Expo : Transmission / Transgression. Maîtres et élèves dans l'atelier : Rodin , Bourdelle, Giacometti, Richier… - Musée Bourdelle - Jusqu'au 3 février 2019



L’exposition "Transmission / Transgression" propose de découvrir une facette particulière du sculpteur Antoine Bourdelle (1861-1929), celle du pédagogue, figure majeure de l’enseignement artistique au début du XXème siècle à Paris. Maître charismatique, reconnu pour la qualité de ses écrits, professeur généreux et bienveillant, passionné par l’idée d’échange, il aura joué le rôle de mentor, de père de substitution et de camarade auprès de de plus de 500 élèves. Parmi les 165 œuvres présentées à l’occasion de cet événement, de nombreuses sculptures signées Antoine Bourdelle côtoient les œuvres de ses élèves dans un subtil contrepoint qui interroge les paradoxes transgressifs soutenus par Bourdelle. Le respect de la tradition est bousculé par le renouvellement de la forme. Transmission, filiation et finalement transgression, le maître cherche à libérer ses disciples afin qu’ils s’émancipent et ouvrent leur propre voie. L’exposition abonde en documentation photographique recréant l’atmosphère de l’atelier. De nombreuses photographies dont certaines sont agrandies à taille réelle complétées par un module central sur le processus de la taille par mise aux points nous plonge aux côtés des élèves en blouse au cœur de la création. 












Elève de Falguière et de Dalou, praticien de Rodin, le parcours initial d’Antoine Bourdelle ici retracé permet de mieux appréhender sa vision de professeur façonnée par les rapports avec ses propres maîtres. Très tôt, il prend goût à l’enseignement. Au sein de l’Institut Rodin lancé en 1900 à Montparnasse, les cours prodigués par Auguste Rodin lui-même sont relayés par Antoine Bourdelle et Jules Desbois. La mauvaise gestion et l’absentéisme de Rodin vont mettre à mal le projet. Mais à cette occasion, Bourdelle se découvre une véritable vocation d’enseignant. 

Professeur de dessin à la Manufacture des Gobelins, de sculpture dans son propre atelier impasse du Maine et à l’Académie de la Grande Chaumière de 1909 à 1929 - où passent Alberto Giacometti, Henri Matisse, Aristide Maillol, René Iché, Germaine Richier, Jean Toth - Antoine Bourdelle se fait accompagner d’un assistant qui retranscrit à l’écrit la parole du maître. Ainsi les théories sur l’art de Bourdelle vont être largement diffusées. Ses cours devenus recueils sont traduits ce qui lui assure un rayonnement international supplémentaire et attire les élèves du monde entier. Français, américains, chinois, russes, tchèques, japonais, roumains, suisses, suédois, brésiliens, ils sont de tous les horizons, de toutes les origines.











Il y aura Germaine Richier, l’élève préférée qui révèle rapidement un don pour le modelage et devient patricienne chargée des reliefs des monuments. Et puis Margaret Cossaceanu (1893-1980) qui de disciple évolue jusqu’à collaboratrice dans l’atelier impasse du Maine pour travailler sur les grandes réalisations. Et puis ses deux praticiens les plus fidèles, les sculpteurs suisses Arnold Geissbuhler (1897-1977), Otto Bänninger (1897-1973), anciens élèves de l'Académie de la Grande Chaumière et de l'Académie Julian. Et Takashi Shimizu, Otto Gutfreund, Kutteiji Kaneko, Léon Indenbaum, Bror Hjorth, Hedwig Woermann, Sesostris Vitullo, Vera Mukhina, Etienne Hajdu… 

Antoine Bourdelle développe une pédagogie personnelle novatrice, anticonformiste. « Le seul système, c’est de ne pas en avoir ». Il enjoint ses élèves à entretenir leur esprit critique, à s’affranchir des académismes, des règles afin de trouver leur propre voie. Le maître transmet un savoir-faire technique par le biais de travaux pratiques qu’il complète d’études théoriques. A l’obsession de la construction, de l’architecture des volumes, il ajoute une passion pour le travail d’après modèle. Antoine Bourdelle met à profit ses élèves qui prennent la pose et deviennent un véritable répertoire de formes d’après nature, accessibles à tous. Chose tout à fait nouvelle, il organise des visites collectives à la Cathédrale de Reims, au Musée du Louvre, au Salon des Tuileries, au Musée de la sculpture comparée. 








Bourdelle se réclame de la maïeutique socratique. Il cherche à accoucher les talents, à faire éclore la vocation, à provoquer la révélation. Il aime l’idée de travailler en camarade avec ses propres élèves dont il se sent proche et dont la présence nourrit à la fois sa pensée et son oeuvre. Processus de création, nature de l’enseignement, L’exposition met en lumière ces relations complexes entre maîtres et élèves, artiste et praticien. A la fin de sa vie, Antoine Bourdelle concentrait toute son énergie autour d’un projet de musée-atelier à la fois espace de travail pour les jeunes artistes et lieu d’enseignement gratuit.










Tout au long de l’exposition, les œuvres présentées illustrent le dialogue plastique entre Bourdelle et ses disciples. A travers le processus de création, où détournement et citation, reconnaissance et rejet procède de la même lignée, se révèle la nature essentielle de l’enseignement prodigué. Les uns y sont fidèles comme Germaine Richier « Tout ce que je sais c’est Bourdelle qui me l’a appris ». D’autres semblent moins reconnaissants comme Alberto Giacometti « L’enseignement de Bourdelle ne m’a pas apporté beaucoup », petite phrase assassine qui paradoxalement laisse entendre que la leçon a été bien apprise.

Transmission / Transgression. Maîtres et élèves dans l’atelier : Rodin, Bourdelle, Giacometti, Richier….
Jusqu’au 3 février 2019

Musée Bourdelle
18 rue Antoine Bourdelle - Paris 15 
Horaires : du mardi au dimanche de 10h à 18h, fermeture le lundi et certains jours fériés 
Tél : 01 49 54 73 73



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.