Expo Ailleurs : Sylvie Fleury. Thunderb - Mrac Occitanie Pyrénées Méditerranée - Sérignan - Jusqu'au 22 mars 2026

Sylvie Fleury - Shoplifters from Venus (2023)  

Le Mrac Occitanie Pyrénées Méditerranée consacre une vaste exposition monographique à la plasticienne suisse, Sylvie Fleury (née en 1961). Installations, sculptures, vidéos, elle transforme les objets de consommation en oeuvres d'art hybrides, entre ready made, néo-dada, appropriation, détournement. Son travail associe la matérialité et la spiritualité, le superficiel et l'existentiel dans une symbiose qui vient interroger les normes, les injonctions faites aux femmes, les interactions entre féminin et masculin, les paradoxes de la société de consommation. Sous des apparences de de pop art gentiment conceptuel, Sylvie Fleury déconstruit les paradigmes capitalistes, questionne l'obsolescence des valeurs et l'emballement consumériste matérialiste, l'illusoire volonté de distinction et les effets grégaires des diktats sociétaux. Son vocabulaire plastique décalé s'ancre dans les codes de la mode, des cosmétiques et du luxe. Démarche jamais moralisatrice, la plasticienne se penche sur la fabrique du désir consumériste. Elle se refuse à expliciter le fonds privilégiant la libre interprétation. 


Vue d'ensemble

Envy (2019)

Hypnotic Poison (2019) 

Palette of Shadows (2018)

Palette of Shadows (2018)


Née à Genève, Sylvie Fleury se réinvente au gré des décennies, égérie punk, photographe de rue, artiste pop, plasticienne zen. Au début des années 1980, elle étudie la photographie à New York, à la grande époque du graffiti, de la Factory de Warhol, de Keith Haring, de Jean-Michel Basquiat. De retour à Genève, elle ouvre avec deux amis un espace d'exposition et de vie aux Pâquis, présente du street art et sert des sushis saké, accueille les étudiants en mode du Studio Berçot. Elle fait alors la connaissance d'Olivier Mosset et John M. Armleder qui l'encouragent à se lancer. Les galeries s'intéressent rapidement à cette femme artiste qui s'approprie les codes de la mode et de la beauté pour en faire des outils d'empouvoirement. Sa première exposition solo "Shopping bags" en 1991 emprunte au ready made.  

Pop art et post féminisme, Sylvie Fleury fait écho à l'époque, ses obsessions matérialistes, ses logiques sociales et culturelles, ses symboles d'appartenance. Détournements ludiques, de l'histoire de l'art, des codes du genre et l'identité, elle expose frontalement l'accomplissement de désirs matériels devenus faits sociaux structurants, subversion douce, esprit rebelle rose bonbon. 

Le travail de Sylvie Fleury dénonce l'importance démesurée des apparences dans un monde dominé par l'argent. Elle ausculte les principes de la consommation ostentatoire, fondateurs contemporains de l'identité sociale et culturelle. Les signes extérieurs de richesse, démonstration de la capacité financière, révèlent les biais, les conditionnements systémiques intériorisés.  Sylvie Fleury s'empare de ces signes pour souligner les mécanismes de la société matérialiste, dans laquelle les individus se donnent l'illusion de construire leur propre valeur par le biais de la consommation. 


Untitled Ô (2008) - Palette of Shadows (2018)

Palette of Shadows

Installation Shoplifters from Venus (2023)

Insolence (2007) Série Shopping Bags


Regard à la fois fasciné et ironique, Sylvie Fleury s'approprie les oripeaux de la féminité normées, maquillage, stilettos. Les logos des marques de luxe, les slogans publicitaires, profondément ancrés dans l'imaginaire collectif, sont détournés sous la forme de néons, de papiers peints, pour mieux signaler les lieux communs du quotidien et les schémas de consommation genrés. Oeuvres ready-made emblématiques de la série "Shopping bags, sacs remplis à ras bord de Vuitton, Gucci, Margiela, Saint Laurent, sont le résultat d'une journée d'achats compulsifs. 

Victime de la mode consentante mais lucide, Sylvie Fleury expose ses collections de souliers, le contenu de ses placards débordants. Elle s'approprie les fétiches consuméristes, s'amuse des représentations de soi performatives à l'ère de l'image et des réseaux sociaux. Ses interventions, qui tiennent selon elle de la personnalisation, flirtent volontiers avec le mauvais goût, ultime provocation. Les sculptures murales palettes de maquillage sous une frivolité apparente se font outils de déconstruction des clichés, des stéréotypes. 


Installation Shoplifters from Venus (2023) 
First Spaceship on Venus (Beyond Polish), (2022)

Installation Shoplifters from Venus (détails)

Installation Shoplifters from Venus (2023)

Rose pétillant (2023) - Vanity case (2024)

  Busty Buren (2025) - Labrisrynthe (2008) - Mercury Virgo (2025)
Thunderbird (2025)


Les standards masculins associés aux sports mécaniques, à l'aéronautique, à la recherche spatiale s'en trouvent bousculés. Sylvie Fleury laque aux couleurs de vernis à ongle des fusées, symboles phalliques par excellence, les enveloppe de fausse fourrure duveteuse. Elle soumet grosses cylindrées roses ou rouges à des crash test, chausse ses modèles meccanos en bleu de travail de talons hauts. 

Pour évoquer la position des femmes sur la scène artistique, elle détourne les icônes de l'art au masculin, les plaques d'étain de Carl Andre (1935-2024), sculpteur minimaliste, vaporisées de maquillage, les rayures de Daniel Buren (né en 1938), revisitées psychédéliques.

Sylvie Fleury. Thunderb
Jusqu'au 22 mars 2026

Mrac Occitanie - Musée régional d’art contemporain Occitanie / Pyrénées-Méditerranée
146 avenue de la plage - 34410 Sérignan 
Tél : +33 (0)4 67 17 88 95
Horaires : 
- Été juillet et août : Du mardi au vendredi de 11h à 9h - Samedi et dimanche de 13h à 19h. Dernière entrée au musée à 18h30.
- Septembre à juin : Du mardi au vendredi de 10h à 18h -Samedi et dimanche de 13h à 18h. Dernière entrée au musée à 17h30.
Fermé le lundi et les jours fériés.
Fermeture exceptionnelle du Mrac les 24 et 31 décembre à 16h.



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.


Busty Buren (2025) - One Minute Silence (Purple) (2023) - Labrisrynthe (2008)