Ailleurs : Musée Zoologique de Strasbourg, une institution propice au dialogue entre les sciences et la société

 

Le Musée Zoologique de Strasbourg, lieu de connaissance, de transmission des savoirs, interroge la place de l'être humain au sein du vivant et porte la parole scientifique. Institution du réseau des onze musées de la ville de Strasbourg, il s'attache à nouer des dialogues entre les sciences et la société. Fermé en septembre 2019, il a fait l'objet d'une vaste campagne de rénovation dans le cadre du projet "Opération campus" mené par l'État, la création d'un pôle muséal sur le campus universitaire. La réinvention du Musée Zoologique a été financée à 50% par l'État, 20% par la Ville pour un budget total de 18,5 millions d'euros, Le Planétarium livré en 2023, les Musée de Minéralogie, Musée de Paléontologie, Musée de Sismologie demeurent en cours de rénovation.

À la suite de six années de travaux, le Musée Zoologique de Strasbourg a rouvert ses portes le 19 septembre 2025. Outre l'adaptation aux normes de sécurité, d'accessibilité, cette réinvention en profondeur propose de faire entrer le musée de classification hérité du XIXe siècle dans le XXIe siècle avec une nouvelle muséographie conceptuelle qui privilégie la narration. Le nouveau dispositif intégre esthétique moderne, scénographie contemporaine adaptée aux jeunes publics et préserve les éléments patrimoniaux emblématiques.

L'institution conserve dans ses réserves près de 1,2 millions de spécimens, parmi lesquels 900 000 insectes, 10 000 mammifères, 18 000 oiseaux, 5 000 reptiles, 200 000 mollusques. Aujourd'hui, la refonte de la muséographie offre la possibilité de présenter 1 800 pièces au public au gré d'un parcours repensé, animaux naturalisés, spécimens conservés en bocal dans du formol, fossiles, plantes et minéraux. La nouvelle scénographie en prise directe avec les problématiques actuelles, les enjeux, environnementaux, écologiques ponctue la visite de modules pédagogiques schémas, cartes, vidéos et jeux ainsi que d'espace de médiation adaptés aux scolaires. Les cartels sont disponibles en trois langues, français, anglais, allemand. 







Au XVIIIe siècle, le médecin et naturaliste Jean Hermann (1738-1800) réunit des collections présentées dans le cadre de son cabinet d'histoire naturelle à Strasbourg. Membre de nombreuses sociétés savantes, il correspond avec un réseau de scientifiques, à l'instar de Georges Cuvier, Carl von Linné ou Alexander von Humboldt. Au lendemain de son décès, sa famille vend cabinet à la Ville en 1804 qui entend préserver l'intégrité de la collection. L'Académie de Strasbourg, en charge de son entretien, multiplie acquisitions, dons, échanges, afin de créer un musée d'histoire naturelle.

À l'issue de la guerre franco-prussienne de 1870, l'Alsace-Lorraine est annexée par l'empire allemand. L'administration allemande fait construire un nouveau musée dans le quartier de la Neustadt, quartier des université, bâtiment édifié entre 1890 et 1893 sur les plans de l'architecte Otto Warth (1845-1918). Le conservateur, puis directeur Ludwig Döderlein (1855-1936), zoologiste et paléontologue allemand, obtient des financements importants qui lui permettent de développer l'institution composée de l'Institut de Zoologie et son musée. Ils mènent alors une mission de recherche, de pédagogie, d'enseignement. 

En 2019, la réinvention du Musée Zoologique de Strasbourg est confiée au cabinet d'architecte Freaks, représenté par Guillaume Aubry, en collaboration avec l'agence Ducks Sceno pour la muséographie. Ces transformations s'inscrivent dans le cadre d'une mission : "sensibiliser les générations futures aux enjeux environnementaux". Les deux studios se sont attachés à préserver le caractère, l'atmosphère singulière de l'institution, conservant les parties historiques, façade néorenaissance, escaliers, parquets, et repensant les surfaces d'exposition. La surface d'exposition repensée, cloisons déplacées, a presque doublé, atteignant les 2000m2. 

Dans le hall d'entrée, les peintures murales d'origine attribuées à Georg Hacker (1865-1945) et Anton Seder (1850-1916) représentent la jungle et les fonds marins. Le décloisonnement de la cage d'escalier patrimoniale a permis d'exposer le squelette reconstitué d'une baleine à bac, bérardie d'Arnoux, acquis en 1906 en Nouvelle Zélande par l'entremise d'un négociant britannique. Les volumes libérés sont désormais occupés par une structure d'acier haute de 18 mètres, spectaculaire "hall de la biodiversité", galerie d'exposition verticale sur trois étages qui présente un riche panorama des collections.  







Les premières salles convoquent le souvenir de l'ancien cabinet d'histoire naturelle de Jean Hermann. La galerie des oiseaux réunit 600 spécimens présentés dans des vitrines de bois. Elle témoigne de la classification classique des espèces.

Le coeur du parcours se compose désormais de trois espaces d'exposition semi-permanente, renouvelés tous les quatre ou six ans. Aujourd'hui, un cyclorama au fil des saisons éclaire l'écosystème du Rhin supérieur, les espèces locales sur les berges du fleuve aménagé par l'Homme. Une deuxième salle évoque le biotope de la baie de Sagami, préfecture de Kanagawa au Japon, et un troisième chapitre l'étude des insectes - moustiques et abeilles - en laboratoire. Ces espaces évolutifs proposent des présentations en prise avec l'actualité des dernières découvertes et avancées de la recherche, les préoccupations environnementales comme sociétales.

Les architectes ont développé sept salles "totem" autour d'une pièce iconique, à l'instar d'un rare spécimen de cœlacanthe africain, acquisition de 1967, exposé dans son aquarium. Cette espèce relique en voie de disparition présente une morphologie similaire à l'ancêtre des vertébrés terrestres avec les vestiges d'un poumon ancestral. La présentation thylacine et le grand pingouin, deux espèces éteintes, le morse et l'éléphant de mer austral, le crocodile du Nil ou encore le jeune éléphant l'un des rares grands spécimens rescapés des bombardements de 1944 s'inscrit dans ce cadre. 







Sept salles "totem" ont été développées, chacune autour d'une pièce iconique, à l'instar d'un rare spécimen de cœlacanthe africain, acquisition de 1967, exposé dans son aquarium. Cette espèce relique en voie de disparition présente une morphologie similaire à l'ancêtre des vertébrés terrestres avec les vestiges d'un poumon ancestral. La présentation thylacine et le grand pingouin, deux espèces éteintes, le morse et l'éléphant de mer austral, le crocodile du Nil ou encore le jeune éléphant l'un des rares grands spécimens rescapés des bombardements de 1944 s'inscrit dans ce cadre. 

Tout un espace est consacré à la collection de 58 modèles de verre plantes et invertébrés marins réalisés au XIXe siècle. Ces pièces remarquables ont été soufflées par les artisans verriers, allemands d'origine tchèque, Léopold Blaschka et son fils Rudolf Blaschka à des fins pédagogiques d'après les planches naturalistes d'Ernst Haeckel. Les salles totem sont tapissées de papiers peints à la main par le studio FormaBoom qui s'inspirent du concept des dioramas. Les dessins de l'artiste Tomi Ungerer et les illustrations naturalistes de Valentine Plessy complètent le dispositif.

Le Musée Zoologique de Strasbourg a également aménagé des galeries dédiées aux rencontres avec les chercheurs, une ostéothèque, bibliothèque d'os, et une salle destinée à leur consultation. 

Musée Zoologique de Strasbourg 
29 boulevard de la Victoire - 67000 Strasbourg
Tél : +33 3 68 85 04 85
Horaires : Du mardi au dimanche - De 10h à 13h et de 14h à 18h en semaine - De 10h à 18h le week-end - Fermé le lundi
Tarif plein : 9 euros - Tarif réduit : 4,50 euros



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.