mardi 22 janvier 2019

Cinéma : Green Book : sur les routes du Sud, de Peter Farrelly - Avec Mahershala Ali, Viggo Mortensen



En 1962, Tony Lip, un italo-américain du Bronx, gros bras d’une boîte de nuit, baratineur plutôt bourrin et vaguement raciste, se retrouve au chômage. Afin de remédier à ces problèmes d’argent, il est embauché comme chauffeur et garde-du-corps de Don Shirley, célèbre pianiste africain-américain, le temps d’une tournée particulière. En effet, Shirley a accepté de donner une série de concerts dans le Sud des Etats-Unis, où Ségrégation et lois Jim Crowe, légalisent les discriminations contre les personnes de couleur. Homme en lutte pour les droits civiques, il cherche à changer le monde et les mentalités les plus ancrées par son art. Tony, le prolo roublard sans éducation et Don le brillant artiste, docteur en psychologie, polyglotte, partent pour huit semaines sur la route vers l’Alabama dans une Cadillac DeVille vert lagon. En poche, ils emportent avec eux "The Negro Motorist Green Book" guide touristique destiné aux Africains-américains recensant toutes les adresses du Sud raciste où sont acceptés les clients noirs.






D’après une histoire vraie, celle de Don Shirley (1927-2013) et Tony Lip (1930-2013), ce road trip plein de bons sentiments qui n’éclipsent pourtant pas la terrible réalité se fait aussi ode aux artistes engagés dans une lutte pacifique par leur talent. Peter Farally, qui avec son frère avait réalisé de grosses comédies grasses dans les années 1990, Dumb and Dumber, Mary à tout prix, change de registre en solo en livrant cette édifiante chronique de la tolérance. 

Deux hommes que tout oppose se lient d’amitiés dans un récit porté par la tendresse et l’humour. Peter Farally distille avec intelligence le burlesque dans les situations du quotidien. Le scénario d’abords classiques repose sur l’inversion du rapport de domination raciale par l’idée d’un rapport de classe, le prolétaire et l’intellectuel, le Noir représentant l’élite des classes supérieures et le Blanc l’Américain moyen. 






Sur cette route balisée ponctués de bagarres, d’humiliations, de musique à la rencontre de la rédemption et de l’espoir, l’humour et la puissance émotionnelle compensent la dynamique attendue. Le film échappe à la caricature malgré ses grosses ficelles grâce au savoir-faire du réalisateur qui contourne l’écueil pontifiant en poussant le sujet plus loin jusque sur le terrain politique et humaniste. 

Oeuvre optimiste teintée néanmoins de désespérance, son atmosphère de violence raciale étouffante rappelle que la communauté noire lynchée par les ségrégationnistes, est aujourd’hui la victime des exactions policières.




Cette histoire d’amitié improbable est portée par un remarquable duo d’acteurs dont la complicité est évidente. Viggo Mortensen, volontairement épaissi, et Mahershala Ali, amaigri, incarnent ses deux personnalités antagonistes qui délaissent leurs préjugés respectifs et s’apprivoisent. A contre-emploi dans un registre comique, Viggo Mortensen débite les pires horreurs avec le sourire dans une prestation digne des plus grands films de gangsters. On songe au Parrain ou à la série Soprano. Dans le rôle d’un virtuose incapable de se lâcher, prisonnier de son carcan, Mahershala Ali prête son élégance naturelle à un personnage d’une grande mélancolie, un musicien dont la carrière de concertiste classique a été empêchée par les préjugés racistes de son époque.

Trop académique pour être un chef-d’oeuvre, Green Book s’affirme néanmoins comme une fable éclairée sur la tolérance, un manifeste politique qui résonne singulièrement avec l’actualité.

Green Book : sur les routes du Sud, de Peter Farrelly
Avec Mahershala Ali, Viggo Mortensen, Linda Cardellini
Sortie le 23 janvier 2019 




1 commentaire :

Cosmic Sam a dit…

Je suis bien tentée par ce film!