mardi 1 novembre 2016

Cinéma : Mademoiselle de Park Chan-Wook - Avec Kim Min-Hee, Kim Tae-Ri, Jung-Woo Ha - Par Didier Flori



Dans la Corée des années 30, sous l’occupation japonaise, l’orpheline Sookee vit d’escroqueries et de vols, en compagnie d’autres jeunes filles recueillies et élevées par Madame Sasaki. L’opportunité se présente un jour à elle de sortir de son existence précaire, avec l’arrivée du séduisant Comte. Ce dernier lui demande de se faire passer pour une dame de compagnie auprès d’une jeune aristocrate fragile psychologiquement. Il compte ainsi tromper la surveillance de l’oncle protecteur de cette dernière, avec lequel elle vit dans un manoir isolé.






L’intrigue de départ de Mademoiselle évoque la tradition du récit gothique, et en cela le film s’inscrit dans la droite lignée du précédent film de Park Chan-Wok, Stoker. Mais alors que l’incursion du réalisateur de Old Boy dans le cinéma américain peinait à renouer avec la fièvre de ses autres films, son retour au pays natal le voit revenir à son meilleur niveau. Le nouveau souffle du cinéma de Park Chan-Wok passe par une rencontre avec l’univers de la romancière Sarah Waters, et plus particulièrement son roman Du bout des doigts dont Mademoiselle est l’adaptation. Il en résulte un métrage ouvertement féministe où les femmes ont la part belle.






La part féminine n’était certes pas totalement absente du cinéma de Park Chan-Wok, comme l’illustrent l’héroïne de Lady Vengeance ou sa comédie romantique de science-fiction Je suis un cyborg. Le récit hyper-violent d’Old Boy lui-même pouvait être interprété comme une tragédie ancrée dans la virilité et le patriarcat poussés jusqu’à la folie. Jamais cependant les personnages masculins de Park Chan-Wok n’ont paru aussi misérables et grotesques que dans Mademoiselle. Qu’ils assistent fébriles à des représentations théâtrales de leurs fantasmes ou règlent leurs comptes entre eux, ces maîtres autoproclamés du “sexe faible” sont en fait des pantins dévorés par leurs désirs de domination. A leur sadisme d’esthètes, semblable à celui que certains ont pu reproché par le passé à Park Chan-Wok, le cinéaste oppose un saphisme sensuel et égalitaire d’une douceur poétique.




Le renouvellement des thématiques de l’auteur coréen fait plaisir à voir, mais c’est surtout par la forme qu’il nous éblouit une fois de plus. Aussi maître de sa technique qu’un Alfred Hitchcock ou un Brian De palma, Park Chan-Wok livre sans aucun doute un des films les plus beaux de l’année. Somptueuse et sulfureuse, sa mise en scène trouve dans la reconstitution du film d’époque le cadre parfait pour se laisser aller aux délices baroques. Impossible de s’ennuyer une seconde devant ces deux heures trente romanesques qui nous emmènent de jeux de rôles en manipulations dont nous sommes les premiers dupes ravis. Mademoiselle est du très grand septième art, comme on en a rarement l’occasion d’en voir.  

Mademoiselle de Park Chan-Wook
Avec Kim Min-Hee, Kim Tae-Ri, Jung-Woo Ha et Jin-Woong Cho
Sortie le 1er novembre 2016



Cinéphile averti, Didier Flori est l’auteur de l’excellent blog consacré au cinéma Caméra Critique que je ne saurais trop vous conseiller. Egalement réalisateur et scénariste, c’est avec ferveur qu’il œuvre dans le cadre de l’association Arte Diem Millenium qui soutient les projets artistiques de diverses manières, réalisation, promotion, distribution… Style ciselé, plume inspirée et regard attentif, goûts éclectiques et pointus, ses chroniques cinéma révèlent avec énergie toute la passion pour le 7ème art qui l'anime.





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