La fontaine Saint Julien le Pauvre, ou fontaine du square Viviani, oeuvre du sculpteur Georges Jeanclos (1933-1997), a remplacé en 1995, sur une commande de la Ville de Paris, une fontaine Wallace au coeur de ce jardin du Quartier Latin. Développé sous le Second Empire sur des terrains libérés par la démolition d'une annexe de l'Hôtel-Dieu, le square René Viviani se situe dans le voisinage direct de l'église Saint Julien le Pauvre. En bronze, la fontaine-sculpture puise son iconographie dans les détails de la légende de saint Julien l'Hospitalier dit aussi saint Julien le Pauvre, patron des charpentiers, des hôteliers et des passeurs, dont les attributs sont le faucon ou l'épée. L'eau s'écoule de trois têtes de cerf.
La fontaine du square Viviani reprend les motifs de la légende telle qu'elle est relatée par Gustave Flaubert dans son recueil de nouvelles, "Trois contes" (1877). Georges Jeanclos éclaire son projet en ces mots : "Les trois groupes situés aux angles de la fontaine sont là pour exprimer l'action de soutenir et de porter le corps de l'autre, dans un acte d'amour, de tendresse et de compassion." Il rajoute : "Les couples qui s'élèvent au-dessus d'eux sont leurs enfants, qui s'avancent vers un monde meilleur." Le corps souffrant est soulagé par l'amour universel rédempteur, espoir ultime de fraternité.
D'origine juive, né Georges Jeankelowitsch au début des années 1930, la jeunesse de Georges Jeanclos est marquée par le trauma de la Shoah et la disparition de nombreux membres de sa famille. Apprenti auprès du sculpteur Robert Mermet, en 1947, à Cusset dans l'Allier, il intègre l'École nationale des Beaux-Arts de Paris en 1952. Grand prix de Rome en 1959, il réside durant quatre ans à la Villa Médicis, laquelle est alors dirigée par Balthus. De retour en France, il devient professeur à l'École supérieure des Beaux-Arts du Mans de 1965 à 1966 puis aux Beaux-Arts de Paris.
Humaniste, sensible aux souffrances de ses semblables, il développe un intérêt pour la spiritualité chrétienne, le bouddhisme zen dont les influencent se retrouvent dans ses créations. Son art emprunte également à la plastique des statues de terre étrusques. Georges Jeanclos emploie pour matériau de prédilection une terre grise, argile aux propriétés spécifiques. Ces personnages, visages lisses, crânes rasé, vêtus de tuniques, de draps, de linceuls, évoquent les figures des religieux, moines et ermites. Dans son atelier du quartier de la Bastille, il imagine en 1986 le portail de l'église Saint-Ayoul de Provins, orné de sculptures en bronze, puis en 1987 la grande porte en bronze du ministère des Finances de Bercy.
La fontaine du square René Viviani rend hommage au saint à qui est consacrée l'église qui se trouve dans le périmètre du square, l'un des plus anciennes de Paris. La légende hagiographique de Saint Julien l'Hospitalier est popularisée au Moyen-Âge grâce à "La Légende dorée" de Jacques de Voragine (vers1228-1298). Retiré du monde après avoir commis un parricide par accident, le noble Julien est devenu passeur de rive. Son épouse Basilisse et lui ont renoncé à leur statut social, à leurs biens. Ils ont fait vœux de pauvreté et d’humilité afin d'expier leurs péchés. Le couple mène une existence modeste et généreuse. Ils offrent l’hospitalité à ceux qui la demandent. Un soir d’orage, un mendiant lépreux se présente à eux pour traverser la rivière. Malgré le danger des flots déchaînés, Julien et Basilisse acceptent de l’aider sans contrepartie. A mi-chemin, le lépreux se découvre et leur révèle sa nature divine. La tempête se calme alors que Jésus apparaît auréolé de lumière. Il absout Julien et Basilisse de leurs péchés et leur promet le Paradis, la vie éternelle.
Fontaine sculpture saint Julien le Pauvre, oeuvre de Georges Jeanclos
Square René Viviani - Paris 5
Métro Saint Michel ligne 4
Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.


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