Ailleurs : Cathédrale Saint Pierre et Saint Paul de Troyes, chef-d'oeuvre gothique de l'Aube

 

La Cathédrale Saint Pierre et Saint Paul de Troyes, l’une des plus grandes et des plus belles de France, est réputée pour la splendeur de ses verrières classées. Ouvrage érigé sur une période de plus de 400 ans, son esthétique gothique témoigne des courants successifs de ce mouvement. Elle n'en demeure pas moins d'une grande homogénéité. La façade reconstruite à partir de 1507 par l'architecte Martin Chambiges (vers 1460-1532). Trois porches, deux tours et un décor correspondant aux canons du XVIe siècle. Si le projet initial prévoie deux tous, une seule sera achevée, la tour Nord, dite Saint-Pierre, en 1634, haute de 62,34. Le chantier de la tour Saint-Paul, tour Sud s'interrompt en 1545. Elle ne sera jamais achevée faute de financement.

La Cathédrale Saint Pierre et Saint Paul de Troyes se distingue par la qualité de ses décors, sculptures, peintures, tapisseries et en particulier les vitraux, du XIIIe siècle dans le chœur, des XVe et XVIe siècles dans la nef. Ils relatent la vie de la Vierge, de saint Jean, de personnages médiévaux, divers épisodes de la Bible. Dans la nef, se trouve une représentation de l’Arbre de Jessé (± 1500), dans le bas-côté nord de la nef, le Pressoir Mystique (1625) de Linard Gonthier peintre-verrier troyen (1565-1642). 

Les stalles du chœur en bois sculpté du XVIIe siècle et les grandes orgues du XVIIIe siècle, installées au XIXe siècle, proviennent de l’abbaye de Clairvaux. Le trésor, corpus de 260 objets sacrés dont 160 sont exposés, comporte notamment un remarquable coffret byzantin en ivoire pourpré datant du XIe siècle, une belle collection d’émaux médiévaux, la châsse de Bernard de Clairvaux, saint Bernard, fondateur de l'abbaye de Clairvaux, où se trouvent les reliques, son crâne et un fémur. Sont également conservés le calice, la patène, la crosse et l’anneau pastoral de l’évêque fondateur de la cathédrale, monseigneur Hervée.

La Cathédrale Saint Pierre et Saint Paul de Troyes a été classée monument historique sur la liste de 1862.






Au IVe siècle, à Troyes, une cathédrale primitive occupe déjà le site actuel, probablement à l’angle sud-est du castrum, la cité fortifiée originelle. L’évêque saint Loup (vers 383-478), compagnon de Germain d'Auxerre et protecteur de la cité face aux troupes d'Attila le Hun, en serait le commanditaire. L'évêque Ottulphe réaménage la nef entre 870 et 878. Les Normands incendie Troyes en 890. Le feu détruit la cathédrale. En 980 l'évêque Milon Ier, 44e évêque de Troyes, fait relever le sanctuaire dans le style roman. Entre la fin du XIe siècle ou le début du XIIe siècle, un clocher-porche voit le jour en avant de la façade Ouest. L'évêque Haïce de Plancy préside à l'édification de la chapelle de la Vierge, à l'arrière du choeur, en 1182. 

Un incendie ravage Troye en 1188. La cathédrale est partiellement détruite. Vers 1200, les évêques Garnier de Trainel (vers 1125-1205) puis Hervée entreprennent la reconstruction qui s'engage avec celle du choeur de la cathédrale et en particulier les chapelles du chevet, déployées à l'emplacement des anciens remparts gallo-romains, au Nord puis au Sud. La chapelle axiale s'élève en 1208. Nouvelle catastrophe, un ouragan détruit en partie le choeur en 1228. L'année 1260 marque un tournant avec l'achèvement du choeur et du transept. À partir de 1310, l'édification des trois premières travées orientales de la nef débute. Mais la Guerre de Cent Ans (1337-1453) interrompt le chantier. 







Les catastrophes naturelles frappent à nouveau la cathédrale au XIVe siècle. Une tornade renverse la flèche de la croisée en 1365. Un incendie détruit les toitures de la nef en 1389. À la suite de cet incident, la rose du bras du transept Nord, fragilisée, s'effondre l'année suivante. Elle est reconstruite de 1408 à 1409. Une aiguille en pierre vient la consolider en son centre en 1450, à l'initiative du nouvel évêque de Troyes, Monseigneur Louis Raguier (1401-1488). Il relance le chantier suspendu par la Guerre de Cent ans de la cathédrale avec les parties hautes et les travées occidentales de la nef. 

À partir de 1489, le maître-maçon Jehançon Garnache dirige la construction du mur pignon de la façade occidentale. En 1507, le chapitre des chanoines fait appel au maître-maçon réputé Martin Chambiges afin de reconstruire la façade Ouest. L'ancien clocher-porche du XIIe siècle est détruit entre 1531 et 1532. La façade occidentale est achevée aux deux tiers en 1554 ainsi que la base de la tour Saint-Pierre. La clôture de la chapelle des fonts baptismaux est réalisée entre 1553 et 1554. Le chantier de la façade Ouest s'achève en 1634 avec la finalisation de la tour Saint-Pierre. 

La foudre fait chuter la flèche de la croisée en 1700. Jean-Henri Gentilz réalise en 1779 un nouveau maître-autel. À la Révolution de 1789, les biens du Clergé sont confisqués et nationalisés en 1792. La Cathédrale Saint Pierre et Saint Paul subit des dommages importants, sculptures des portails martelés, châsses, stalles et jubé détruits. Les oeuvres sont dispersées, les artefacts en métaux précieux fondus, certains vitraux démantelés. 







Le Concordat de 1801, traité international signé entre le Vatican du pape Pie VII et Napoléon Bonaparte, alors Premier consul de la République rétablit les relations entre le pouvoir civil et l'Église catholique. En 1802, le chapitre installe dans le choeur de la Cathédrale Saint Pierre et Saint Paul de Troyes des stalles provenant de l'Abbaye de Clairvaux, acquises en 1797 puis en 1808, les grandes orgues de la même provenance. Le XIXe siècle est marqué par des campagnes de restauration importantes qui débutent en 1837 avec celle des vitraux. Le maître-verrier Vincent Larcher mène ces reconstitutions avec la collaboration ponctuelle de Martin Hermanowska. En 1874, Édouard Didron prendra la relève.

Le chapitre fait appel à l'architecte Eugène Millet (1819-1879), élève d'Eugène Viollet-le-Duc. Des travaux sur les fondations du choeur et du bras Sud du transept s'engagent en 1840, suivis de la construction de la chapelle des Catéchismes et de la salle du chapitre. De 1849 à 1866, les piliers du chœur sont repris en sous-œuvre. 

Les deux guerres mondiales épargnent la cathédrale. Durant 1914-1918 et 1939-1945, les vitraux sont déposés afin de les protéger. 

Dans les années 1990, certaines verrières du chœur et la tour nord de la façade occidentale font l'objet d'une restauration d'envergure. 

Cathédrale Saint Pierre Saint Paul de Troyes
Place Saint-Pierre - 10000 Troyes
Horaires de visite : Du lundi au samedi de 9h30 à 12h30 et 14h00 à 18h00 (fermeture à 17h00 en hiver). Dimanche : 14h00 à 18h00 (fermeture à 17h00 en hiver). Le matin est ouvert uniquement pour la messe.




Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.