lundi 3 août 2015

Lundi Librairie : Réparer les vivants - Maylis de Kerangal



Un jour glacial de février, dans le pays de Caux, Simon Limbres et ses deux amis, de retour d’une session de surf, sont victimes d’un accident de la route. Simon a 19 ans et le choc qu’il a reçu à la tête le plonge dans un coma dépassé. Au Havre, alors que bat encore le cœur dans son corps en réanimation, il est déclaré mort par le médecin de garde. Depuis 1959, ce n’est plus l’arrêt cardiaque qui signe le décès mais l’abolition des fonctions cérébrales. Marianne et Sean, les parents, dévastés, doivent faire face à la question du don d’organe et l’idée qu’à travers ce drame, Simon sauvera d’autres vies. Deux tiers des gens refusent. Thomas Rémige, l’infirmier coordinateur de greffe est chargé de leur expliquer la procédure. Vingt-quatre heures d’une épopée moderne suivant le parcours du cœur de l’annonce de la mort, à l’orchestration de la transplantation, de la tragédie au miracle de la science.

Titre emprunté à Platonov de Tchekov, Réparer les vivants, roman à la fois dur et merveilleux, se confronte sans fard aux situations les plus difficiles du processus du don d’organe. De la mort d’un jeune homme à la deuxième chance accordée au receveur, dans le décor glacé des hôpitaux se révèle toute l’humanité des protagonistes que l’auteur entraîne dans une course-poursuite contre la montre. Porté par une galerie de personnages forts et incarnés, ce récit de l’urgence dans un souffle unique traduit tensions et patience, révélant la véritable humanité de chacun.

Entre deux chapitres centrés sur la procédure, Maylis de Kerangal donne toute sa dimension au chœur des intervenants, soulignant la convergence des histoires individuelles, passant sur le fil de l’intime vers le collectif avec une grâce infinie. Du Havre à Paris, elle suit la longue journée du docteur Révol, le médecin de garde, Thomas Rémige, l’infirmier coordinateur de greffe, Marianne et Sean, les parents du jeune homme, Cordélia l’infirmière, les huit chirurgiens, les membres de l’agence de biomédecine, la patiente en attente d’une greffe à la Pitié Salpêtrière.

Les interrogations morales, scientifiques et légales qu’évoque ce sujet complexe sont abordées avec une grande finesse, une intelligence rare. Plume précise, verbe obstiné, écriture épidermique, Maylis de Kerangal mêle avec sentiments, sans pathos, l’exactitude des étapes, la justesse du lexique médical à l’oralité expressive et la poésie d’une écriture sensible. Et au bout du roman, l’idée que la mort est indispensable à la vie. Un très beau texte, poignant et maîtrisé.

Réparer les vivants - Maylis de Kerangal - Editions Gallimard - Collection verticales - Collection de poche Folio




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