vendredi 6 novembre 2015

Paris : Square des Peupliers, le temps retrouvé - XIIIème



De 1650 à 1950, le territoire de notre actuel XIIIème arrondissement est marqué par sa vocation industrielle. Cette destinée, qui tend de nos jours vers d’autres horizons, a été déterminée par deux voies de transport, la rivière de la Bièvre qui dès le XIVème siècle permet d’acheminer biens et marchandises jusqu’à Paris, puis à partir du XIXème, par la voie ferrée Paris-Orléans, symbole des temps modernes. Après les entrepôts et les usines, l’arrondissement dont l'esthétique s'inscrit dans la verticalité des tours datant des années 1960-70, connaît un nouvel essor avec le développement des quartiers verts qui ne manquent pas de charme. Pourtant, un village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste encore et encore à l’envahisseur. Au XVIIIème siècle, la vallée de la Bièvre - située entre nos actuels points de repère Maison Blanche, Tolbiac et Glacière - conserve toutes ses caractéristiques bucoliques. Champs cultivés et pâturages bordent la rivière. Un chemin planté de peupliers traverse la plaine le long du cours de la Bièvre. De ces arbres, il ne reste aujourd’hui que le souvenir évoqué par le nom des rues du quartier des Peupliers, charmant village de province en plein coeur de la ville.








L’histoire du quartier des Peupliers et de la vallée comblée est liée à celle de la Bièvre bucolique et industrieuse, rivière tour à tour détournée, canalisée, pour finir enterrée victime de la pollution des industries, tanneries, teintureries, blanchisseries, boucheries, installées sur ses rives. A la fin du XIXème, début XXème, la Bièvre n’est plus qu’un ruisseau fangeux. Le baron Haussmann dans son projet d’extension et de transformation de Paris incorpore le village de Saint-Marcel ainsi qu’une partie des communes de Gentilly, de Villejuif et de Choisy au nouvel arrondissement étendu de la Capitale, le XIIIème. De grands travaux sont mis en œuvre et le profond sillon de la vallée est remblayé sur 12 à 20 mètres de profondeur pour donner jour aux faibles pentes de notre géographie actuelle.









L’essentiel de ce quartier situé entre la rue Ernest et Henri Rousselle, la place de l’Abbé Georges Hénocque se peuple d’une faune interlope. Sur les terrains vagues du sillon de la vallée de la Bièvre poussent des bidonvilles où se réunissent chiffonniers, les fameux biffins de Paris, mendiants, bohémiens. De 1900 à 1930, de petits investisseurs se lancent dans la construction. Entre anciennes carrières et cours d’eau disparu, l’îlot urbain voit le jour sur les terres apportées pour le comblement de la Bièvre et le remblai de la rue de Tolbiac. Le terrain meuble et le peu de moyens des promoteurs qui ne sont pas en mesure d’entamer les importants travaux souterrains de consolidation déterminent la hauteur modérée des bâtiments. C’est un aimable quartier pavillonnaire qui voit le jour.







Débutant au niveau des numéros 70-72 de la rue du Moulin-des-Près, le minuscule Square des Peupliers est construit en 1926.  Le lotissement en triangle se love autour d’une allée longue d’à peine 142 mètres qui forme une boucle piétonne ponctuée de lampadaires évoquant le temps révolu des veilleurs de nuit. La voie tout d’abord entièrement privée a été ouverte à la circulation publique, pour notre plus grand plaisir, par arrêté du 23 juin 1959. Les petites maisons en séries hétéroclites, briques, pierre de meulière ou façades immaculées, sont dotées de jardinets abondamment fleuris et protégées par des grilles en fer forgé. Jolies marquises, petits meubles de jardin, vélos, volets et portes aux couleurs vives complètent le tableau. 







Bien que plus ou moins entretenus, ces pavillons font preuve d’un charme pittoresque légèrement désuet auquel la patine du temps ne parvient pas à faire outrage tant la végétation foisonnante rivalise de vitalité. Glycines, lierres, vignes vierges flamboient dans l’air automnal dissimulant les maisonnettes au regard des promeneurs tandis que de rares fleurs piquent l’incendie de leur dernière fraîcheur. Les troènes impeccablement verts consolent le lilas et le jasmin des jours qui raccourcissent. Et le flâneur de Paris s’en retourne au chaos de la ville le coeur un peu plus léger.

Square des Peupliers
Accès au 70-72 rue du Moulin-des-Près - Paris 13

Bibliographie
Paris secret et insolite - Rodolphe Trouilleux - Parigramme
Le guide du promeneur 13è arrondissement - Parigramme
Traversée de Paris - Alain Rustenholz - Parigramme





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