Théâtre : Louise Weber dite la Goulue - De Delphine Gustau - Avec Delphine Grandsart - Le Lucernaire - Jusqu'au 30 août 2026

Crédit Philippe Wojazer  

En 1928, Louise Weber (1866-1929) qui a été l'une des figures de la nuit parisienne et des cabarets montmartrois, est désormais vieille, malade et ruinée. Elle vit entre une roulotte installée dans la Zone de Saint Ouen et son modeste appartement du Bas-Montmartre. Elle recueille les animaux errants du quartier et se souvient.

Le fils de Louise, Simon, meurt en 1923, à l'âge de vingt-sept ans, peu de temps après son mari, décédé en 1915, dont elle était séparée. À la suite de cette épreuve, elle sombre dans l'alcool, addiction qui accélère sa déchéance et ruine sa santé. Elle fait commerce de ses souvenirs, vend des cigarettes et des allumettes à la sortie des cabarets.

En 1899, elle devient la vedette du Moulin Rouge. Durant quatre ans, elle connait le succès et la fortune aux côtés de Valentin le désossé. Coqueluche du Tout Paris, elle devient le modèle favori de Toulouse-Lautrec, qu'elle surnomme le P'tit touffu. Mais en 1895 en pleine gloire, elle quitte la scène pour devenir dompteuse de fauves dans les fêtes foraines avec son mari, le prestidigitateur Joseph-Nicolas Droxler.

En 1882, Louis a seize ans. Adolescente précoce, elle exerce toute sorte de métier, blanchisseuse, modèle des peintres et photographes de Montmartre, danseuse dans les bals publics, le Moulin de la Galette, l'Elysée Montmartre, le Bal Bullier, la Closerie des Lilas et glisse lentement vers le demi-monde. Elle prend des cours auprès d'artistes de cabaret et à ses dix-huit ans se produit dans ses premières revues parisiennes, notamment à l'Alcazar.

Enfant, Louise est abandonnée par sa mère à l'âge de trois ans. Elle est élevée par son père infirme à la suite de la Guerre de 1870, avec son frère et sa soeur. À six ans, il la fait danser au bal public de l'Élysée Montmartre. 


"Louise Weber dite la Goulue", portrait incarné, rend un hommage vibrant à une figure légendaire de la Belle Époque montmartroise. Drôle et tragique, le spectacle créé en 2017 à l'Essaïon raconte le destin haut en couleurs de cette femme d'une modernité avant-gardiste. Il existe deux explications plausibles à l'origine de son surnom, son habitude de vider systématiquement les verres des clients qu'elle aborde ou bien de l'un de ses premiers protecteurs, Gaston Goulu Chilapane, jeune diplomate domicilié avenue Foch qui subvient un temps à ses besoins au tout début de sa carrière de cocotte. 

La comédienne Delphine Grandsart, rousseur incendiaire, redonne chair à cette légende, ressuscite sa gouaille, sa sensualité débridée. Habituée des spectacles musicaux "Cabaret", " Mozart l'opéra rock", elle prête ses traits à la jeune fille comme à la femme usée en fin de vie avec une émotion sincère, une fougue tendre. Elle brise volontiers le quatrième mur pour interpeller le public dans une énergie communicative. Sa co-metteuse en scène, Delphine Gustau signe les textes, écriture vive, pleine de tendresse et d'humanité dans une narration à rebours depuis la vieillesse cacochyme jusqu'aux origines et la prime jeunesse. La mise en scène épurée et intimiste donne la part belle à l'incarnation, la malice, le bagout, l'émotion.

Derrière la figure légendaire, se dessine au cours du spectacle la silhouette plus grande que nature d'une femme généreuse, aussi sensible que forte en gueule, une féministe qui s'ignore, insoumise qui mène sa vie à rebours des codes de son époque. Elle revendique son indépendance, brave les interdits moraux de l'époque, avorte, donne naissance à un enfant de père inconnu. Frondeuse, provocatrice, elle porte le pantalon quand cette tenue n'est pas autorisée pour les femmes, promène un bouc en laisse. "Louis Weber dite la Goulue" est un spectacle remarquable, beau moment de théâtre qui embarque les spectateurs, du rire aux larmes, dans les pas de cette femme fascinante.

Louis Weber dite la Goulue 
Jusqu'au 30 août 2026
Mercredi, jeudi, vendredi samedi 21h - Dimanche 17h30

De Delphine Gustau 
Avec Delphine Grandsart (Trophée 2018 de l’artiste interprète)
Mise en scène Delphine Grandsart et Delphine Gustau

Musique Matthieu Michard
Lumière Jacques Rouveyrollis assisté de Jessica Duclos 
Costumes et décors Delphine Grandsart
Production Les petites vertus

Le Lucernaire 
53 rue Notre-Dame-des-Champs - Paris 6



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.