![]() |
| Crédit Fabienne Rappeneau |
Dans les années 1970, les parents de Suzanne vivent un coup de foudre. La mère, Française fantasque s'éprend d'un beau Brésilien. Mais leur passion folle de jeunesse se confronte au racisme de la société. Quand Suzanne a trois ans, c'est la rupture. Le père quitte sa fille et sa femme pour retourner au pays natal. La mère de Suzanne abandonnée ne conserve de lui qu'un disque, l'album "La Fusa" de Vinicius de Moraes, offert au temps de leur amour. En 1989, Suzanne a dix-neuf ans et elle traverse l'Atlantique pour retrouver ce père dont elle n'a aucun souvenir, renouer le récit familial. Il l'accueille coeur et bras ouverts à Rio de Janeiro.
Suzanne Legrand nous livre avec pudeur, tendresse, générosité, son histoire, celle de ses parents. Elle raconte une quête d'identité, son métissage et ses origines brésiliennes et entraîne les spectateurs dans ce voyage initiatique de résilience, après une séparation de seize ans. En compagnie d'Arthur Gueyffier son fils guitariste, et le batteur Philippe Cortez, un ami, elle débute ce périple d'apaisement au son de "The Girl from Ipanema" d'Astrud Gilberto, João Gilberto et Stan Getz. Suzanne s'ingénie à déconstruire les clichés, au rythme du répertoire brésilien associant danse et musique, la bossa nova, "le" samba au masculin comme elle le rappelle malicieusement.
La poésie de la mise en scène signée Justine Heynemann entretient ce sentiment de douceur solaire, de mélancolie nostalgique, la saudade. Le tempo tour à tour alerte, enveloppant, imprime le récital d'un sentiment particulier. Les surtitrages français des chansons en portugais, permettent d'apprécier la dimension engagée des standards brésiliens des années 1970, années de dictature durant lesquelles les musiciens militent pour la liberté à travers leur art.
Goût du partage, transmission heureuse, le spectacle oscille entre le rire et les larmes. Suzanne Legrand se laisse, le temps d'un instant suspendu, emportée par l'émotion, le souvenir du père décédé quelques jours avant le début des répétitions. Formée à la Tisch school of the arts à New York, sociétaire du Théâtre de la Huchette où elle prête ses traits au personnage de Madame Martin dans "La cantatrice chauve", la comédienne interprète, danse, chante avec une même grâce, une énergie communicative. Elle se glisse dans la peau d'une galerie de personnages savoureux, sa mère haute en couleurs, son amoureux mou du genou, la grand-mère intimidante, le grand-père austère, les oncles et les tantes plein de vie. Un beau moment, un merveilleux voyage au long cours.
La fille d'Ipanema
Jusqu'au 28 février 2026
Mardi, Jeudi, vendredi, samedi à 21h
De Suzanne LEGRAND
Avec : Suzanne LEGRAND, Arthur GUEYFFIER, Philippe CORTEZ
Mise en scène : Justine HEYNEMANN assistée de Jinane DOLBEC
Musiques : Vinicius DE MORAES, TOQUINHO, Maria CREUSA
Chorégraphie : Léa FIROUZI
Scénographie : Marie HERVÉ
Régie : Yves THUILLIER
Théâtre de la Huchette
23 rue de la Huchette - Paris 5
Tél : + 33 (0)1 43 26 38 99
Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.




Enregistrer un commentaire