samedi 22 juin 2013

Entre coup de coeur et coup de gueule : Crawling on the Ground, le clip d'Anita Drake qui dénonce le harcèlement de rue




L’univers brut et authentique du duo parisien folk Anita Drake, syncrétisme inspiré de roots rock et de blues, est porté par la voix charnelle de Dorothée Pierson et les compositions tendues, rugueuses de Manu Cortell. La sensualité dépolie de leur musique bourlinguant sur la ligne de faille s’épanouit dans les mélopées pleines de bruit et de fureur contenus d’un rock séminal aux ballades voluptueuses. Anita Drake, du nom d’une muse rencontrée à Londres qui a disparu de leur vie du jour au lendemain, nous livre des mélodies lancinantes et sauvages dont les riffs puissants, organe vivant radical, étayent une précieuse intensité. 

Leur univers graphique très marqué prend toute sa mesure dans leurs clips. Après un passage dans le monde du cinéma Dorothée qui est également DJ selector et photographe a écrit et co-réalisé avec Laurent Clément le clip militant de Crawling on the Ground. Diffusé en avril 2013, il fait écho à la controverse lancée par le film de fin d’étude d’une jeune réalisatrice belge à propos du harcèlement de rue dont sont victimes les femmes. Inversion des sexes et montée en puissance, cette vidéo bouleversante oscille entre désarroi et rage.




J’ai visionné à nouveau ce clip hier soir en lisant le récit d’un incident navrant, d’autant plus affligeant qu’il est banal, sur le blog Stella à Paris de Maylis. (lisez l’article, regardez le clip, vous verrez tout de suite le lien.) Et cette vidéo me secoue à chaque fois à tel point entre souvenirs abominables et horreur souvent frôlée que j’ai eu envie de revenir sur le thème du harcèlement de rue, cette forme de violence faite aux femmes. D’après un sondage Insee une femme sur quatre âgée de 18 à 29 ans a peur quand elle se promène dans la rue seule, 20% s’y font injurier au moins une fois par an, 10% y subissent des attouchements non désirés.




Les agressions verbales à caractère sexuel qui tournent régulièrement à l’agression physique, le harcèlement de rue phénomène en pleine expansion, sont une mise en danger du principe fondamental de la liberté des individus et du respect qui leur est dû. Il suffit de poser la question autour de soi pour se rendre compte que la plupart des femmes vivant dans les grandes villes ont déjà vécu en se faisant aborder de façon manifestement hostile et irrespectueuse ses situations intimidantes, offensantes, effrayantes qui peuvent déraper à tout moment. Quolibets, réflexions salaces, remarques sur le physique, la tenue vestimentaires, insultes machistes, invectives menaçantes, sifflets, invitations insistantes et inconvenantes, accompagnés d’agression physique, bousculade, gestes déplacés, pelotage forcé et dans les cas les plus graves, viol, le caractère répétitif de ces comportements induit un sentiment de tension permanente pour les femmes qui les subissent. Ses écarts de conduite devenus norme, ses attitudes inacceptables banalisées entraînent une dégradation des relations sociales. Pour les femmes victimes : culpabilisation, honte, peur. Le sexisme ordinaire et le harcèlement de rue sont les symptômes d’une misogynie rampante qui ne connait de barrières ni culturelles ni sociologiques. De quoi remettre en cause profondément le système éducatif social.

En complément, le reportage édifiant d'Envoyé spécial avec notamment un charmant passage dans mon quartier assez significatif de son quotidien.

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