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| Crédit Sébastien Toubon |
Caroline et Adolphe sont mariés. Femme au foyer, mari aux affaires, le quotidien de ce couple bourgeois répond aux attentes d'une vie conjugale sans embûches. La naissance de leur premier enfant, Charles, bouleverse la dynamique. Le marmot devient la préoccupation majeure de Caroline en proie aux invasions d'une belle-mère interventionniste. Adolphe délaisse son épouse, se découvre une âme volage. Caroline, mélancolique, fait des scènes de jalousie. Adolphe adultère, elle envisage le voisin Ferdinand sous un nouvel angle, avec l'approbation de son mari.
Pierre-Olivier Mornas adapte pour la scène "Petites misères de la vie conjugale" d'Honoré de Balzac. Issu de deux recueils d'articles, florilèges publiés sous les titres de "Physiologie du mariage" et "Petites misères de la vie conjugale", ces textes ont suscité, lors de leur parution, tout d'abord le scandale avant de rencontrer le succès. L'ensemble revisité par Pierre-Olivier Mornas compose une mosaïque de saynètes indépendantes qui nous invite dans l'intimité du couple.
Regard lucide, acuité réjouissante, la pièce décrypte la psychologie du couple dans une introspection qui ne boude pas son plaisir du texte. Entre scènes de vie réjouissante et dynamique des ménages, le miroir tendu par Balzac à ses contemporains éclaire, regard lucide, acuité réjouissante, des marivaudages immuables. Le quotidien, l'argent, l'éducation, la représentation sociale, la fidélité, "Petites misères de la vie conjugale", depuis l'intime, élargit le propos pour embrasser l'universel. La citation de l'article 213 du Code civil, selon lequel le mari chef de famille doit protection à son épouse et tandis que celle-ci lui doit obéissance, replace au centre du propos les mœurs au XIXe siècle.
La sobriété de la mise en scène souligne la proximité du tandem de comédiens Alice d'Arceaux et Pierre-Olivier Mornas. Ils incarnent avec justesse et complicité les prises de bec comme la tendresse, leurs irritations silencieuses comme leurs éclats. À travers une narration fragmentée, la pièce dresse un tableau cocasse de la vie conjugale. Le texte s'amuse à décaler les stéréotypes que représentent Caroline et Adolphe. Il s'empare des archétypes, à une époque où la femme mariée est considérée face à la loi comme une mineure sous la tutelle de son mari. Dans "Petites misères de la vie conjugale", l'épouse idéale moins niaise qu'il n'y parait et l'époux plus manipulable qu'il n'aimerait le croire s'engagent dans des situations où la cocasserie semble familière malgré les deux siècles qui séparent les spectateurs de ce couple de fiction.
Les frustrations, la tendresse, les maladresses, les fourberies, les désillusions, les déconvenues, les mesquineries, prennent vie dans la précision du texte. Les répliques fusent, savoureuses. Les observations piquantes de Balzac au sujet de la société patriarcale, de la condition féminine, de l'institution du mariage et de la nature humaine nourrissent une narration à l'humour doux-amer. La malice y adoucit le cynisme. Échos contemporains, problématiques intemporelles, rien ne change tout à fait.
Petites misères de la vie conjugale
Prolongation jusqu'au 22 février 2026
Du mardi au samedi à 21h - Dimanche à 17h
À partir du 3 février vendredi et samedi à 21h et dimanche à 17h
D’après Petites misères de la vie conjugale et Physiologie du mariage d’Honoré de Balzac
Mise en scène et adaptation Pierre-Olivier Mornas
Avec Alice d'Arceaux et Pierre-Olivier Mornas
Assistante mise en scène : Émilie Chevrillon
Lumières : Alireza Kishipour
Théâtre de Poche Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse - Paris 6
Tél location : 01 45 44 50 21
Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.




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