lundi 12 mai 2014

Semaine Japonaise - Lundi Librairie : Bleu presque transparent - Ryû Murakami



Cette chronique littéraire ouvre la semaine japonaise qui se déroulera jusqu'au 18 mai sur le blog. J'espère que cela vous plaira. Enjoy !

Dans le Japon des années 70, huit post-adolescents en déshérence s’adonnent à la drogue, au sexe et à la violence. Ryû le narrateur, au jeu du je est un autre, nous raconte la réalité hallucinée d’une jeunesse mise au rebut par la société, marginalisée, entre came et prostitution.  Les silhouettes désincarnées, interchangeables, ne prennent chair que dans les orgies et la violence des corps meurtris. Ses étudiants désœuvrés, paumés et sans tabou font l’expérience du désenchantement, basculant progressivement  vers une autre réalité dysfonctionnelle. Nihilisme urbain sur fond de rock’n roll, influence américaine et naissance d’une contreculture, rejet d’une société oppressante dans laquelle les protagonistes ne se reconnaissent pas,

Entre expériences vécues et poésie morbide, Ryû Murakami dresse le portrait d’un Japon brutal, déshumanisé, décadent. Ses personnages isolés dans le grand tout recherchent une forme de liberté à travers la musique, la littérature et le refus des valeurs communautaires, de l’autorité. Un désir de fuite matérialisé par la consommation de stupéfiants qui mène à l’éclatement de la conscience de soi.

L’auteur alterne expérimentations narratives, scènes orgiaques comme des flashs hallucinés sous influence, récits de trip et moments de pure détresse. Fresque crépusculaire à la luxuriance déliquescente, l’érotisme froid. Vices et vertus s’expriment dans une spirale cathartique vertigineuse. Alors que les protagonistes tentent d’échapper à  la banalité des destins, leurs existences vides de sens, surnage, glaçant, le désespoir sans issue de toute une génération. Angoisse calme et force évocatrice des images, Ryû Murakami trace d’une plume clinique, minimaliste un tableau cruel, sans concession au dépouillement bouillonnant. Analyse froide de son temps, de ses contemporains et de l’histoire.

Violence gratuite, pulsions suicidaires, autodestruction, abandon des traditions, désintégration des liens collectifs et familiaux, le Japon revêt un visage malsain fait d’ombres et de désespoir stérile. Bleu presque transparent est un texte amer et trouble. Un roman noir entre rêve halluciné et cauchemar éveillé.

Bleu presque transparent - Ryû Murakami - Traduit du japonais par Guy Morel et Georges Belmont - Editions Robert Laffont - Collection de poche Picquier Poche



3 commentaires :

Gloria a dit…

Ca doit etre intéressant!

San-tooshy a dit…

J'avais adoré ce roman qui est effectivement très sombre.

Caroline a dit…

@ Gloria : Littérature underground ;)

@ San-tooshy : Ca m'a fait un peu penser à Trainspotting version japonaise mais avec 20 ans d'avance sur Irvine Welsh.

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