mardi 18 septembre 2018

Cinéma : Climax, de Gaspar Noé - Avec Sofia Boutella, Romain Guillermic, Souheila Yacoub, Kiddy Smile



Une troupe de danseurs se retrouve dans une salle des fêtes paumée en pleine cambrousse afin de célébrer la fin des répétitions d’un spectacle qui doit les emmener en tournée aux Etats-Unis et vers la gloire. Buffet, platines minimalistes, déco kitsch, ils savourent l’heure et leur formidable énergie collective. Mais à l’insu de la troupe, quelqu’un verse de l’acide dans la sangria. Le psychotrope se fait révélateur des failles individuelles et collectives. De fête animée, la soirée devient célébration orgiaque puis danse macabre.






Dans ce huis clos perché, tourné en deux semaines, le très subversif Gaspar Noé - Irréversible, Seul contre tous, Love - impose avec radicalité sa vision d’artiste. Le réalisateur, scénariste et producteur italo-argentin se serait inspiré d’un fait divers réel datant des années 1990 pour créer cet étourdissant cauchemar, violent, ironique, glaçant. Cinéaste des extrêmes, il nous livre une oeuvre sulfureuse, instinctive, organique répondant à une structure narrative éclatée. La mystique singulière développée entre angoisse et volupté souligne la nature énigmatique du projet.

Expérience des sens, Climax embrasse les obsessions de son réalisateur dans un tumulte horrifique et poétique qui emprunte aux codes esthétiques du films d’horreur. Gaspar Noé multiplie les clins d’œil cinéphiliques, les références pointues. Cioran, Salo ou les 120 journées de Sodome, Un chien Andalou, Suspiria, La Maman et la putain, Querelle, Possession, Hellraiser, livres et VHS disposés dans le décor deviennent les indices d’un creuset d’où jaillit un puissant imaginaire.






Les images ultra-stylisées suivent la piste expérimentale.  Alternant scènes d’improvisation et plan-séquences très chorégraphiés, le cinéaste s’affranchit de tous les schémas. Montage diffracté, narration éclatée, la chronologie s’inverse parfois, le générique intervient en plein milieu du film. Dans cette quête esthétique, le projet cinématographique cherche à traduire de manière plastique l’urgence de vivre, l’essence de l’époque, le meilleur comme le pire, sa vitalité, sa perversité, ses déviances.

Une femme ensanglantée court dans la neige. Une blonde titube dans un couloir éclairé aux néons verts. L’une des danseuses enferme son fils, seul enfant présent, dans le local électrique pour le protéger. Une orgie survient à même le sol. Réalité ou visions provoquées par la drogue, Gaspar Noé joue sur la perte de repères pour évoquer l’aspect psychiatrique d’un cauchemar sous acide. Il y a une part de fantasme autant que d’expérience chamanique dans cette alchimie délétère.




La troupe de hip hop menée par Sofia Boutella incarne avec sensualité les scènes de danse qui muent en transe collective. Au début du film, un magistral plan-séquence, traduit le vertigineux ballet de la chair sur Supernature de Cerrone, expérience visuelle flamboyante, effervescente. Sous les effets de la musique -  Aphex Twin, Daft Punk, Soft Cell - et des psychotropes, la lascivité du langage corporel semble trouver sa pleine expression. 

Oeuvre hypnotique, psychédélique, le film est porté par un crescendo angoissant d’émois trépidants, névrotiques côtoyant le sordide, l’horreur et l’extase ultime. La drogue, vecteur de libération des pulsions, les tensions mènent aux dérapages et aux réactions en chaîne. Et quand advient le chaos, débute le commentaire social.

Climax, de Gaspar Noé
Avec Sofia Boutella, Romain Guillermic, Souheila Yacoub, Kiddy Smile…
Sortie le 19 septembre 2018




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