Expo : Manga. Tout un art ! - Musée Guimet - Jusqu'au 9 mars 2026

 

L'exposition "Manga. Tout un art !", qui se tient au Musée Guimet jusqu'au 9 mars 2026, replace une production iconique de la culture populaire au coeur d'une tradition graphique millénaire. Genre littéraire à part entière, les noms les plus fameux ont conquis le grand public, avec des séries telles que "Fairy Tail", "Dragon Ball", "Naruto", "One piece", "Demon Slayer", "L'attaque des Titans". Initiation non-exhaustive, l'exposition "Manga. Tout un art !" s'attache à attirer de nouveaux visiteurs au sein du Musée Guimet. À l'occasion de cette manifestation, l'institution parisienne ouvre ses portes pour la toute première fois à la bande-dessinée. Le terme manga, diffusé en France par Edmond de Goncourt (1822-1896) dans son ouvrage publié en 1896, "Hokousaï : l'art japonais au XVIIIe siècle", mot alors orthographié "mangwa", signifie "dessin spontané", "image dérisoire" en japonais. L'essor du manga en France à partir des années 1990 s'inscrit dans le prolongement du mouvement de reconnaissance de la bande-dessinée en tant qu'art, dès les années 1960, suivi par la création du festival d'Angoulême en 1974.

L'exposition chronologique et thématique réunit six-cents oeuvres, cent-trente planches originales, sculptures, manuscrits, estampes. Les co-commissaires de l’exposition Didier Pasamonik, éditeur, directeur de collection, journaliste, historien de la bande dessinée et Estelle Bauer, conservatrice de la section Japon au Musée national des arts asiatiques-Guimet et maître de conférences à l’Institut national des langues et civilisations orientales, ont puisé estampes, rouleaux, livres illustrés dans les collections patrimoniales du musée pour dialoguer avec les planches issues de collection privées. 







Apprécié de nos jours, au-delà de son aspect divertissant, pour ses qualités plastiques, littéraires, le manga se trouve à la frontière entre art et industrie. L'exposition "Manga. Tout un art", déployée sur trois niveaux du Musée Guimet, remonte aux sources d'une pratique ancrée dans l'imaginaire collectif d'un pays. La première étape, "Avant les mangas" convoque les origines, les productions variées, à l'instar de l'art traditionnel du Kamishibai, théâtre de rue ambulant. Le conteur fait défiler des images devant les spectateurs pour illustrer son propos. 

En parallèle, les rouleaux enluminés japonais, les emakis hérités de l'époque de Nara, au VIIIe siècle, inventent la narration horizontale illustrée. Au Musée Guimet, deux rouleaux du XIXe siècle, de la série Histoire du temple Dōjō-ji, temple bouddhiste japonais de l'école Tendai à Hidakagawa, au Sud de l'île de Honshū, évoquent les aventures d'une femme amoureuse éconduite d'un moine qui se transforme en dragon à défaut de conquérir le cœur du bonze. Ces oeuvres d'une troublante modernité associent illustrations, dialogues, narration.

Les romans chinois de tradition orale influencent les livres illustrés japonais, les yomihon de l'époque d'Edo (1603-1867), à travers lesquels les dessins prennent une dimension inédite. Peuplés de figures familières, guerriers, fantômes, yokai, princesses et sorcières, ils s'inspirent du folklore, divinités bouddhistes, shintoïstes telles que les kamis, des légendes et des aventures héroïques. 








Le Musée Guimet consacre toute une salle à "La Grande vague de Kanawaga" (1830), estampe d'Hokusai (1760-1849), caractérisée par l'utilisation du bleu de Prusse. Élément le plus célèbre de la série "Les Trente-six vues du mont Fuji", ensemble dessiné entre 1831 et 1833 qui compte 46 estampes, "La Grande Vague" sera reproduite entre 5000 et 8000 fois. Boudée par les Japonais, elle séduit les Occidentaux par sa puissance d'évocation, une lisibilité qui préfigure la ligne claire d'Hergé exprimée en 1932 dans l'album "Tintin et les cigares du pharaon". Le Musée Guimet conserve deux tirages dont l'un au coeur de cet espace immersif posé en regard avec des productions contemporaines inspirées par "La Grande Vauge", planches de Milo Manara, de Coco, de Jean Van Hamme ou bien une robe Dior couture, de 2007, par John Galliano. 

Au sous-sol du Musée Guimet, la section la plus importante de l'exposition interroge les origines du manga à la fin du XIXème siècle. Le genre connait alors ses prémices dans la presse satirique. Un Anglais et un Français considérés comme les pères fondateurs des mangas modernes introduisent la caricature sociale et politique au Japon. Charles Wirgman (1832-1891), caricaturiste et illustrateur anglais, s'installe dans l'archipel nippon en 1861, en tant que correspondant de l'Illustrated London News. Il créé l'un des premiers magazines humoristiques, Japan Punch, mensuel diffusé de 1862 au printemps 1887. Il réside à Yokohama où il est rejoint en 1881 par Georges Bigot (1860-1927), caricaturiste et illustrateur français. Ce dernier édite la revue satirique Tôbaé à partir de 1887. 

Les récits graphiques, Kawanabe Kyōsai (1831-1889) embrassent ce mouvement de la caricature politique. Animaux anthropomorphes, humour absurde, fantaisie s'invitent au gré des récits. Au début du XXe siècles, les personnages fondateurs du genre manga moderne voient le jour, Norakuro, chien anthropomorphe créé par Suihō Tagawa en 1931 et surtout Astro Boy - Tetsuwan Atomu. Ce robot humanoïde né sous le crayon d'Osamu Tezuka (1928-1989), est le héros d'une série publiée entre 1952 et 1968, premier manga shōnen à conquérir un lectorat international. Osamu Tezuka, "dieu du manga", "Disney japonais", s'illustre également en tant que pionnier de l'animation japonaise. 






Dès la fin des années 1950, puis des années 1960 à 1970, le courant gekiga emprunte des thématiques plus dramatiques, plus matures, vie des samouraïs, code du bushido à l'instar d'Hiroshi Hirata (1937-2021), auteur de "L'âme du Kyudo", Sanpei Shirato (1932-2021) "Ninja bugeicho", "Sasuke", "Kamui-den". Yoshiharu Tsuge (né en 1937), influencé par l'esthétique du cinéma français en particulier la Nouvelle Vague produit "L'homme sans talent", "Li-san ikka", "Akaihana Neijishihi". Takao Saito (1936-2021) dessine "Golgo 13", l'histoire d'un tueur à gages, manga le plus long de l'histoire entré au Livre Guinness des records en avril 2021.

Les mangas de science-fiction deviennent l'expression du trauma de la Seconde Guerre Mondiale, la bombe atomique, Hiroshima et Nagasaki. Peuplées de figures monstrueuses, kaijū, à l'instar de Godzilla, lézard géant réveillé par les essais nucléaires dans le Pacifique, créé pour le cinéma par le producteur Tomoyuki Tanaka et le réalisateur Ishirō Honda pour le studio Tōhō, ces productions convoquent des imaginaires apocalyptiques. Dans le genre seinen, manga destiné aux jeunes adultes, hommes, "Akira" de Katsuhiro Ōtomo publié de 1982 à 1990, témoigne d'une forme de contre-culture.

Le genre shōnen, destiné aux jeunes garçons, tient le haut du pavé avec Leiji Matsumoto auteur de "Capitaine Albator", Tsugumi Ohba et Takeshi Obata "Death Note", Akira Toriyama auteur de "Dragon Ball", Tsukasa Hōjō "City Hunter" - "Nicky Larson" en français - Hajime Isayama "L'Attaque des Titans", Eiichirō Oda "One Piece", Hiromu Arakawa "Fullmetal Alchemist", Masashi Kishimoto "Naruto", Hirohiko Araki "JoJo's Bizarre Adventure", Masami Kurumada "Saint Seiya" - "Les chevaliers du zodiaque" en français - Tite Kubo "Bleach".

L'exposition consacre un espace modeste aux mangas shōjo, formaté pour les jeunes filles, public adolescent de collégiennes et de lycéennes. Le plus réputé à l'international, "La rose de Versailles" - en France, "Lady Oscar" - a été imaginé par Riyoko Ikeda (née en 1947) entre 1972 et 1973 et pré-publié dans le magazine "Shūkan Margaret" de Shūeisha, maison d'édition japonaise fondée en 1925, spécialiste des magazines consacrés aux mangas. Oeuvres genrées apparues dans les années 1980, les josei mangas s'adressent aux jeunes adultes, femmes, avec des thématiques plus réalistes, plus crues également. 

L'exposition se conclut sur la mode avec les influences de l'esthétique manga sur les robes de haute couture. Anecdote savoureuse, l'affiche de l'exposition a été réalisée par un mangaka français, Reno Lemaire (né en 1979), auteur de la série "Dreamland". 

Manga. Tout un art !
Jusqu'au 9 mars 2026

6 place d’Iéna - Paris 16
Tél : 01 56 52 54 33
Horaires : Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.