Expo Ailleurs : Frans Masereel. Une vie à l'oeuvre. Un art entre révolte et rêverie - Musée de l'Image d'Épinal - Jusqu'au 20 septembre 2026



Frans Masereel (1889-1972), graveur, peintre, dessinateur, illustrateur, aquarelliste, arts décoratifs, a développé tout au long de sa carrière un art multiple, humaniste, militant. L'exposition "Frans Masereel. Une vie à l'œuvre. Un art entre révolte et rêverie" au Musée de l'Image d'Épinal présente une sélection d'oeuvres qui témoigne des multiples facettes de son talent, sa richesse, sa diversité. Absence de texte, puissance du graphisme, virtuosité, narration fluide traduisent le pouvoir universel de l'image. Ses oeuvres destinées à un large public s'inscrivent dans l'héritage plastique des planches d'imagerie d'Épinal. Son expressionnisme, modernité de la forme et du propos, exerce une grande influence sur les graveurs de son temps, dépasse les frontières de l'Europe.

Le travail de Frans Masereel demeure indissociable de ses engagements politiques et artistiques et s'inscrit dans une ligne anarchiste, sociale, antifasciste. Le graveur s'empare des enjeux de son époque, luttes sociales et politiques, pour célébrer la liberté, la solidarité, la dignité humaine, la défense de la paix et de la justice. Ses compositions en noir et blanc portées par une puissance graphique rare représentent le monde dans sa complexité.

Cet artiste majeur connait un retentissement considérable. Il est salué de son vivant par ses contemporains, Alfred Döblin, Hermann Hesse, Stefan Zweig, Goerge Grosz. Peu à peu oublié, il renoue avec la renommée dans les années 1980-1990 avec l'essor du roman graphique dont il devient la figure tutélaire. Ses grands aplats de noir éclairés de fulgurances en blanc, la narration condensée et son pouvoir de suggestion inspirent le renouveau de cette pratique. Le travail de Masereel inspire des oeuvres en noir et blanc à l'instar de "Maus" (1980-1991) d'Art Spiegelman, "L'Ascension du Haut Mal" (&996-2003) David B., "Persépolis" (2000-2003) de Marjane Satrapi. Les histoires sans paroles font l'objet, aujourd'hui, de nombreuses rééditions.

 





Au Musée de l'Image d'Épinal, la rétrospective consacrée à Frans Masereel témoigne du XXe siècle, entre poésie, mélancolie, vitalité. L'oeuvre du graveur, pas dénuée d'humour, dénonce le capitalisme, les abus sociaux, les excès de l'industrialisation, le colonialisme. Masereel explore les relations homme/femme, le quotidien des grandes villes entre isolement et foule anonyme, la marge. Il associe le symbolisme au naturalisme pour évoquer un monde habité par la violence, combattre toutes les formes d'oppression, appeler à la paix et à la justice. Représentation de la réalité sociale, les horreurs de la guerre, les paysages urbains des villes modernes, le quotidien, les marges, ses séries de gravures sur bois sont publiées sous forme d'albums "La Ville", "L'Oeuvre", "La Sirène".

En décembre 1961, Frans Masereel écrivait : "Voudrait-on résumer en peu de mots le contenu – ou l’orientation – de mon œuvre, on pourrait dire : il est pour les opprimés, contre les oppresseurs, dans tous les domaines de la vie sociale et intellectuelle, il est pour la fraternité entre tous les humains, contre tous ceux qui trouvent intérêt à les diviser, il est pour ceux qui aspirent à la paix et contre les bellicistes."







Frans Masereel nait en 1889 dans une famille de la bourgeoisie francophone de Gand en Belgique. Il étudie le dessin, la lithographie, la typographie à l'Académie de Gand où il rencontre le peintre Jules De Bruycker (1870-1945) et le dessinateur Jozef Cantré (1890-1957). En 1911, Frans Masereel s'installe à Paris où il participe au Salon des indépendants. Il fait la connaissance du journaliste anarchiste Henri Guilbeaux qui l'introduit auprès de Victor Méric, fondateur de la revue satirique libertaire "Les Hommes du jour". Lorsque la Première Guerre Mondiale éclate, Masereel, rayé des registres belges, se trouve dans une situation administrative complexe. En 1915, il rejoint Genève où il fréquente les cercles pacifistes et travaille pour des journaux tels que "Les Tablettes", "La Feuille". En Suisse, il se lie avec les écrivains Pierre Jean Jouve et Romain Rolland. 

Au lendemain de la guerre, privé de passeport, Frans Masereel réside en Suisse où il poursuit sa carrière dans le cadre de la presse écrite pacifiste. En 1931, le film d'animation de Berthold Bartosch, "L'Idée", en 1931, s'inspire de son livre éponyme. Masereel visite l'URSS en 1935, 1936 et 1956 ainsi que la Chine en 1958. 

Parmi ses romans en images, les histoires sans paroles, "25 images de la passion d’un homme (1918)" est considéré comme le premier roman graphique de l'histoire. "Mon Livre d’Heures" (1918), oeuvre la plus connue, comporte 167 gravures sur bois, sans texte. Il signe "Le Soleil" (1919), "Idée. Sa naissance, sa vie, sa mort" (1920), "Histoire sans paroles" (1920), "La Ville" (1925) – tous réédités récemment, avec des préfaces de Tardi ou Loustal.







Les écrivains apprécient son style et manifestent leur admiration, les prix Nobel de littérature Romain Rolland, Thomas Mann et Hermann Hesse ainsi que René Arcos, Henri Barbusse, Johannes R. Becher, Bertolt Brecht, Georges Duhamel, Pierre Jean Jouve, Émile Verhaeren, Charles Vildrac et Stefan Zweig. Frans Masereel illustre pour eux de nombreux ouvrages. "Si tout était anéanti : livres, monuments, photographies, descriptions, etc., et qu’il ne restât plus que les bois qu’il a gravés en dix ans, on pourrait, avec eux seuls, reconstituer le monde d’aujourd’hui" écrivait Stefan Zweig à son sujet. 

En parallèle, Masereel réalise des gravures de grand format sur les thèmes de la ville, le rythme, la guerre et paix, la joie de vivre. Tout au long de sa vie, il ne cesse de peindre, e manifeste un intérêt pour les arts décoratifs. L'exposition "Une vie à l'oeuvre. Un art entre révolte et rêverie" éclaire ce pan méconnu de son travail, point final du parcours. L'exposition fera l'objet d'une monstration tournante avec un renouvellement des oeuvres du fait de leur fragilité.

Frans Masereel. Une vie à l'œuvre. Un art entre révolte et rêverie 
Jusqu'au 20 septembre 2026 

Musée de l'Image d'Épinal 
42 quai de Dogneville - 88000 Épinal
Tél : +33 3 29 81 48 30
Horaires : 
- Du 1er septembre au 30 juin 
Du mardi au samedi 9h30 - 12h / 14h - 18h - Dimanche 10h - 12h / 14h - 18h - Fermeture exceptionnelle les 24 et 31 décembre à 16h et le 9 janvier à 16h. Fermeture les jours fériés sauf le jeudi de l'ascension 14 mai 2026 (de 10h - 12h / 14h - 18h).
- Du 1er juillet au 31 août
Du lundi au samedi 9h30 - 12h30 / 13h30 - 18h - Dimanche et jours fériés (14 juillet et 15 août) 10h - 12h30 / 13h30 - 18h
Tarifs : Plein tarif individuel : 6,5 € / Tarif réduit individuel : 5 € (jeunes de 18 à 25 ans, CE, Pass Spinapass, carte Cézam, Ministère de la Culture, enseignants) / Billet Famille : 11 € (2 adultes et 1 enfant minimum)