Expo : Ombre est lumière. Mémoires des lieux. Nicolas Daubanes - Panthéon - Jusqu'au 8 mars 2026

 

Pour l'exposition "Ombre est lumière. Mémoires des lieux", le plasticien Nicolas Daubanes a imaginé cinq installations, oeuvres monumentales développées spécifiquement pour rejoindre la nef du Panthéon. En écho avec l'histoire de ce Temple républicain, l'intervention, dans le cadre du programme "Un artiste, un monument", éclaire sous un angle alternatif dix hauts lieux de la mémoire nationale, placés sous la responsabilité du ministère des Armées et gérés par l'Office national des anciens combattants et de victimes de guerre.

Sites de la Résistance, champs de bataille, espaces de recueillement, Nicolas Daubanes évoque notamment le Mémorial du Mont-Valérien dans les Hauts-de-Seine, site d'exécution des résistants et des otages par l'armée allemande, où ont été assassinés Missak Manouchian et ses camarades résistants, la prison de Montluc à Lyon, lieu d'emprisonnement notamment de Jean Moulin, le camp de concentration de Natzweiler-Struthof en Alsace territoire annexé par l'Allemagne nazie. Fruits d'expérimentations plastiques, ses techniques très personnelles formalisent l'ombre et la lumière, oeuvres graphiques traversées de lignes de fracture en tension. Dessins à la poudre d'acier sur panneaux aimantés, photogrammes révélés aux gerbes d'étincelles jaillissant d'une disqueuse industrielle et incrustés d'acier incandescent sur verre, s'associent à des sculptures en béton et sucre, des maquettes en céramique dentaire.

"Ombre est lumière. Mémoires des lieux", évènement placé sous la direction du Centre des Monuments Nationaux en partenariat avec l'ONaCVG, se poursuit dans une exposition qui se tient, en parallèle, au Musée de l'Armée - Invalides jusqu'au 17 mai 2026.







Nicolas Daubanes, né en 1983, travaille entre Rome et Perpignan. Il investit des sites historiques dans le cadre de résidences immersives afin d'explorer des thématiques récurrentes la mémoire, l'enfermement, les lieux de pouvoir. Ses oeuvres capturent des fragments de paysages, d'environnement, d'architecture, afin d'en révéler la charge mémorielle, en questionner le sens, envisager la préservation et la transmission. 

Prolongement de ses recherches au sein de lieux d'enfermement, prisons, hôpitaux psychiatriques, "Ombre est lumière. Mémoires des lieux" embrasse des dispositifs de l'ordre de la reconstitution. La puissance d'évocation de la création projette au coeur du Panthéon, un univers carcéral, un camp de concentration. 

Contraste entre la poudre noire, et le blanc du papier, de la toile, le blanc de la lumière, les dessins se composent de limaille de fer et de poudre d'acier. L'oxydation et la corrosion altèrent cette matière singulière, fixée par des champs magnétiques aux surfaces, panneaux aimantés. Cet emploi de l'acier, le travail du métal génère des bruits d'usine et convoquent dans l'atelier l'univers de la métallurgie. Cette mémoire ouvrière à son tour vient solliciter le souvenir des racines, de la famille même de l'artiste. 








Dans la Nef Sud du Panthéon, Nicolas Daubanes évoque le Mont-Valérien, site d'exécution des résistants et des otages par l'armée allemande. Dans le transept Nord, il présente trois représentations de la prison de Montluc à Lyon, prison militaire du régime de Vichy, mémoire de l'Occupation, réquisitionnée par les autorités du Troisième Reich de janvier 1943 à août 1944. Les images des couloirs reproduites à l'échelle grandeur nature sur des panneaux de 3 mètres par 3, couvrent la surface d'une cellule standard. Elles sont disposées le long d'un échafaudage sur trois niveaux.  

Dans la Nef Nord, les images du camp de Natzweiler-Struthof, dessins sur panneaux maturés en plein au-dehors, ont été soumises aux aléas climatiques. Oxydation, salissures, fluctuations de la palette chromatique, des formes ancrent ses représentations dans la temporalité du réel. 







Dans le Transept Sud, "Même un paysage tranquille", série de photogrammes de paysages de forêt, de champs de bataille, de lieux mémoriels, inverse l'ombre et la lumière. Les silhouettes blanches des arbres se découpent sur fond noir. Développés sur papier argentique baryté mat, révélés par les étincelles  produites par une disqueuse, incrustations d’acier oxydé et non oxydé sur verre, le processus de création des photogrammes rappelle le travail de l'usine. 

Dans la salle de la maquette, Nicolas Daubanes s'amuse des jeux d'échelle dans une mise en abyme troublante. À côté de la maquette originelle du Panthéon (1871), il présente une version miniature en résine dentaire, dont la matière renvoie à l'ivoire des os, les défunts, ces grands hommes, reposant dans la crypte. Mémoire mouvante, fondation du présent.

Ombre est lumière. Mémoires des lieux - Nicolas Daubanes 
Jusqu'au 8 mars 2026

Panthéon
Place du Panthéon - Paris 5
Horaires : Ouvert tous les jours - Du 1er avril au 30 septembre 10h - 18h30 / Du 1er octobre au 31 mars 10h - 18h/ Les premiers lundis ouvrés de chaque mois ouverture à 12h
Métro Ligne 10 - Station Maubert-Mutualité / Ligne 7 - Station Place Monge



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.