Paris : Palais de Tokyo, ancien Palais des Musées d'art moderne, résidence de deux institutions culturelles, le Musée d'art moderne de la Ville de Paris et le Palais de Tokyo Centre d'art contemporain - XVIe arr

 

Le Palais des Musées d'art Moderne, aujourd'hui Palais de Tokyo regroupant le Musée d'art moderne de la Ville de Paris et le centre d'art contemporain Palais de Tokyo, voit le jour dans le contexte de l'Exposition internationale des arts et des arts et des techniques appliqués à la vie moderne de 1937. Il s'agit de l'un des trois bâtiments pérennes édifiés à cette occasion, avec le Palais d'Iéna et le Palais de Chaillot, édifice d'Auguste Perret dont s'inspire l'esthétique du Palais de Tokyo dans une mesure moins monumentale. Édifié entre 1934 et 1937, il réunit dès sa création deux musées distincts dans un même ensemble architectural dessiné par les architectes Jean-Claude Dondel (1904-1989), André Aubert (1905-1987), Paul Viard (1880-1943), Marcel Dastugue (1891-1970). 

L'édifice, développé dans un axe perpendiculaire à la Seine, s'échappe en pente douce vers le fleuve. Les deux ailes reliées par un péristyle, malgré leurs volumes différents, offrent une illusion de symétrie grâce à la forme en demi-lune qui compense le biais de l'avenue du Président Wilson. La recherche de légèreté exprime la modernité de la composition. Finesse de la corniche, absence d'attique, alignement de colonnes lisses sans base ni chapiteau et choix de reliefs décoratifs détachés de toute fonction architecturale en témoignent avec élégance.







Dès 1932, le Musée du Luxembourg se révèle trop exigu pour les collections nationales d'art français depuis le Moyen-Âge. Le Musée des artistes vivants, installé, depuis 1879, au sein de l'Orangerie du Luxembourg ne remplit plus ses fonctions de conservation. Il est question d'édifier un nouvel espace muséal dédié. Le projet de la Cité des Musées d'Auguste Perret au Trocadéro, trop onéreux, est abandonné en 1934 avec la chute du gouvernement Daladier. L'État valide une proposition plus modeste réunissant deux institutions dédiées à l'art moderne, l'une nationale, l'autre municipale. Aile Est, le Musée d'art moderne de la Ville de Paris, permettra de désengorger le Petit Palais submergé par ses propres fonds. Aile Ouest, le Musée national d'art moderne accueillera les collections récentes du Musée du Luxembourg. 

Entre l'avenue du Président Wilson et le quai de Tokio, future avenue de New York, le terrain a connu un riche passé. La parcelle a été occupée par l'ancienne Savonnerie, Manufacture royale de tapis, installée en 1627, dont les ateliers sont transférés au sein de la Manufacture des Gobelins, en 1826. Le site réaffecté à la Manutention militaire se dote, en 1836, de nouveaux bâtiments, incendiés à deux reprises, en 1855 puis au cours de la Première Guerre Mondiale. 

Le concours pour le Palais des Musées de l'art moderne, ouvert en 1934, reçoit 128 candidatures parmi lesquels les propositions d'architectes tels que Tony Garnier (1869-1948), Le Corbusier (1887-1965) ou Robert Mallet-Stevens (1886-1945). C'est le projet de Jean-Claude Dondel (1904-1989), André Aubert (1905-1987), Paul Viard (1880-1943), Marcel Dastugue (1891-1970) qui est choisi.  







Le Palais des Musées d'art moderne voit le jour sur une parcelle de 2 hectares, caractérisée par 12 mètres de dénivellation. Cette échappée vers la Seine confère à l'ensemble un dynamisme particulier. Les dalles de pierre agrafées sur les façades recouvrent une structure de béton. L'édifice se compose de deux éléments indépendants. Un portique, piliers carrés d'un côté, colonnes lisses de l'autre, relie les deux musées, aile Est, le Musée d'art moderne de la Ville de Paris, aile Ouest, le Musée national d'art moderne. 

Les décors de bas-reliefs des remarquables portes de bronze, fondues par le ferronnier d'art Adalbert Szabo, sont l'oeuvre, d'André Bizette Lindet (1906-1998) pour le musée national, Gabriel Forestier (1889-1969) pour le musée municipal avec ses huit allégories en bronze doré, au fronton en bas-relief, "La Ville de Paris couronnant les arts", de Raymond Subes (1891-1970) avec reliefs de Louis Dideron (1901-1980).

Sur la terrasse supérieure, la statue "La France" d'Antoine Bourdelle (1861-1929), réalisée à l'origine pour un monument à la pointe de la Grave abandonné, est installée en 1948 à la place d'un Apollon de Charles Despiau (1874-1946), pas achevé à temps pour l'inauguration. 

En contrebas, de part et d'autre de l'escalier monumental, Alfred Janniot (1889-1969) exécute les bas-reliefs, "Allégorie à la gloire des Arts".  Sur les murs latéraux, des métopes de Marcel Gaumont (1880-1962) représentent Triton, trois Nymphes, Centaures, Éros, auxquels répondent ceux de Léon Baudry (1898-1978) Actéon, Hercules, Sirènes, la Chasse. Quatre nymphes signées Auguste Guénot (1882-1966), Léon Drivier (1878-1951), Louis Dejean (1872-1953) encadrent la pièce d'eau. Au centre, se trouve une vasque de Félix Fevola (1882-1953). Sur le parvis de l'avenue de New York, deux statues se font face, "Femme maure" d'Anna Quinquaud (1890-1984) et "Jeune vendangeuse" de Pierre Vigoureux (1884-1965). 






Le Palais des Musées d'art modernes s'endort durant la Seconde Guerre Mondiale. Les collections patrimoniales déplacées durant le conflit sont rapatriées à Paris à la Libération. L'ensemble désigné sous les noms de Palais de Tokio, puis Palais de New York, fait l'objet d'une nouvelle inauguration en 1947. 

Les collections du Musée national d'art moderne sont déplacées au Centre Pompidou, inauguré en 1977 et au Musée d'Orsay, inauguré en 1986. Durant vingt-cinq ans, diverses institutions s'installent provisoirement dans l'aile Est. Elle accueille le Musée d'art et d'essais, les réserves du Fonds national d'art contemporain, l'Institut des hautes études en arts plastiques, le Centre national de la photographie, la Fémis - anciennement Fondation européenne des métiers de l'image et du son, aujourd'hui École nationale supérieure des métiers de l'image et du son - de 1986 à 1996. 

Le projet de Palais du cinéma ou Palais des arts de l'image, combinaison de la Cinémathèque française, l'Institut national de formations aux métiers de l'image et du son, le Centre national de la photographie, est abandonné en 1998.
 
L'année suivante, est envisagé un centre d'art contemporain, le Palais de Tokyo, consacré au rayonnement de la création actuelle. L'institution, plus grand centre d'art en Europe, est inaugurée le 22 janvier 2002. 

Architecture du Palais de Tokyo
Musée d'art moderne de la Ville de Paris - Palais de Tokyo centre d'art contemporain
11 et 13 avenue du Président Wilson - Paris 16

Bibliographie
Paris Art déco. Immeubles, monuments et maison de l'entre-deux-guerres (1918-1940) - Gilles Plum - Collection Grammaire de la Ville dirigée par Claude Mignot - Éditions Parigramme
Le guide du patrimoine 16e arrondissement - Marie-Laure Crosnier Leconte - Éditions Parigramme