mardi 13 septembre 2016

Cinéma : Where To Invade Next de et avec Michael Moore - Par Didier Flori



Cela fait maintenant près de 30 ans que Michael Moore s’évertue à être le poil à gratter contestataire d’une Amérique capitaliste à outrance, pro-armes à feu ou indifférente à l’état de santé de ses citoyens. Rien d’étonnant alors à ce que le documentariste qui vient tout juste de passer la soixantaine décide pour une fois de sortir de son territoire de naissance pour montrer à ses concitoyens comment se passent les choses à l’étranger. L’occasion pour lui aussi d’y emprunter quelques idées sociales à appliquer aux Etats-Unis car c’est bien connu l’herbe est toujours plus verte ailleurs. Le voilà donc parti pour un voyage qui l’emmène de l’Italie à l’Islande en passant par notre cher pays.






Le dispositif qui sert de fil conducteur à Where to Invade Next n’est pas sans rappeler celui de Demain où la bande menée par Cyril Dion et Mélanie Laurent nous faisait découvrir les entreprises altermondialistes à travers le monde. Le documentaire césarisé sort cependant largement gagnant de la comparaison. Le film de Michael Moore se suit sans déplaisir mais son discours a en fait du mal à convaincre. Avec le temps le réalisateur semble s’être de plus en plus radicalisé politiquement, et si son engagement n’est pas un mal en soi, l’absence de recul nuit à la composante investigatrice de son travail de documentariste.






Certes l’objectivité documentaire est un leurre, chaque film résultant de choix de mise en scène, et l’intention de Michael Moore d’amener ses compatriotes à penser leur société autrement pour remédier aux problèmes qui la déchirent est louable. Le cinéaste reconnaît dans le dossier de presse du film vouloir « cueillir les fleurs mais pas les orties » mais les raccourcis opérés dans Where to Invade Next sont trop voyants pour être ignorés. Ainsi sa présentation du système carcéral norvégien, mis en parallèle avec les violences subies par les détenus aux Etats-Unis, perd en pertinence par son absence de contextualisation ; Michael Moore ne nous dit en effet rien du nombre de détenus en Norvège, ni de la société du pays. On ressent durant tout le film une impression de survol, chaque pays escale se résumant à une idée sociale à importer chez soi. La démarche de Moore manque parfois singulièrement de finesse, comme lorsqu’il recueille « innocemment » un plaidoyer contre la peine de mort tenu par des policiers portugais.




Il fut un temps où la présence du trublion Michael Moore au cœur de ses films était ce qui faisait leur sel. On se souvient notamment de ses confrontations avec le PDG de Nike dans The Big One ou avec Charlton Heston dans Bowling For Columbine. Ici c’est tout le contraire. Les touches d’humour du cinéaste tombent souvent à plat et la rencontre avec le premier ministre slovène qui devrait constituer un de sommets du film se déroule hors champ, portes closes. Les scènes les plus convaincantes de Where to Invade Next sont celles où le réalisateur se met en retrait et laisse le champ libre à ses interlocuteurs. Les messages d’une journaliste tunisienne qui encourage les américains à être curieux sur la culture de son pays, ou d’une chef d’entreprise islandaise qui fait l’éloge d’un système solidaire et se dit effrayée par l’individualisme de la société américaine, viennent alors soutenir efficacement le discours de Moore sans perdre de leur caractère personnel. Ce que Where To Invade Next nous propose au final trop rarement ou brièvement, c’est d’aller à la rencontre d’un échantillon d’hommes et femmes à travers le monde.

Where To Invade Next de et avec Michael Moore
Sortie le 14 septembre 2016


Cinéphile averti, Didier Flori est l’auteur de l’excellent blog consacré au cinéma Caméra Critique que je ne saurais trop vous conseiller. Egalement réalisateur et scénariste, c’est avec ferveur qu’il œuvre dans le cadre de l’association Arte Diem Millenium qui soutient les projets artistiques de diverses manières, réalisation, promotion, distribution… Style ciselé, plume inspirée et regard attentif, goûts éclectiques et pointus, ses chroniques cinéma révèlent avec énergie toute la passion pour le 7ème art qui l'anime.



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