mardi 23 février 2016

Cinéma : Ave, César de Joel et Ethan Coen - Avec Josh Brolin, George Clooney, Scarlett Johansson - Par Didier Flori



Au confessionnal, Eddie Mannix (Josh Brolin) avoue sa terrible impuissance. Malgré la meilleure volonté du monde, il n’arrive pas à arrêter de fumer et doit donc le faire en cachette de sa femme. Cela dit, on comprend assez vite ce que son travail peut avoir de stressant. Fixeur pour les studios Capitol des années 50, Eddie doit superviser le bon déroulement de la production des films, c’est à dire surtout gérer les stars qui y tournent.  Il peut s’agir de sauver in extremis une actrice du scandale d’une séance photo nocturne, de protéger l’image d’une diva tombée enceinte après une aventure (Scarlett Johansson) ou d’arranger un rendez-vous glamour pour un acteur célibataire (Alden Ehrenreich). La disparition soudaine de l’immense star Baird Whitlock (George Clooney), en plein tournage d’un film sur le Christ, ne vient pas arranger les choses.






Une des façons de mettre de l’ordre dans la filmographie riche et hétéroclite des frères Coen est de distinguer d’une part des films « sérieux » qui lorgnent vers le drame existentiel, et d’autre part des « récréations » plus accessibles. Ave César fait partie de cette dernière catégorie, un peu laissée de côté par les cinéastes depuis Burn After Reading en 2008.  Ce retour à la comédie n’est cependant pas dépourvu d’ambition, puisqu’il ne propose rien de moins que la reconstitution de tout un pan de la production américaine des années 50. On conçoit l’enthousiasme enfantin des frères cinéphiles à imaginer un projet qui leur permettrait de naviguer entre les genres du Hollywood de l’époque, du polar au péplum en passant par le western ou la comédie musicale. Et leur plaisir est très communicatif.






Les Coen passent avec une aisance déconcertante d’un plateau de la Capitol à un autre. Ils pastichent avec le même brio un film en jupettes aux dialogues ampoulés, une poursuite à cheval aux doublures voyantes ou une comédie musicale de marins au sous-texte homo-érotique prégnant. L’envers du décor ne manque pas quant à lui d’offrir son lot de scènes hilarantes : des représentants religieux convoqués débattent avec vigueur de la correction d’une adaptation sur la vie du Christ, un réalisateur maniéré (Ralph Fiennes) se désespère à diriger un acteur à l’accent texan dans une comédie sophistiquée à la Lubitsch. Le spectateur est également sensibilisé aux hauts risques méconnus du montage, en compagnie de l’incontournable Frances McDormand. A tous les niveaux la fantaisie comique des Coen fait des merveilles.




Dans sa générosité démesurée, Ave, César court un peu le risque de se trouver réduit au simple film à sketches. Les auteurs parviennent néanmoins à se sortir de ce piège à travers une résolution satisfaisante qui crée des liens entre la plupart des nombreux personnages que le spectateur a été amené à rencontrer. Acteurs, réalisateurs, figurants, scénaristes, journalistes, tout ce beau monde est incarné par une distribution choisie à la perfection. Josh Brolin est impeccable en croisement de businessman et de détective privé, Alden Ehrenreich crève l’écran en cowboy apprenti acteur, Channing Tatum s’en donne à cœur joie dans un numéro de danse éblouissant. Mais surtout, après O’Brother, Intolérable cruauté et Burn After Reading, les Coen continuent d’utiliser au mieux le sens de l’autodérision de George Clooney, le poussant à son paroxysme comique lorsqu’il joue une rencontre avec le Christ.  

Ave, César de Joel et Ethan Coen  
Avec Josh Brolin, George Clooney, Alden Ehrenreich, Scarlett Johansson et Ralph Fiennes 
Sortie le 17 février 2016 


Cinéphile averti, Didier Flori est l’auteur de l’excellent blog consacré au cinéma Caméra Critique que je ne saurais trop vous conseiller. Egalement réalisateur et scénariste, c’est avec ferveur qu’il œuvre dans le cadre de l’association Arte Diem Millenium qui soutient les projets artistiques de diverses manières, réalisation, promotion, distribution… Style ciselé, plume inspirée et regard attentif, goûts éclectiques et pointus, ses chroniques cinéma révèlent avec énergie toute la passion pour le 7ème art qui l'anime.





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