lundi 27 février 2012

Lundi Librairie : No et Moi de Delphine de Vigan



Lou, 13 ans, est une enfant intellectuellement précoce. Isolée par ce don, cette maturité chez une très jeune fille presque encore fillette parmi les adolescents. Un jour, elle choisit lors du cours de Monsieur Marin de proposer un exposé sur la vie des femmes SDF au travers de l’histoire de Noémie, No pour tout le monde, une très jeune femme à la dérive rencontrée gare  Austerlitz où les destins se croisent au rythme des trains qui s’éloignent. La connaître, raconter et transmettre son histoire ne suffit pas à Lou qui décide de la sauver, la sortir de la rue avec l’aide de ses parents puis en cachette avec Lucas le mauvais garçon au sourire d’enfant et au cœur tendre.

Le récit écrit à la première personne emprunte la voix aigue, naïve et curieuse de Lou. La voix d’une jeune ado qui comprend trop de choses et se révolte contre les ombres d’une société déshumanisée. Il s’agit d’un roman d’apprentissage, le passage vers l’âge adulte et les résignations, un roman de la solitude également. Lou délaissée par sa mère en proie à une violente dépression à la suite de la perte d’un bébé, No livrée à la rue sans plus rien ni personne qui la raccroche à la réalité, Lucas abandonné à lui-même par des parents démissionnaires trop occupés à parcourir le monde.

No et moi ne manque ni de grâce, ni de fraîcheur. La plume est élégante, pleine d’humour et de pudeur. Delphine de Vigan évite de sombrer dans le pathos et l’émotion facile. Celle-ci naît des relations entre les personnages, cet élan entre eux comme s’ils s’étaient reconnus.

Cependant, la vision que l’auteur porte sur le monde des sans abris me paraît un peu légère, presque idéalisée, entraide entre SDF, bienveillance relative mais généralisée… On a la sensation que la naïveté de la narratrice est également celle que partage Delphine de Vigan.

Ce qui gêne, interpelle n’est pas de la complaisance mais plus un trop plein de bons sentiments. Un livre trop gentil, trop policé où les aspérités les plus cruelles du monde de la rue sont à peine évoquées, un roman à la fois tendre et sombre sans pourtant pencher vers le réalisme. Il s’agit d’une réflexion sur l’individualité, l’humanité et les dérives d’un monde imparfait, la destinée universelle de la société racontée sous la forme d’un joli conte triste, d’une histoire improbable.

No et moi de Delphine de Vigan – Editions JC Lattès - Edition de poche Le Livre de Poche   


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