Paris : Panthéon, temple républicain, nécropole des "Grands Hommes" au coeur du Quartier Latin - Ve arr

 

Le Panthéon de Paris, lieu de culte jamais consacré, est devenu monument laïc, nécropole des illustres, à l'instigation des révolutionnaires. Il abrite dans la crypte, les sépultures des grands personnages de l'Histoire de France, honorés par la Nation pour leur défense de la Patrie et des valeurs républicaines. Parmi les défunts remarquables se trouvent notamment Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Victor Hugo, Alexandre Dumas, Émile Zola, Jean Monnet, André Malraux, Missak et Mélinée Manoukian, Pierre et Marie Curie, Joséphine Baker, Simone Veil...

À la demande de Louis XV (1710-1774), l'architecte Jacques-Germain Soufflot (1713-1780) dessine les plans de l'église Sainte Geneviève, édifiée entre 1774 et 1790, qui deviendra Panthéon en 1791. Un dôme, haut de 83 mètres, inspiré du Tempietto de l’église San Pietro in Montorio de Rome, couronne le bâtiment, long de 110 mètres et large de 84 mètres. La façade principale se distingue par un portique aux colonnes corinthiennes, surmonté d’un fronton triangulaire, réalisé à la demande de Louis-Philippe, en 1837, par David d'Angers (1788-1856) où se lit l'inscription, "Aux Grands Hommes, La Patrie Reconnaissante". 







L'histoire du Panthéon, haut lieu de mémoire du quartier Latin, débute au milieu du XVIIIe siècle. En 1744, en pleine Guerre de Succession d'Autriche (1742-1748), Louis XV se trouve à Metz, auprès des troupes engagées sur le front de l'Est. Le 4 août, le souverain français tombe gravement malade au point d'envisager l'administration des derniers sacrements. Le roi fait le vœu de construire une église dédiée à sainte Geneviève, patronne de Paris, s'il se rétablissait. L'intervention d'un médecin messin juif, Isaïe Cervus Ullmann, dont le nom est un temps dissimulé, sauve le roi. 

Guéri, Louis XV s'engage auprès de la communauté de l'abbaye Sainte-Geneviève - aujourd'hui occupé par le lycée Henri IV - à remplacer leur sanctuaire vétuste par un lieu de culte d'envergure où recueillir la châsse reliquaire de Sainte Geneviève. Le trésor de la couronne asséché par les conflits européens, une loterie royale est organisée pour financer le chantier. 

En 1757, le choix de l'architecte se porte sur Jacques-Germain Soufflot (1713-1780), bien introduit en cour. Il imagine un ouvrage dont l'esthétique néo-classique emprunte à celle des temples romains antiques. La première pierre est posée le 6 septembre 1764. Soufflot décède en 1780 sans avoir mené à bout le chantier de l'église Sainte Geneviève. Ses collaborateurs Maximilien Brébion et Jean-Baptiste Rondelet prennent la relève et poursuivent les travaux durant. L'édifice achevé correspond, au final, peu à la vision première de Soufflot.







La Révolution fait dévier le destin de l'ouvrage. L'église à peine achevée, pas encore consacrée à sainte Geneviève, est réquisitionnée pour devenir un temple laïc, une nécropole destinée aux Grands Hommes de la Nation. Les révolutionnaires s'inspirent du Panthéon de Rome, temple dédié aux divinités antiques édifié au Ier siècle avant JC, reconstruit au IIe siècle après JC, devenu église au VIIe siècle, puis tombeau des illustres à partir du XVIe siècle. Le site du quartier Latin devient Panthéon de Paris. En 1791, le philosophe Voltaire (1694-1778) est le premier à être panthéonisé. Sous le Premier Empire, Napoléon Ier honore ses fidèles, militaires, magistrats, hommes politiques. Quarante-deux personnalités entrent au Panthéon sous son règne.

De mars à décembre 1851, le physicien et astronome Léon Foucault (1819-1868) mène, pour la deuxième fois, une expérience destinée à prouver la rotation de la Terre. Le pendule de Foucault constitué d'un filin long de 67 mètres et d'une boule de métal de 28 kg confirme par les déviations des oscillations la théorie du scientifique. Le dispositif originel est transféré au Conservatoire des arts et métiers. Le Panthéon conserve une réplique au coeur de la nef. 







Mausolée, lieu de mémoire et de recueillement citoyen, le Panthéon entretient également une vocation artistique avec ses nombreuses oeuvres. Les décors peints et sculptés sont postérieurs à l'achèvement de l'ouvrage en 1790. Sous le Premier Empire, Jean-Antoine Gros (1771-1835) réalise la fresque de la coupole qui représente tout d'abord Napoléon Ier. Lors de sa chute en 1814, inachevée, elle est modifiée et Louis XVIII remplace l'empereur. Le peintre François Gérard (1770-1837) exécute les fresques entre les piliers centraux. Elles représentent La Gloire, La Mort, La Patrie, La Justice. En 1902, le peintre Édouard Detaille (1848-1912) réalise une fresque en hommage aux batailles napoléoniennes, "La chevauchée de la Gloire". Aujourd'hui, le Centre des Monuments Nationaux, gestionnaire du site, organise des expositions d'art contemporain au sein du Panthéon. Désormais, certaines pièces contemporaines à l'instar des oeuvres d'Anselm Kiefer rejoignent les collections pérennes. 

En 1907, Marcellin Berthelot (1827-1907) chimiste, homme politique, est panthéonisé avec son épouse et collaboratrice Sophie Berthelot (1837-1907), également chimiste. Cette dernière est la première femme à entrer au Panthéon. 

En 1995, sur décision du président François Mitterrand (1916-1996), les scientifiques Pierre Curie (1859-1906) et Marie Curie (1867-1934) rejoignent la crypte du Panthéon. Marie Curie est la première femme honorée pour ses mérites personnels.







En 2015, Germaine Tillion (1907-2008), résistante et ethnologue, Geneviève de Gaulle-Anthonioz (1920-2002), résistante, militante des droits de l'Homme et nièce du général de Gaulle, Jean Zay (1904-1944), avocat, homme politique, assassiné par la milice, Pierre Brossolette (1903-1944), journaliste, homme politique et résistant.

En 2018 Simone Veil (1927-2017) et Antoine Veil (1926-2013).

En 2020, Maurice Genevoix (1890-1980), écrivain, poète.

En 2021, Joséphine Baker (1906-1975), chanteuse, danseuse, actrice, résistante d'origine américaine.

En 2025, Missak Manouchian (1906-1944) militant communiste, résistant, ouvrier et poète arménien réfugié en France, et Mélinée Manouchian (1913-1989) résistante et biographe de son époux, Robert Badinter (1928-2024), avocat, homme politique. 

Place du Panthéon - Paris 5
Horaires : Ouvert tous les jours - Du 1er avril au 30 septembre 10h - 18h30 / Du 1er octobre au 31 mars 10h - 18h/ Les premiers lundis ouvrés de chaque mois ouverture à 12h
Métro Ligne 10 - Station Maubert-Mutualité / Ligne 7 - Station Place Monge



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.