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| Crédit Tanguy |
Les années 1970, Sainte-Gudule, paisible commune de province. Suzanne Pujol, archétype de l'épouse modèle, mère au foyer dévouée, ménagère résignée, mène une vie sans aspérités en demi-teinte. Elle se languit dans une mélancolie douce entre confitures et petits poèmes. Sa propre fille la qualifie de potiche tandis que son fils est plus tendre. Robert Pujol, son mari, tyrannique, volage et méprisant, dirige d'une main de fer l'usine de parapluies transmise en héritage à Suzanne. Il fricote avec sa secrétaire Nadège et patron inique, parvient à excéder ses ouvriers. La grogne syndicale monte soutenue par le député-maire communiste. Climat social délétère. Une grève sans préavis éclate. L'arrogant Robert Pujol, séquestré, fait un malaise cardiaque et finit à l'hôpital. Le temps de son rétablissement, Suzanne se trouve propulser à la tête de l'usine et se révèle à elle-même. Cheffe d'entreprise innovante, humaine et performante, elle prend sa revanche sur son destin de femme empêchée. Robert qui peine à se remettre est vite dépassé par le renversement de situation, débordé par la prise de pouvoir des opprimés.
"Potiche", pièce de boulevard de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy, a été créée en 1980 avec Jacqueline Maillan dans le rôle de Suzanne. Adaptée au cinéma, en 2010, par François Ozon avec Catherine Deneuve, la comédie de moeurs trouve dans cette mise en scène signée Charles Templon, assisté de Félix Beaupérin, une nouvelle énergie libertaire. Cette dynamique, portée par Clémentine Célarié, rayonnante, nourrit un message féministe sur l'émancipation et la sororité.
La mise en scène alerte, rythmique de précision propre au boulevard joue avec les codes du genre, la rigueur de la direction de comédien où s'épanouit le chaos du vaudeville et les pas de côté modernistes. Charles Templon assume le kitsch tendance rétro, détourné au service du divertissement, grossit le trait jusqu'à la caricature pour notre plus grand plaisir. Dans un décor délicieusement désuet, intérieur bourgeois des années 1970 pensé par Nicolas Delas, le spectacle pétulant bouscule les conventions, dialogues corrosifs, répliques acérées et révélation des caractères.
Esprit de troupe, belle complicité, les comédiens habitent les personnages avec générosité, pleinement investis dans la fantaisie des joutes verbales. Dans le rôle de Suzanne, Clémentine Célarié, solaire et touchante, dynamisme inépuisable, remporte tous les suffrages. Philippe Uchan, prête ses traits à l'atrabilaire Robert Pujol, tyran au petit pied, jeu tout en précision, en finesse, en décalage subtil.
Hugo Bardin dans les atours de Paloma, reine couronnée de la première saison de Drag Race France en 2022, incarne avec beaucoup de fraîcheur cocasse, Nadège la secrétaire peu farouche. Il transpose son personnage de drag queen, extravagances, outrances réjouissantes, mimiques et gestuelle appuyées, dans une pièce de boulevard à la française que sa présence modernise avec beaucoup d'à-propos. Jérôme Pouly, est savoureux en député-maire communiste, poil-à-gratter des capitalistes. Dans les rôles des enfants, Benjamin Siksou, fils à maman, et Alexie Ribes, fille à papa, se révèlent tout aussi amusants.
Satire du monde bourgeois sur le déclin, l'humour et le propos avant-gardiste embrassent le charme d'une douce nostalgie. Les machos réacs en prennent pour leur grade et les femmes se délivrent du patriarcat. Hourrah !
Potiche
Jusqu'au 30 avril 2026
Mercredi, vendredi, 21h - Samedi 16h et 21h - Dimanche 17h
Avec Clémentine Célarié, Philippe Uchan, Hugo Bardin sous les traits de Paloma, Jérôme Pouly, Benjamin Siksou et Alexie Ribes
Mise en scène : Charles Templon assisté de Félix Beaupérin
Lumières : Denis Koransky assisté Mathilde Monier
Décors : Nicolas Delas
Costumes : Emmanuelle Youchnovski assistée de David Rossini
Création sonore : Côme Ranjard, Benjamin Siksou, Camille Vitté
Perruques : Dorian Jollet
Paloma sera remplacée dans le rôle de Nadège par Kameliya Stoeva sur toutes les représentations (sauf les dimanches) du 4 au 14 mars inclus
Théâtre Libre
4 boulevard de Strasbourg - Paris 10
Tél : +33 1 42 38 97 14
Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.




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