Ailleurs : Domaine départemental de Chamarande, une propriété historique au coeur de l'Essonne, un parc labellisé jardin remarquable et un château du XVIIe siècle en pleine restauration


Le domaine de Chamarande, propriété du département de l'Essonne, s'illustre par la beauté de son patrimoine historique, autant bâti que paysager. Niché entre la forêt du Belvédère et la vallée de la Juine, il jouit d'un cadre exceptionnel à 39 kilomètres de Paris, 9 kilomètres au Nord-Est d'Étampes. Le site abrite le dépôt principal des archives départementales de l'Essonne, un centre d'art contemporain placé sous la direction du FDAC 91, Fond d'art contemporain de l'Essonne, créée en 2001. Les expositions organisées chaque année se tiennent au sein de l'Orangerie. Le parc, vaste de 98 hectares, est ouvert au public toute l'année. Labellisé Jardin remarquable, il a été redessiné à l'anglaise, esprit XVIIIe siècle, sous la houlette de Jacques Sgard (né en 1929) paysagiste et urbaniste de renom, dans les années 1990.

Le château de Chamarande, élégante bâtisse de style Louis XIII, se trouve fermé au public depuis 2023, pour des raisons de sécurité. La restauration du domaine mené par le département de l'Essonne en collaboration avec la Fondation du patrimoine, doit débuter en janvier 2026 pour un budget estimé de 10 millions d'euros. Le projet a fait l'objet ,courant 2025, d'un appel aux dons citoyens, dont l'objectif était de 150 000 euros. Le financement final inclura les subventions accordées par les partenaires, l'État, la Direction générale des affaires culturelles et la Région Île de France. 







En 1654, Pierre Mérault, fermier des gabelles, secrétaire du roi Louis XIV, se porte acquéreur d'une propriété à Bonnes - nom originel de Chamarande. Le domaine conserve les vestiges d'un château médiéval du IXe siècle et un modeste hôtel seigneurial, édifié au début du XVIIème siècle pour François Miron (1566-1609), prévôt des marchands de Paris. Anne de Baillon, veuve de Miron, entreprend des extensions avec la création de deux pavillons. Mais la Fronde met fin au chantier et dévaste le domaine en 1652.

Fraîchement anobli, Pierre Mérault devient vicomte de Chateau Fort, seigneur de Gif, Bonnes, Vaucelas, Villeconin, Etrechy. Afin d'établir son nouveau statut, il commande la construction d'un château sur les fondations du précédent hôtel seigneurial. Les plans sont attribués à Nicolas de Lespine, architecte du roi. Développé dans un style Louis XIII, la noble résidence se compose d'un quadrilatère couronné de combles mansardés et entouré de douves, logis flanqué de communs. À l'entrée de la cour d'honneur, se trouvent les deux pavillons achevés. L'un abrite la chapelle à coupole de style baroque, qui dispose d'un décor de stuc attribué au sculpteur Louis Lerambert et deux vitraux importants. Trois-cents ormes sont plantés le long de l’allée d’honneur dans l'axe principal du château.

En 1684, Clair Gilbert d'Ornaison (1621-1699), premier valet de chambre du roi Louis XIV, dont la famille est propriétaire d'un domaine "Chalmazel" en Forez, à proximité de Lyon, achète la propriété. En 1685, il obtient par ordonnance royale l'autorisation d'appeler l'ancien village de Bonnes, érigé en comté, Chamarande. Brièvement confisqué à la Révolution, le domaine demeure dans la famille d'Ornaison Talaru jusqu'en 1850. 

En 1737, le domaine revient à un cousin germain, Louis de Talaru. Celui-ci confie la modification du parc à l'architecte paysagiste Pierre Constant d'Ivry (1698-1777). Il imagine un jardin à l'anglaise ponctué de fabriques, un buffet d'eau, une orangerie, un jeu de l'oie, une glacière. Au milieu du XVIIIe siècle, l'évolution du parc est marquée par la création d'une pièce d'eau et de son île, transformations attribuées à Hubert Robert (1733-1808), peintre et créateur de jardins. Louis Justin Marie de Talaru (1769-1850), dernier des marquis de Talaru, vingt-cinquième seigneur de Chalmazel, pair de France, ambassadeur et maire de Chamarande meurt en 1850 sans héritier.







Sous le Second Empire, le domaine connait un renouveau sous l'influence de son propriétaire depuis 1857, Jean Gilbert Victor Fialin, duc de Persigny (1808-1872), diplomate et ministre de l'intérieur de Napoléon III. Le parc est confirmé dans ses inflexions romantiques. De nouveaux bouquets d'arbres sont plantés à travers le parc. Un mur d'enceinte est construit et une En 1862, le duc de Persigny donne, en son domaine, une fête somptueuse à l'occasion de l'anniversaire de l'impératrice Eugénie.

En 1876, Anthony-Aristide Boucicaut (1839-1879), fils d'Aristide Boucicaut (1810-1877), fondateur du Bon Marché, acquiert la propriété. Au sein du château, il fait aménager la salle à manger des chasses dans un style néo-Renaissance rehaussé de boiseries, oeuvres de l'ébéniste Henri-Auguste Fourdinois ainsi qu'un chenil en annexe. Il supervise la création d'une ferme modèle dans le parc sur les terrains libérés par l'asséchement et le défrichement de plusieurs dizaines d'hectares de marais. En 1881, sa veuve, Alice Eugénie Ybert Boucicaut (?-1887), épouse en secondes noces le docteur Laurent Amodru (1849-1930), maire de la commune de Chamarande, à partir de 1880 et jusqu'à son décès, député de Seine-et-Oise dès 1914.

En 1922, il vend le domaine, tout en conservant l'usufruit, à Marthe Céline Dervaux Thome (1883-1948), veuve de l'homme politique et entrepreneur André Thome (1879-1916), mort au champ d'honneur lors de la bataille de Verdun. Le domaine de Chamarande accueille le centre de formation des cadres des Scouts et Guides de France, de 1922 à 1951. 

Durant la Seconde Guerre Mondiale, le château est occupé par les Allemands puis investi par les Alliés, notamment les troupes américaines. La majorité des archives du domaine disparaissent à cette époque. Une partie du parc est inscrit au titre des Monuments historiques par arrêté du 23 février 1955.







En 1957, Auguste Mione (1898-1982), est le dernier propriétaire privé du domaine de Chamarande. Originaire d'Italie, opposant au fascisme, introduit dans les milieux politiques, il fonde la Construction moderne française (CMF). En tant qu'entrepreneur de travaux publics, il défend une architecture moderniste. Son entreprise participe notamment au chantier de la Cité Radieuse à Marseille. Auguste Mione installe le siège de son entreprise au sein du domaine de Chamarande, bureaux au château, logements dans les dépendances. Il fait édifier de nouveaux ensembles emblématiques des années 1960, témoins de ses ambitions sociales et éducatives, à l’instar du centre médico-social et des villas, désormais lieux de résidence d’artistes et d’hébergement des classes essonniennes. La Construction moderne française est en liquidation judiciaire en 1972. Le conseil général de l'Essonne s'en porte acquéreur en 1978.

Le 23 juillet 1981, château et annexes du XVIIIe siècle sont classés aux Monuments historiques. À la fin des années 1990, les Archives départementales de l'Essonne placent un silo souterrain de huit étages dans la cour du château. Un centre d'art contemporain ouvre en 2001 à l'initiative de Dominique Marchès, fondateur du centre d'art de Vassivière. Désormais des oeuvres ponctuent le parc et des expositions sont organisées chaque année au sein du domaine, notamment à l'Orangerie. 

Domaine départemental de Chamarande
38 rue du Commandant Arnoux - 91730 Chamarande
Tél : 01 60 82 26 57
Horaires : Ouvert toute l’année : janvier : 9h-17h / février-mars : 9h-18h / avril-mai : 9h-19h / juin-septembre : 9h-20h / octobre : 9h-18h / novembre-décembre : 9h-17h
Entrée libre et programmation gratuite



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.