samedi 18 août 2018

Paris : L'homme aux semelles devant, statue hommage à Arthur Rimbaud par le sculpteur Ipoustéguy - place du Père-Teilhard-de-Chardin - IVème



Dans les années 1980, sous l’impulsion de François Mitterrand alors président de la République, les pouvoirs publics souhaitent rendre une série d’hommage à des personnalités dans l’air du temps par le truchement de monuments commémoratifs. Ainsi voient le jour, un Hommage à Georges Pompidou, statue signée Louis Derbré ou plus tard un Hommage au capitaine Dreyfus par TIM. En 1984, le sculpteur français Ipoustéguy (1920-2006) est chargé par le Ministère de la Culture et de la Mairie de Paris de célébrer Arthur Rimbaud (1854-1891). La statue, fondue dans les ateliers de la Fonderie d’art Landowski à Bagnolet, est réalisée en 1985. Cette oeuvre en bronze sera inaugurée place du Père-Teilhard-de-Chardin en face de la Bibliothèque de l’Arsenal en 1988. Sculpture monumentale (hauteur 1,5 mètres, largeur 4 mètres, profondeur 2 mètres) aussi originale qu’intrigante, elle s’inscrit dans la veine des œuvres d’Ipoustéguy, alliant puissante fantaisie et force expressive.








Tout d’abord peintre, dessinateur, écrivain, Ipoustéguy a choisi, en 1953, de se consacrer à la sculpture. Dans son travail sur la représentation approfondie du corps humain, l’artiste dévoile la spiritualité de la chair, l’émotion des formes dans la lignée d’un réalisme flirtant avec le baroque. Farouchement indépendant, il ne peut être relié à aucune école. Pourtant l’universalité des thèmes qu’il traite donne à son oeuvre une dimension abordable à laquelle s’ajoute un goût pour la liberté d’interprétation, la multiplicité des degrés de lecture.

Dans son hommage à Arthur Rimbaud, s’inspirant de la célèbre formule de Verlaine qui appelait son ami, « l’homme aux semelles de vent », Ipoustéguy s’est permis un clin d’œil à l’esprit farceur du poète en imaginant un calembour qui n’aura pas plu à tout le monde lors de l’inauguration de la statue en 1988. L’oeuvre est en effet intitulée « L’homme aux semelles devant », jeu de mot jugé indigne d’Arthur Rimbaud par beaucoup à l’époque. A tel point, qu’une rumeur circule alors, celle d’une erreur de transcription lors de la commande. Ipoustéguy, très oulipien dans son calembour s’est alors attaché à une représentation plastique littérale de son bon mot. Le buste est précédé de ses jambes et de ses pieds chaussés.









Dans une sorte de jonque au tracé fluide, qui semble renvoyer à l’idée du poème le Bateau ivre, le personnage coupé en deux évoque le double destin d’Arthur Rimbaud, sa double personnalité aussi, les jeunes années du poète et la rupture brutale avec toute activité littéraire qui le mènera à devenir aventurier en Afrique.

Le buste, poète rêveur alangui dans l’impassibilité de l’horizontalité, laisse pendre une main dans laquelle quelque chose comme la lettre A convoque le poème Voyelles.  Les jambes détachées du corps, dynamiques des lignes, évocation du mouvement, suggère les aspirations au voyage mais également la fin tragique du poète à Marseille, emporté par la gangrène malgré une amputation. La déstructuration des formes qui se réassemblent dans une synthèse inattendue de concepts opposés, se fait éloge de la liberté. La puissance créatrice est fusion fondamentale.






En 2007, il a été question de transporter la statue dans le XIVème arrondissement, près de Raspail où l’artiste a travaillé mais les héritiers du sculpteur n’ont pas donné leur accord.

L’homme aux semelles devant - Hommage à Arthur Rimbaud par le sculpteur Ipoustéguy
Place du Père-Teilhard-de-Chardin - Paris 4

Bibliographie
Guide des statues de Paris - Georges Poisson - Les guides visuels Hazan

Sites référents
ipousteguy.com 

1 commentaire :

Katerina Dimou a dit…

Où est passée la statue ? Le vent l'a emporté ?
J'aimerais que la Mairie nous renseigne sur ce sujet.

Merci,
une bibliothécaire de l'Arsenal