Expo Ailleurs : De Manet à Kelly, l'art de l'empreinte - Fondation Pierre Gianadda - Martigny - Suisse - Jusqu'au 14 juin 2026

La Madone (1895-1902) - Edvard Munch (1863-1944) 

L'exposition "De Manet à Kelly, l'art de l'empreinte", à la Fondation Pierre Gianadda de Martigny en Suisse, présente 178 oeuvres, gravures sélectionnées parmi les 2 500 estampes qui constituent le fonds conservé par l'INHA, Institut national de l'histoire de l'art. Elle éclaire sous un angle inédit trois siècles d'estampe, du XIXe au XXIe siècles, dans une mise en regard entre des épreuves d'époque et de style différents. Les propos variés politique comme esthétique, les pièces intimes, quotidiennes, universelles, empruntent des voies créatives de la figuration à l'abstraction, du réalisme à la fiction. 

L'épure chamarrée d'Ellsworth Kelly (1923-2015) croise le modernisme des lithographies d'Édouard Manet (1832-1883). Le peintre capture le mouvement avec "Les courses" d'après son tableau de 1864. L'abstraction radicale des sérigraphies de Vera Molnár (1924-2023) dialoguent avec les eaux fortes de Francisco de Goya (1746-1828), les fantaisies de la série "Les Caprices" et "Disparates". Les gravures expressionnistes de Käthe Kollwitz (1867-1945), qui évoquent avec force la condition ouvrière et les révoltes populaires.  
 

Henri de Toulouse-Lautrec - La loge au mascaron doré (1893) - La petite loge (1897)
L'Anglais Warrener au Moulin Rouge (1892)

Paul Cézanne - Le bain / Odilon Redon - Béatrice (1897) / Jeanne Bardey - Supplication /
Henri de Toulouse Lautrec "Miss Loïe Fuller"

Jeanne Bardey - Nu


Henri Matisse - Grande Odalisque à la culotte bayadère (1925)

Entre 1906, Jacques Doucet (1853-1929), grand couturier et mécène initie une collection d'estampes dont il fait un don, en 1917, à l'Université de Paris. Cet ensemble témoigne de son goût personnel, Francisco de Goya (1746-1828), Édouard Manet (1832-1883), Mary Cassatt (1844-1926), Henri Matisse (1869-1954), Georges Braque (1882-1963). La sélection constitue le premier fonds du Cabinet d'estampes modernes de la Bibliothèque d'art et d'archéologie. Depuis le fonds s'est enrichi au gré d'acquisitions d'oeuvres contemporaines. 

À la Fondation Gianadda, l'exposition rapproche ces pièces dans une sélection, riche panorama, qui court du XIXe à nos jours. Échos conceptuels, résonances esthétiques, les rapprochements rendent compte des sensibilités. Les co-commissaires, Victor Claass, coordinateur scientifique au département des Études et de la Recherche de l’INHA, et Eléa Sicre, chargée de collection Estampes XIXe-XXIe siècles au département de la Bibliothèque et de la Documentation de l’INHA, passeurs doués, dont l'érudition se double de dispositions naturelles pour la transmission, ont imaginé un parcours thématique. Le dialogue entre les gravures témoigne du vaste éventail des pratiques, des techniques, des expériences plastiques.


Chapitre Paysages

Hommages à Mallarmé : Paul Gauguin - Ellsworth Kelly - Edvard Munch
Hommages à Berthe Morisot : Marcellin Desboutin - Edouard Manet

Chapitre Situations

Félix Valloton - Le Bon Marché (1893) La Modiste (1893)

Mary Cassatt - L'enfant aux pieds nus

Au XIXe siècle, la gravure, une pratique longtemps déconsidérée du fait de la production en série des épreuves, parfois qualifié d'art mineur, connait retour en grâce par le biais des grandes figures de l'art moderne. Ils y puisent l'inspiration, véritable laboratoire graphique. Au cours des années 1990, l'estampe retrouve les faveurs des artistes contemporains et des collectionneurs. 

Léonard Gianadda (1935-2023), homme d'affaires, promoteur immobilier, mécène et fondateur de la Fondation Pierre Gianadda, devient membre de la Société des amis de la Bibliothèque d'art et d'archéologie. Il finance la restauration nécessaire de 3000 pièces de la collection et l'acquisition de nouvelles pièces. "De Goya à Matisse. Estampes de la collection Jacques Doucet", exposition inaugurée en 1992, à la Fondation octodurienne, témoigne de ce généreux engagement. 

En 2022, date anniversaire, l'INHA et la Fondation Gianadda s'associent à nouveau pour organiser un évènement afin de présenter les acquisitions ainsi que les fruits des recherches les plus récentes. 



Jean-François Millet - Le Semeur (1851) - Les Glaneuses (1855-1856)
Vincent Van Gogh - Paysan brûlant des herbes (1883) - Homme bêchant (1882)

Edouard Manet - Le toréador mort (1873)

Edouard Manet - L'exécution de Maximilien (1868-1869) - La barricade (1871)

Terry Haass - Matières Espace (1972)

Le parcours libre de l'exposition "De Manet à Kelly, l'art de l'empreinte" rapproche les oeuvres par affinités thématiques. Cette transversalité souligne la créativité renouvelée des artistes présents dans cette collection à caractère unique. Traitement du sujet, composition graphique, choix initial de la technique et du support, la scénographie en onze chapitres rend compte du dynamisme de la pratique

La première étape, "Figures" se caractérise par la variété des formes et des textures, "Nu de dos" d'Henri Matisse, "Miss Loïe Fuller" d'Henri de Toulouse Lautrec (1864-1901) ou encore les belles aquatintes de Jeanne Bardey (1872-1954), artiste retombée dans l'oubli. La séquence "Regards" associe dans un même sentiment d'intimité Camille Pissarro (1830-1903), Paul Gauguin (1848-1903), Edouard Manet, Pierre Gatier (1878-1944). La section "Paysages" déploie les estampes japonisantes d'Henri Rivière (1864-1951) aux côtés des deux artistes suisses Alice Bailly (1872-1938) et Berthe Züricher (1869-1949). Paul Cézanne (1839-1906) et Vera Molnár capturent la Montagne Sainte Geneviève. 

Paul Gauguin, Ellsworth Kelly, Edvard Munch gravent des hommages à Stéphane Mallarmé (1842-1898) que viennent compléter des portraits des compositeurs, Gustave Malher (1860-1911) et Maurice Ravel (1875-1937). Les portraits de Berthe Morisot (1841-1895) s'encrent sous les stylets de Marcellin Desboutin (1823-1902) et Édouard Manet. Le chapitre "Situations" livre scènes de rue, quotidien sur les boulevards, les grands magasins et les métiers, avec des oeuvres signées Félix Vallotton (1865-1925), Pierre Gatier, Félix Buhot (1847-1898), Amédée Joyau (1872-1913). 

La section "Combats" convoquent les luttes sociales, les guerres, la mort et la vie difficile du peuple. La série "Guerre des Paysans" (1901-1908) de Käthe Kollwitz (1867-1945) avec notamment "Le laboureur" (1907), eau forte à la pointe sèche, se distingue par son intensité à laquelle répondent les paysans aux champs de Vincent Van Gogh (1853-1890). "La barricade", "La guerre civile", "Le torero mort" d'Édouard Manet complètent le propos. 


Francisco de Goya

Francisco de Goya - Paul Klee

Ellsworth Kelly /Vera Molnàr - Fissions I, II, III (1985) / Edvard Munch - Anxiété (1894)

Ellsworth Kelly - Image en papier coloré III (Courbes bleue noire)

Joan Mitchell - Champ (Red) (1990) / Champ (Green) (1990)

La cellule "Visions" associe Francisco de Goya à la série des "Songes" d'Odilon Redon, "Le Sommeil" d'Eugène Carrière et trois épreuves de la suite "Matières Espace" (1972) de Terry Haass (1923-2016). 

Une bulle consacrée aux fenêtres laisse le regard vagabonder ailleurs, le temps d'une rêverie, avec notamment Eugène Viala (1859-1913). Le pan "Énergies" réunit Ellsworth Kelly (1923-2015), Vera Molnár (1924-2023) et Edvard Munch (1863-1944), graphisme affuté, puissance chromatique. 

L'exposition se poursuit dans le couloir qui conduit au sous-sol avec un espace pédagogique sur les différentes techniques de la gravure - eau-forte, lithographie, sérigraphie, aquatinte etc. Elle s'achève dans le déploiement vibrant d'acquisitions récentes de pièces contemporaines, Vera Molnár, Takesada Matsutani (né en 1937), Zao Wou-ki (1920-2013), Joan Mitchell (1925-1992).

De Manet à Kelly, l'art de l'empreinte
Jusqu'au 14 juin 2026 

59 rue du Forum - 1920 Martigny - Suisse
Tél : +41 27 722 39 78
Horaires : Ouvert tous les jours - De juin à novembre de 9 h à 18h - De novembre à juin de 10h à 18h



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.