Expo : Momies - Musée de l'Homme - Jusqu'au 25 mai 2026

Crâne des Îles Marquises - Île de Nuku-Hiva

L'exposition "Momie", qui se tient au Musée de l'Homme jusqu'au 25 mai 2026, s'attache à déconstruire les clichés de l'imaginaire collectif véhiculés par les livres, les films, les bande-dessinées. L'évènement, détaché de toute curiosité morbide ou de sensationnalisme, éclaire comment le travail scientifique permet de redonner une identité à ces personnes, de réaffirmer leur dignité en les réhumanisant.

Neuf momies, d'Égypte, d'Indonésie, du Chili, du Pérou, d'Europe aussi, ponctuent un parcours qui interroge notre rapport à la mort. Restaurées, dépoussièrées à l'occasion de l'exposition, elles surgissent d'un temps passé, d'une culture différente et nous renvoient à la fragilité de l'existence humaine. Multitude d'individualités destinées à disparaître, finitude de toute chose. Entre recueillement et émotion, les commissaires scientifiques, Éloïse Quétel, conservatrice-restauratrice de restes humains et matériaux organiques, responsable des collections médicales, Sorbonne Université, et Pascal Sellier, directeur de recherche émérite CNRS, enseignant à Paris I, équipe anthropologie biologique et bio-archéologie, Musée de l'Homme, évoquent "une rencontre avec les défunts".





L'enfant Chancay - Entre le XIIème et le XVème siècles - Pérou


L'exposition "Momies" au Musée de l'Homme soulève la question des restes humains conservés dans des collections publiques, sujets scientifiques et anthropologiques patrimonialisés. Faut-il les montrer ou pas ? Si oui comment le faire avec respect et dignité ? Comment regarder les morts ? Le Musée de l'Homme, héritier du musée d'Ethnographie du Trocadéro, fondé en 1882 par Ernest Hamy, est le gardien de 35 000 restes humains et 70 individus momifiés. Qu'en est-il des restitutions, des droits des communautés ? 

Au XIXème siècle, la curiosité suscitée par les découvertes archéologiques et ethnologiques pousse le grand public à s'intéresser aux momies, en particulier égyptiennes et sud-américaines. Issues d'expéditions menées par des explorateurs plus ou moins bien intentionnés, elles font l'objet de trafic, de commerce. Elles fascinent, interrogent. Et entrent en littérature avant de faire les belles heures du cinéma balbutiant. Elles sont à la mode. L'homme Chachapoya, originaire des Andes, arraché à sa sépulture en 1877, rejoint les collections du Musée d'Ethnographie en 1879. Il aurait inspiré "Le cri" au peintre Edvard Munch qui réalise cinq versions entre 1893 et 1917.

Négligeant le fait qu'il s'agit d'individus, de personnes défuntes, les momies sont, à cette époque, réduites en poudre, utilisées comme engrais pour les cultures, comme pigment en peinture. Le célèbre "brun momie" aurait notamment été utilisé par Eugène Delacroix pour peindre "La Liberté guidant le peuple" (1830). Certains charlatans leur confèrent, dépouilles mortelles traversant l'éternité, des vertus pharmaceutiques. Elles entrent dans la composition de panégyriques, d'onguents. 



Petearmosnouphis - 200/400 avant JC - Égypte



Myrithis - Entre le VIème et VIIème siècles - Égypte


Les premières traces de rituels funéraires associés à la momification, processus de conservation des dépouilles, remontent à 9000 ans avant notre ère, en Amérique latine. En Chine et en Asie du Sud-Est, certaines civilisations avaient recours à la préservation des corps par fumigation des milliers d'années avant les Égyptiens. 

Désir d'éternité, volonté de vaincre la mort et la décomposition des chairs, ces rituels de préparations des défunts et leur transmission dans le cadre de croyances religieuses souvent liés aux cultes des ancêtres sont un phénomène répandu à l'échelle de la planète.

Les méthodologies variées s'inspirent tout d'abord des phénomènes naturels, météorologiques, climatiques, à l'instar des corps conservés dans les tourbières de l'Europe du Nord, notamment au Danemark et en Islande, ceux enterrés dans le désert, ou bien déshydraté par exposition au soleil. Les rites et techniques varient selon l'époque et la zone géographique. Les corps sont éviscérés, trépanés, baignés dans des solutions, enveloppés de tissus, placés dans des sarcophages, dans de grands vases de glaise, au sein de tombeaux majestueux ou de simples cavités. 

 La civilisation Chancay du Pérou, entre 1 200 à 1 500 après J.-C pratique la momification par dessication, l'Égypte ptolémaïque, de 323 à 30 av. J.-C., l'embaumement. Dans les îles Canaries, la culture Guanche, disparue au XVème siècle, conserve les corps par boucanage, fumigation. Aux Marquises, la momification temporaire par dessication. La thanatopraxie moderne voit le jour en Europe au XIXème siècle, par injections de substances chimiques, conservateurs variés. Le formol apparaît au début du XXème siècle.



L'homme Chachapoya - Entre le XIIème et le XVIème siècles - Andes péruviennes


Robe de la jeune fille de Strasbourg - XIXème siècle



Les momies et les corps conservés pour être présentés dans un cadre officiel relèvent parfois du geste politique, du culte de la personnalité, à l'instar de Lénine dont la dépouille embaumée est exposée au sein du Mausolée de la place Rouge à Moscou. Le corps embaumé d'Eva Péron corps embaumé a été déposé en 1952 au siège de la centrale syndicale CGT, à Bueno Aires. En 1955, lors de "la Révolution libératrice", sa dépouille est enlevée, puis dissimulée durant seize ans, avant d'être finalement inhumée. 

Grâce aux outils technologiques, la science mène des enquêtes éthiques et historiques. L'imagerie médicale, les analyses génétiques donnent de précieux indices sur le mode de vie, la santé, les maladies, le régime alimentaire, les pratiques religieuses. Les momies retrouvent une identité, un parcours, une histoire. 

Momies 
Jusqu'au 25 mai 2026

Musée de l’Homme
17 place du Trocadéro - Paris 16
Tél : 01 44 05 72 72
Horaires : Ouvert du mercredi au lundi de 11h à 19h - Fermé le mardi
Plein tarif : 15 euros. Tarif réduit : 12 euros. Moins de 26 ans : Gratuit
Métro Trocadéro lignes 6, 9



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.