Paris : Musée Eugène Delacroix, musée-atelier hommage au peintre romantique, enclave discrète à Saint-Germain-des-Prés - VIème

 

Le Musée Delacroix, musée national depuis 1971, se cache dans l'une des courettes de la rue de Furstemberg à Saint-Germain-des-Prés. Anciens communs du palais de l'Abbaye, le petit immeuble du XVIIIème siècle édifié entre la cour des écuries et le jardin de l'infirmerie abbatiale, a été le dernier domicile d'Eugène Delacroix (1798-1863). Le peintre, figure majeure du mouvement romantique, y vit de décembre 1857 à son décès le 13 août 1863. Le Musée Delacroix a la particularité d'avoir été fondé grâce à l'engagement d'admirateurs réunis dans les années 1920 en association, la Société des amis de Delacroix. L'association rassemble des figures du monde des arts, historiens, conservateurs, peintres parmi lesquels Maurice Denis, Henri Matisse, Paul Signac, Édouard Vuillard, Georges Desvallières.

Les réaménagements et les locataires successifs ont effacé dans les détails la présence du peintre. Mais l'ensemble originel, atelier, jardin et habitation, préservé dans sa configuration générale, fait de ce musée d'atmosphère un lieu de mémoire prisé. Les collections resserrées évoquent dans les grandes lignes les différents aspects du travail d'Eugène Delacroix, esquisses, tableaux, dessins, gravures. Quelques oeuvres importantes, "Madeleine au désert", "L'Éducation de la Vierge", "Roméo et Juliette", la fresque "Bacchus et un tigre" côtoient des productions plus confidentielles, portraits de ses proches, des études, une maquette de la bibliothèque de l'Assemblée nationale. Des copies d'oeuvres majeures par ses amis et ses admirateurs pimentent la sélection. Le Musée Delacroix programme une exposition par an ainsi que des conférences, des concerts, des ateliers.









A la fin des années 1850, Eugène Delacroix souffre des déplacements répétés entre rive droite et rive gauche auxquels il est contraint depuis qu'il a débuté, en 1847, le décor mural de la chapelle des Saint-Anges au sein de l'église Saint-Sulpice. Il désire de se rapprocher du chantier et quitter son atelier de Notre-Dame de Lorette, loué depuis 1844. Etienne Haro (1827-1897), marchand de couleurs, propriétaire de la célèbre enseigne de Saint-Germain-des-Prés "Au génie des arts" en activité depuis 1826, l'aide dans ses recherches. Il déniche un appartement au premier étage d'un petit immeuble sur cour au 6 rue de Furstemberg, édifice situé sur la placette formée par l'élargissement de la voie où se trouvait l'ancienne cour des écuries du palais abbatial.

Eugène Delacroix signe un bail de quinze ans et obtient l'autorisation de faire construire un atelier dans le jardin. L'édification de cette annexe simple, éclairée par une grande baie centrale et une verrière zénithale, connaît quelques vicissitudes. Le chantier traîne en longueurs et retarde l'installation du peintre. Eugène Delacroix emménage finalement le 28 décembre 1857. Dans sa correspondance personnelle, il confie sa satisfaction à son ami, le peintre Charles-Raymond Soulier (1792-1866) : "Je trouve ici les conditions assez séduisantes pour un solitaire : de grands appartements, dont j'ai toujours raffolé, un loyer moindre et un jardinent pour faire un petit exercice modéré sans aller dans la rue. Rue de Furstemberg : c'est tout près de notre chère rue Jacob, où nous avons eu de si bons moments."








Au décès d'Eugène Delacroix, le 13 août 1863, une vente publique disperse le contenu de l'appartement et de l'atelier. La Société Saint Vincent de Paul, dont le siège social déjà établi au sein de l'immeuble depuis 1854, reprend la location de l'appartement. En 1928, le propriétaire rompt le bail. Les peintres Maurice Denis et Paul Signac, grands admirateurs de Delacroix, informent d'autres aficionados de l'opportunités, André Joubin, archéologue, directeur de la Bibliothèque d'art et d'archéologie et Raymond Escholier, critique d'art, conservateur de la Maison de Victor Hugo et du Petit Palais ainsi que le docteur Vau. 

Ils fondent la Société des amis d'Eugène Delacroix, reconnue d'utilité publique en 1934, afin de sauver l'atelier, d'œuvrer à la transformation de la dernière résidence du peintre en musée. Toutes les bonnes volontés réunies, de nombreuses personnalités des arts se joignant à leur action, l'association obtient des aides privées et des subventions pour régler le loyer. Elle organise dès 1932, une série d'exposition, dont la première s'intitule "Delacroix et ses amis"








En 1952, l'immeuble du 6 rue de Furstemberg est mis en vente. Afin de réunir les fonds nécessaires au rachat, la Société des amis de Delacroix vend ses collections aux musées nationaux. Elle se porte alors acquéreur de l'appartement, de l'atelier et du jardin privatif, ensemble dont elle fait don à l'État en 1954 afin de créer un musée.

Musée national depuis 1971, le Musée Delacroix rejoint le réseau de la Maison des illustres, à l'occasion d'une inscription aux Monuments historiques en 1991. Depuis 2004, il relève de l'établissement public du Musée du Louvre.

Musée Eugène Delacroix 
6 rue de Furstemberg – Paris 6
Tél : 01 44 41 86 50
Horaires : Du mercredi au lundi, de 9h30 à 17h30. Nocturne chaque premier jeudi, jusqu’à 21h (Dernières entrées 15 minutes avant la fermeture) - Fermé le 1er janvier, 1er mai et 25 décembre
Billet d’entrée : 7€



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.