Paris : La Fée Électricité (1937) de Raoul Dufy, célébration de la modernité des années 1930, une oeuvre monumentale au Musée d'art moderne de la Ville de Paris - XVIe arr

 

"La Fée Électricité" (1937), oeuvre du peintre Raoul Dufy (1877-1953) retrace l'histoire de l'électricité, de sa découverte à sa maîtrise et ses applications. Cette peinture monumentale voit le jour dans le cadre de l’Exposition internationale des arts et techniques dans la vie moderne, qui se tient du 25 mai au 25 novembre 1937, à Paris. Offerte par Électricité de France à la Ville de Paris en 1954, elle occupe aujourd'hui une salle dédiée au coeur du Musée d'art moderne, l'ancienne "salle d'honneur". "La Fée Électricité" traduit plastiquement l'esprit des années 1930, la foi dans le progrès, l'avènement de la civilisation de l'énergie électrique, en écho avec l'actualité de ce temps. Entre 1936 et 1938, le Front populaire au pouvoir mène un grand projet d'électrification des foyers sur tout le territoire. Raoul Dufy imprime sa patte, foisonnement de formes et de figures, palette chromatique vive, poésie graphique.





À l'occasion de l'Exposition universelle de 1937, les artistes les plus en vue de l'époque, notamment Fernand Léger, Robert Delaunay et Raoul Dufy, reçoivent des commandes de décors monumentaux destinés aux divers pavillons. La conception du Palais de la Lumière, celui de la Compagnie parisienne de distribution d'électricité, est confiée à l'architecte Robert Mallet-Stevens (1886-1945), en collaboration avec Georges-Henri Pingusson (1894-1978), architecte et ingénieur électricien. 

Implanté en face de l'École Militaire, sur le Champs-de-Mars, le pavillon dispose d'une façade concave sur laquelle sont projetés la nuit venue, photographies chromotypes et films documentaires. À l'intérieur, l'espace répond à cette courbure de la charpente métallique. 

La CPDE fait appel à Raoul Dufy afin de réaliser un décor adapté à cette spécificité. Un hangar de la Centrale électrique de Saint-Ouen est mis à disposition de l'artiste, qui oeuvre en compagnie de son frère et deux assistants durant dix mois, à partir d'avril 1936. Dufy conçoit une structure de 250 panneaux assemblés pour couvrir les 600m2. Longtemps considéré comme le plus grand tableau du monde, "La Fée Électricité a été détrônée par le "Bauernkriegspanorama" (1976-1987) de Werner Tübke, oeuvre sur toile d'un seul tenant, vaste de 1 722 m2. 

Raoul Dufy imagine un procédé particulier pour réaliser ce projet monumental. Il photographie les dessins originaux et développe les images sur plaques de verre. Éclairées selon la méthode de la lanterne magique. L'ombre projetée sur le panneau à peindre agrandit le dessin aux bonnes dimensions. Dufy en trace alors les contours à l'encre de Chine. Par la suite, il colorise les dessins avec le médium Maroger, inventé par Jacques Maroger (1884-1962), peintre, chercheur et restaurateur d'œuvres d'art, spécialiste des primitifs flamands. Cette peinture à l'huile légère composée d'huile, de pigments, de colle, de vernis, possède des propriétés qui favorisent effets de glacis et de transparence ainsi qu'un séchage rapide. Les panneaux ainsi peints séparément sont assemblés au sein du Palais de la Lumière. 

En 1954, Électricité de France fait don de la fresque à la Ville de Paris. La salle consacrée à cette oeuvre, aménagée au sein du Musée d'art moderne est inaugurée le 4 juin 1964. La forme de l'espace nécessite une adaptation de la courbure de la fresque afin de l'exposer entièrement. Le mécénat d'une douzaine d'entreprises parmi lesquels EDF, des dons de particuliers et de la Fondation de l’Académie des technologies permet la restauration de "La Fée Électricité". Le chantier initié en juillet 2020 s'achève en octobre de la même année.






À travers cette oeuvre monumentale, Raoul Dufy développe un récit qui se lit de droite à gauche pour évoquer l'histoire de l'électricité, de l'ère pré-industrielle à la révolution industrielle jusqu'à la modernité des années 1930. Allégories et divinités gréco-romaines, Iris associée à la Fée Électricité, Zeus, Hermès, se placent au centre du projet avec la salle des turboalternateurs de la centrale thermoélectrique Arrhigi, à Vitry-sur-Seine, fleuron de la technologie française développé par Georges-Henri Pingusson (1894-1978).

D'un côté, le peintre représente une société agraire et artisanale, paysans au travail dans les champs avec leurs chevaux. De l'autre, la révolution industrielle a transformé le quotidien des êtres humains. Symboles de la modernité, les infrastructures témoignent du progrès technologique, la gare Saint-Lazare, les hauts-fourneaux du Creusot, le chantier naval de Brest et le paquebot Normandie, le viaduc de Tolbiac, l’aérodrome du Bourget. 

Une portion importante de l'oeuvre représente 108 scientifiques et leurs inventions, de l'Antiquité jusqu'aux années 1930. La chronologie débute avec Thalès (624 avant JC - 548 avant JC), philosophe et scientifique grec, considéré comme le premier physicien. Il désigne sous le terme d'elektron, l’énergie dégagée lors d'une expérience avec de l’ambre jaune. Elle s'achève avec Pierre (1859-1906) et Marie Curie (1867-1934), seule femme de la liste,

Les inventions du XIXe siècle occupent un pan important du tableau, la pile d'Alessandro Volta (1745-1827), la bobine à induction de Michael Faraday (1791-1867), l’accumulateur de Gaston Planté (1834-1889), la machine dynamo-électrique de Zénobe Gramme (1826-1901), le télégraphe d'Émile Baudot (1845-1903à, la lampe à incandescence de Thomas Edison (1847-1931). La grande machine électrostatique d’Otto von Guericke (1602-1686) dont une réplique se trouve au Palais de la Découverte complète cette illustration ludique.

La Fée Électricité 

Musée d'art moderne de Paris
11 avenue du président Wilson - Paris 16
Tél : +33 1 53 67 40 00
Horaires : Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h (fermeture des caisses à 17h15) - Nocturne les jeudis jusqu'à 21h30 uniquement pour les expositions temporaires. Fermeture le lundi et le 1er janvier, 1er mai et 25 décembre. Fermeture exceptionnelle à 17h les 24 et 31 décembre.
Métro Alma Marceau ligne 9 / Iéna ligne 9



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.