mardi 30 juillet 2019

Cinéma : Daniel Darc, pieces of my life, un documentaire de Marc Dufaud et Thierry Villeneuve



Itinéraire cabossé du dernier punk français, Daniel Darc, pieces of me explore les contradictions d’un homme torturé, perpétuellement au bord du précipice, les paradoxes d’un poète éclairé par les fulgurances. Ce personnage ambigu aussi touchant qu’exaspérant, disparu à l’âge de 53 ans le 28 février 2013, emporté par un œdème pulmonaire, a dissimulé sa timidité, sa sensibilité extrême derrière son image de mauvais garçon en révolte. Anti-héros, rebelle égaré, junkie autodestructeur, sa voix singulière, reflet d’une époque, s’est tu. Marc Dufaud et Thierry Villeneuve lui rendent un hommage authentique entre ombre et lumière qui évite l’écueil de l’hagiographie. 







Depuis 1991, Marc Dufaud ami intime de Daniel Darc, fixe son image sur pellicule et documente son existence qui flirte avec les abîmes, le plaçant au cœur de tous ses films Le garçon sauvage en 1993, Les Enfants de la Blank en 1995, White Trash en 1994, Rêve-cœur en 2004 qui accompagne la sortie de l’album Crèvecoeur. Thierry Villeneuve qui n’a pas connu Daniel Darc mais admire profondément l’artiste, intervient dans la réalisation dressant avec Dufaud un portrait intimiste, subjectif et émouvant. Une histoire sombre et dérangeante portée par un humour désespéré. 

Entre grâce et profonde mélancolie, le documentaire parvient à saisir des bribes de la personnalité complexe d’un musicien au parcours tragique marqué par les addictions, les brefs moments de succès, les longs passages à vide. Autodidacte, passionné d’art contemporain, de littérature, fasciné par Antonin Artaud et Patti Smith, Daniel Darc apparaît dans tous ses excès, la drogue, l’alcool, la prison mais aussi poète en quête d’un absolu spirituel.

Le film retrace ses débuts avec le groupe culte Taxi girl fondé par Mirawais Stass, Laurent Sinclair, Stéphane Erard, Pierre Wolfsohn, et leur électro, leur single le plus connu Cherchez le garçon en 1980, à mille lieux des aspirations punk de Daniel Darc. Comment de scandales en excès - Darc se taille les veines sur la scène du Palace lors de la première partie des Talking Heads pour asperger de son sang le public - la séparation du groupe advient en 1986 après la mort par overdose du batteur. Ensuite viennent la carrière solo, les échecs commerciaux de ses albums personnels, la longue éclipse en proie à ses démons de la fin des années 1990, rédemption artistique en 2004 et sa foi chrétienne. 




Le montage bouscule la chronologie. Marc Dufaud et Thierry Villeneuve tisse un récit désarticulé, rythme syncopé, objet cinématographique fascinant ponctué d’archives, de concerts, de plateaux de télévision et d’interviews. Les images tournées en 8 mm, puis en VHS et enfin en numérique confèrent au film une dimension esthétique de l’imperfection. Les témoignages de ses compagnons de route, comme le musicien George Betzounis ou le producteur auteur-compositeur Frédéric Lo artisan de sa renaissance avec l’album Crèvecoeur en 2004, servent de fil conducteur à travers les errances illustrées par des séquences confessions face caméra rendues possible grâce aux relations de confiance établies avec Marc Dufaud. 

Immersion brute dans l’univers vénéneux d'un personnage énigmatique, les fragments de vie authentiques, kaléidoscope romanesque, disent la difficulté de vivre à travers des scènes dérangeantes, marquantes, des questionnements existentiels et des illuminations soudaines.

Daniel Darc, pieces of my life
Un documentaire de Marc Dufaud et Thierry Villeneuve
Avec Daniel Darc, Frédéric Lo, Georges Betzounis
Sortie le 24 juillet 2019




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