm et 224 pages interviennent dans le cadre d'un dispositif original marqué par une volonté de renouvellement des circuits de diffusion et de consommation de la bande-dessinée. Les titres publiés par Blow Book sont disponibles dans des distributeurs automatiques développés par l’entreprise Gamaco établie à Jandrain. Leur prix de 5 euros démocratise la culture. Le premier point de vente a été inauguré à Bruxelles le 12 septembre 2018. Les livres de l'association Blow Book se caractérisent par leur format atypique et leur prix modéré. Collection d'ouvrages rares, réimpressions d'oeuvres patrimoniales et éditions de livres dont la conception est placée sous la houlette des auteurs eux-mêmes. Un contrôle éditorial dans le prolongement du processus créatif.

Le terme "blow books" remonte aux origines de l'imprimerie. Entre le XVIe et le XIXe siècles, il désigne des "livres magiques" accessoires utilisés par les forains dans le cadre de tours de magie. Au gré de manipulations variées, des dessins apparaissent et disparaissent sur les pages de ces petits ouvrages de poche. Le format "blow book" reprend du service au XXe siècle. Au Pays-Bas, durant la Seconde Guerre Mondiale, la pénurie de matières premières conduit à une restriction des stocks de papier. Économie de moyen, format discret, il se glisse dans la poche. Transportable, échangeable, les éditeurs publient autant des livres divertissants pour les enfants que des ouvrages militants, canaux de diffusion d'idées politiques et sociales. Dans les années 1950, ces livres miniatures connaissent une forte popularité, auprès des plus jeunes, du fait de leurs prix abordables et du mode de distribution souvent en point presse. Le monde de l'édition ne prend pas au sérieux ces productions modestes. Les blow books tombent en désuétude. 

Aujourd'hui, la maison d'édition associative Blow Book reprend ce format et les caractéristiques de narration séquentielle, propices aux expérimentations narratives et graphiques. À chaque page, une seule image. Ces petits livres se rapprochent dans leur forme au manga japonais, le papier, le noir et blanc, les dimensions réduites. Et un prix unique, 5 euros, quand les albums traditionnels demeurent relativement chers. Ils ont pour vocation de rendre la bande-dessinée accessible au plus grand nombre et initient de nouveaux publics à cet art. 

Du noir au blanc / Aventure Nocturne - Frans Masereel - Éditions Blow Book


Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.