Expo Ailleurs : Épopées graphiques. Bande dessinée, comics, manga - Musée de Grenoble - Jusqu'au 19 avril 2026

 

"Épopées graphiques. Bande dessinée, comics, manga", au Musée de Grenoble jusqu'au 19 avril 2026, s'inscrit dans le prolongement de l'ambitieuse exposition, "La bande dessinée à tous les étages" monté au Centre Georges Pompidou de Paris en 2024. Riche panorama du 9e art, l'évènement réunit près de quatre-cents planches originales, de deux-cents auteurs. Dans le cadre du partenariat du Musée de Grenoble avec le Fond Hélène et Edouard Leclerc de Landernau, Michel-Edouard Leclerc, a mis sa collection personnelle à disposition afin de développer cette exposition grenobloise. Le dirigeant du groupe de grande distribution E. Leclerc, passionné de bande dessinée depuis plus de quarante ans, a réuni dans ses fonds personnels plus de 6000 pièces. L'ensemble prêté par Michel-Edouard Leclerc est ici complété par des éléments issus de la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image à Angoulême et des collections privées. 

Des origines au début du XXème siècle avec les pages humoristiques divertissantes souvent diffusées dans les journaux satiriques jusqu'à nos jours où la production se caractérise par l'intimité de ton des romans graphiques, l'exposition au Musée de Grenoble se conçoit comme une expérience transgénérationnelle. Ce siècle de création témoigne des évolutions sociétales, des goûts de publics élargis. Le rire, le divertissement nourrit la réflexion, le rêve et le fantasme dialogue avec la réalité, la science-fiction déploie pleinement ses ailes au point d'inspirer le cinéma. 

Les bandes dessinées européennes traditionnelles, les comics américains, les mangas japonais se nourrissent d'innovations, d'expérimentations formelles, esthétiques, thématiques. Ces expressions sensibles brillent par leur diversité, leur liberté de ton en prise avec les imaginaires de leur temps mais aussi les préoccupations, les angoisses. En Europe, la bande dessinée se voit reconnaître son statut d'art à part entière dans les années 1970, avec notamment la création du festival d'Angoulême en 1974. 







Pour l'exposition "Épopées graphiques. Bande dessinée, comics, manga", les co-commissaires, Sébastien Gokalp, directeur du musée de Grenoble, Lucas Hureau, commissaire indépendant, directeur de La Compagnie des Arts, conseiller de Michel-Edouard Leclerc dans le cadre de sa collection personnelle, Marie-Pierre Bathany, directrice du Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la culture ont imaginé une scénographie à la fois chronologique et thématique. 

La toute première salle évoque les prémices avec par exemple "Bécassine", personnage créé par la scénariste Jacqueline Rivière et le dessinateur Émile-Joseph-Porphyre Pinchon, qui apparaît dans le premier numéro de l'hebdomadaire pour jeunes filles "La Semaine de Suzette" en 1905. La même année "Little Nemo in Slumberland" de Winsor McCay fait ses débuts dans l'édition dominicale du quotidien New York Herald puis dans le New York American tandis que "Krazy Kat" de Georges Herriman attend 1913 pour débouler dans les pages du New York Evening Journal. Le personnage de Popeye, créé par l'Américain Elzie Crisler Segar, en 1929, dans le cadre du comic strip "The Thimble Theatre" et "Blondie", comic strip, créé par Chic Young en 1930, distribué par le King Features Syndicate, appartiennent à cette première vague. 

Par la suite, les aventures de Tintin, de Spirou, de Fantasio, d'Astérix marquent l'essor d'un âge d'or franco-belge. Les revues Spirou, Pilote, Hara-Kiri, Fluide Glacial, L'Écho des savanes permettent d'atteindre un public de plus en plus varié. Le premier volume des aventures de Tintin par Hergé, "Tintin au pays des Soviets" parait en 1929. La série Lucky Luke, western humoristique du dessinateur belge Morris voit le jour dans "L'Almanach 1947", un hors-série du journal Spirou publié en 1946. Astérix est créé en 1959 par le scénariste français René Goscinny et le dessinateur français Albert Uderzo, dans le no 1 du journal français Pilote. Blake et Mortimer du dessinateur belge Edgar P. Jacobs apparaissent en 1946.

La bande dessinée invite un bestiaire inédit qui se perpétue jusqu'à nos jours. L'exposition éclaire les parcours de Pif le chien, créé en 1948 pour le quotidien "L'Humanité" par José Cabrero Arnal, du canard Balthazar Picsou - Scrooge McDuck en VO - personnage des studios Disney, créé en 1947 par le scénariste-dessinateur Carl Barks, du Snoopy de Charles M. Schulz, né en 1950, dans le comic strip "Peanuts" ou plus proche de nous le chat de Philippe Geluck, créé en 1986, ou encore les rats et les grenouilles de Ptiluc en 1995. 







Les revues patrimoniales destinées à la jeunesse entretiennent le goût pour les narrations en dessin. Paul Winkler, fondateur de l'agence Opera Mundi, détentrice des droits des bandes dessinées Disney en France, lance "Le journal de Mickey" à Paris en 1934. "Vaillant, le journal de Pif" créé en 1945, auquel collaborait José Cabrero Arnal, le père de Pif le chien sera suivi de "Pif gadget", en 1969.

Dans les années 1970, le renouveau de la bande dessinée passe par la création de nouveaux magazines destinés aux adultes. En 1972 Claire Bretécher, Marcel Gotlib et Nikita Mandryka fondent "L’Écho des savanes". Jean-Pierre Dionnet, Philippe Druillet, l'homme d'affaires Bernard Farkas et Mœbius, créent "Métal Hurlant" en 1975, avec une thématique axée autour de la science-fiction. la même année, Gotlib lance "Fluide glacial", avec Alexis et Jacques Diament, revue dans laquelle apparaissent Jean-Claude Tergal, Les Bidochon, Superdupont, Gai-Luron, Sœur Marie-Thérèse des Batignolles, Carmen Cru, Lucien, Litteul Kévin, Georges et Louis romanciers ou Faut pas prendre les cons pour des gens.

L'exposition qui se tient au Musée de Grenoble porte l'accent sur le périodique (À suivre), mensuel belge publié par Casterman entre 1978 et 1997 où figurent Altan, François Bourgeon, Comès, F'murr, Milo Manara, Hugo Pratt, Servais, Benoît Sokal et Jacques Tardi. Dans ses pages, surgit le monde post-apocalyptique de Jean-Marc Rochette, dessinateur, et Jacques Lob, scénariste, "Le Transperceneige" à partir de 1982. 

Aux frontières de l'imaginaire, les récits s'imprègnent des fantasmes technologiques, conquête spatiale, aventures dans des mondes lointains aux confins de l'univers. La science, le progrès font rêver de robots humanoïdes, tel "Astro boy" du japonais Osamu Tezuka. Le fantasme de l'homme augmenté donne naissance aux super-héros. La science-fiction et l'heroic fantasy émergent de ces visions futuristes avec notamment "Barbarella" en 1962 de Jean-Luc Forest, "Flash Gordon" - Guy l'éclair en français - en 1934 par Alex Raymond. Les français Paul Gillon, Jean-Claude Mézières, Moebius s'emparent du genre. Les salles dédiées à Philippe Druillet et Enki Bilal témoignent de l'engouement public.








L'exposition consacre un vaste espace aux héros Marvel.  Marvel Comics, fondé en 1938 par Martin Goodman, à l'origine Timely Publications puis Timely Comics, a vu défilé dans ses pages Stan Lee, Jack Kirby, Steve Ditko, Joe Quesada, Dan Buckley, Axel Alonso, C. B. Cebulski. 

La troisième section de l'exposition glisse vers la part d'ombre, avec le polar, le thriller, l'horreur où se lisent les interconnexions avec le roman et le cinéma noirs : "Dick Tracy" en 1937, par Chester Gould traduite cette atmosphère. "Blacksad" la série policière en sept albums, peuplée d'animaux anthropomorphes, de Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido, est publiée à partir de 2000. Les Japonais assoient leur réputation de maîtres de l'horreur, Shigeru Mizuki, Hideshi Hino, Kazuo Umezu.

En finale du parcours, romans graphiques et autobiographies viennent souligner l'influence littéraire dans la bande dessinée qui explore l'intime et les traumas universels, "Jimmy Corrigan" de Chris Ware publié en 1995, "Maus" d'Art Spiegelman, publié de 1980 à 1991 aux États-Unis, "Persépolis" de Marjane Satrapi publié par L'Association en quatre volumes entre 2000 et 2003. 

Épopées graphiques. Bande dessinée, comics, manga
Jusqu'au 26 avril 2026

Musée de Grenoble
5 place Lavalette - 38000 Grenoble, France
Tél : +33 4 76 63 44 44
Horaires : Tous les jours de 10h à 18h30, sauf le mardi. Fermé 1er janvier, 1er mai et 25 décembre. Fermeture anticipée à 17h30 les 24 et 31 décembre. Clôture des caisses 30 minutes avant la fermeture. Évacuation des espaces : à 18h15 pour le musée
Tarifs : Visite des collections permanentes : Gratuite - Exposition temporaire principale : Plein tarif 14€ / Tarif réduit 7€ *Voir les conditions de tarif réduit et de gratuité - Autre exposition temporaire : Gratuite



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.