Lundi Librairie : Châteaux de sable - Louis-Henri de La Rochefoucauld

 

Le narrateur, Louis-Henri de La Rochefoucauld, pigiste dans la presse culturelle pour laquelle il écrit chroniques littéraires et musicales, est un jeune père un peu perdu, dont la nonchalance dissimule le spleen. Écrivain confronté à une disette de sujet, il déambule dans Paris la nuit, désinvolture de façade, angoisses existentielles chevillées au corps. Au Wepler, brasserie de la place Clichy, il croise Andreï Makine, académicien et prix Goncourt 1995. Celui-ci lui conseille de se pencher à nouveau sur la période révolutionnaire abordée dans un ouvrage précédent, ses ancêtres guillotinés victimes du régime de la Terreur, les monarques occis, les privilèges abolis. Plus tard, dans un bar clandestin du Quartier Latin, fréquenté par des monarchistes mélancoliques, il rencontre le fantôme de Louis XVI, réincarné en Louis Robinson. Le souverain déchu a choisi ce pseudonyme en référence au roman "Robinson Crusoe" (1719) de Daniel Defoe, que le Dauphin, enfant, avait entrepris de traduire. Il vit désormais quai de Bourbon, sur l'Île Saint Louis, avec Marie-Antoinette.

Fantaisie heureuse, plaisir de l'invention, Louis-Henri de La Rochefoucauld associe fiction et éléments historiques. L'imaginaire se plie au service d'une vision, exploration des territoires de l'âme, des strates de la conscience. Par le biais de son double d'autofiction, il s'empare de la figure de Louis XVI, souverain moqué, déconsidéré, et goût des causes perdues, tente de réhabiliter l'homme. À l'image de grand tout mou, de roi sans volonté, sans charisme, de cocu, il oppose une personnalité attachante. Il questionne les circonstances de la condamnation de Louis XVI et Marie-Antoinette, procès expéditifs ignominieux, considère le destin de la Nation depuis la chute de la monarchie.

En décalage avec sa propre époque, ce rejeton d'un monde en voie de disparition fait l'expérience du temps et entretient le sentiment de son propre anachronisme. À travers ce récit exempt de nostalgie pour l'Ancien Régime et les privilèges, exempt d'opinions politiques, Louis-Henri de La Rochefoucauld manifeste néanmoins un regret concernant le XVIIIe siècle, cet âge d'or de la conversation et de la pensée.

L'auteur évoque sa prestigieuse généalogie, l'auteur des "Maximes" (1665), et avec un humour au secours d'une réalité glaçante, la famille décimée par la Révolution et les quatorze La Rochefoucauld guillotinés, triste record. Il convoque la célèbre formule prononcée par le duc de La Rochefoucauld-Liancourt venu avertir Louis XVI de la prise de la Bastille, "Mais c'est une révolte ? - Non, Sire, c'est une révolution", bon mot recyclé depuis en slogan publicitaire, réclame pour mascara. Louis-Henri de La Rochefoucauld s'interroge au sujet de l'héritage familial, la mémoire à défaut de châteaux, mène une réflexion sur l'idée de transmission. Méditation romanesque, ce récit fantasque et contemplatif déploie une certaine grâce, fine intelligence, élégance d'un temps révolu.

Châteaux de sable - Louis-Henri de La Rochefoucauld - Éditions Robert Laffont 



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.