Théâtre : Les Héros ne dorment jamais, d’Edith Proust, d'après "Perceval ou le Conte du Graal" de Chrétien de Troyes - Théâtre du Petit Saint Martin - Comédie Française Hors les MursJusqu'au 10 mai 2026

Crédit Vincent Pontet 

 Dans une forêt du Pays de Galle, le jeune Perceval grandit sous la vigilance inquiète de sa mère, veuve qui a pleure son époux et ses deux fils aînés. Pour préserver le plus jeune du monde et sa violence, elle a coupé les liens avec la société des hommes. Maintenu dans une forme d'innocence, Perceval découvre le monde au hasard d'une rencontre avec des chevaliers en armure. Malgré les réticences de sa mère, il décide de quitter son cocon et rejoint ses guerriers avec enthousiasme. Gornemant de Goort, chevalier expérimenté, le prend sous son aile. Il lui enseigne les vertus chevaleresques, l'initie aux manières courtoises. Les deux chevaliers Petite espérance et Vieille amertume chevauchent côte à côte tandis que Perceval fait face aux désillusions du combat. 



"Les Héros ne dorment jamais" écrit et mis en scène d’Edith Proust, pensionnaire de la Comédie française depuis 2024, s'inspire librement du cinquième roman de Chrétien de Troyes, "Perceval ou le Conte du Graal", composé vers 1180. Elle signe une adaptation qui célèbre l'art du clown, expérience circassienne décalée de la comédie épique. Ce spectacle singulier s'inscrit dans la lignée de deux propositions personnelles antérieures, "Le Projet Georges" (2018), "Romance & jouissance" (2022). 

Développé dans le cadre la saison Hors les murs de La Comédie-Française, "Les Héros ne dorment jamais" s'empare de l'imaginaire foisonnant de la geste arthurienne pour délivrer un récit initiatique tout empreint de poésie mélancolique. Les preux chevaliers, incarnés par Alain Lenglet, sociétaire de la Comédie française, et Edith Proust, empêtrés dans leurs armures, gardent le silence, tandis que la voix enregistrée de Denis Podalydès investit la légende. Leurs déplacements empêchés ont la grâce de la pantomime, leur maladresse burlesque les accents de la farce souriante.

Les trouvailles drolatiques et autres effets comiques flirtent avec le surréalisme, couverts aimantés irrémédiablement attirés par l'armure, l'improbable tentative d'embrassades toujours en armure. Goût de l'absurde, liberté de ton, la transgression fantaisiste s'ancre dans des anachronismes, des exagérations. Les codes bousculés font entrer le spectacle dans le domaine de l'étrangeté. 

Lorsque le magnétophone cafouille, survient le dérèglement. La narration abandonne la linéarité pour la fragmentation sans jamais se prendre au sérieux. La seconde partie propose autre chose. Les deux personnages tombent l'armure pour revêtir les atours des troubadours, houppelandes et poulaines. Ils sortent du mutisme, retrouvent la parole et s'expriment en vieux français. Malgré la complicité des deux comédiens, histrions inspirés, investis, ce volet, moins rythmé s'avère moins convaincant. 

Les Héros ne dorment jamais, d’Edith Proust, librement inspiré de Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes
Jusqu'au 10 mai 2026
Mercredi, jeudi, vendredi, samedi 19h - Dimanche 17h30

Théâtre du Petit Saint-Martin – La Comédie-Française hors les murs
Texte et mise en scène Edith Proust
Texte Edith Proust, Justine Bachelet et Laure Grisinger
La troupe de la Comédie-Française Alain Lenglet, Edith Proust
Avec les voix de Denis Podalydès, Christian Gonon

Dramaturgie Laure Grisinger
Scénographie Hélène Jourdan
Costumes Colombe Lauriot Prévost
Lumières Diane Guérin
Son Vanessa Court
Collaboration artistique Justine Bachelet

Théâtre du Petit Saint-Martin
17 rue René-Boulanger - Paris 10
Tél : 01 42 08 00 32



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.